Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Une année à étudier l’histoire des entremurs en pure perte, se désola Miche. À se demander si tu n’as pas régressé. »
Plutôt que de sectionner le temps pour échapper à Miche, Param se laissa distancer en ralentissant sa foulée. Olivenko se cala sur son rythme.
Elle sentit soudain l’insidieuse musique du Mur pénétrer son esprit, le submergeant peu à peu de colère, de tristesse, de désespoir, de solitude, d’angoisse – mais avec bien plus de magnanimité, moins de violence que lors de leur première traversée.
« Tu vas me critiquer, toi aussi ?
— Tu es née pour régner, éluda Olivenko.
— On croirait entendre ma mère. Avant qu’elle ne change d’avis, sans que je ne voie rien venir. Il faut dire que son éducation a suivi une ligne inflexible. On n’annonce pas au bétail qu’on l’emmène à l’abattoir.
— Tu as grandi dans le raffinement et les maniérismes de la cour, poursuivit Olivenko. Tu as assisté aux joutes verbales des plus grands orateurs, au jeu de la courtoisie.
— Tout comme Rigg, observa Param.
— Rigg y a été formé par Ramsac, nuança Olivenko.
— C’est juste.
— On vous a appris, à toi et à Rigg, à vous comporter dans les règles. On vous a transmis un certain savoir-faire. Mais Umbo, que lui a-t-on transmis ?
— Les bases de la paysannerie, répliqua Param. Je ne dis pas que c’est sa faute.
— Il est né fils de cordonnier, et dans un trou paumé. Il est allé à l’école du village. Que lui a-t-on appris là-bas ? L’histoire du pays Stashi, la rapacité des sessamides, ces barbares sanguinaires descendus du nord-est pour rayer la capitale de la carte. L’élimination des notables stashis, le viol des rares épouses laissées sauves et le massacre de leurs enfants, pour épurer l’arbre généalogique à sa base.
— Je connais notre passé et je n’en suis pas fière. Mais c’est de l’histoire très ancienne.
— Pas tant que ça, contesta Olivenko. Plutôt récente, même, pour l’écolier que fut Umbo. Sur les bords de la Stashi, les professeurs ont envers leurs élèves un devoir de mémoire. Et la mémoire qu’ils enseignent est encore vivace, réelle, sensible dans tous les esprits. Ces événements lui ont été présentés comme une description fidèle du règne sessamide.
— Sauf que les faits sont déformés, jugea Param.
— Aptica Sessamin n’était pas une tendre, tu ne peux le nier. Elle l’a prouvé en condamnant à mort tous les mâles de sa famille, même les nourrissons, pour leur barrer l’accès à la Tente de lumière.
— Je ne le nie pas, se défendit Param. Mais je le répète, c’était il y a une éternité.
— Aptica Sessamin était la mère de ta grand-mère, resitua Olivenko. Je ne cherche pas la polémique. Je te rappelle juste qu’Umbo a grandi dans les écoles du Peuple où l’on enseigne que personne n’est meilleur qu’un autre par naissance et que chacun peut aspirer au pouvoir.
— Un mensonge éhonté.
— Par naissance, répéta Olivenko. Par le sang. Aux yeux d’Umbo, que ta mère soit investie d’autorité ne t’y donne pas plus droit qu’à un autre. On lui a inculqué les valeurs de la méritocratie.
— Une belle farce quand on sait comment la République du Peuple fonctionne, renifla Param avec dédain. Je les ai vus, moi, ces hypocrites défendre la main sur le cœur l’égalité des chances, tout en remettant de l’autre les clés du pouvoir à leurs proches et amis. Ils n’ont fait que remplacer une classe de nobles par une autre.
— Tout cela pour te rappeler ce qu’Umbo a entendu sur les bancs de l’école de Gué-de-la-Chute, au pied des chutes de la Stashi. Et soudain, son ami d’enfance – un garçon de plus basse extraction que lui encore, un petit trappeur vagabond jamais scolarisé – débarque avec un sac rempli de pierres précieuses et se met à parler comme un monarque. Tu imagines le choc ?
— Rigg n’avait fait que toucher son héritage. Il était dans son rôle.
— Un rôle qui l’a mené en prison dès que les sbires de la République du Peuple lui ont mis la main dessus.
— Ce qui était notre lot à tous pendant le règne populaire, fit remarquer Param.
— Donc Umbo prend tous les risques pour faire évader son ami, juste à temps…
— C’est Rigg qui nous a sortis de prison ! En combinant son talent au mien. Il a trouvé les passages secrets dans les murs, je nous ai permis de les traverser et…
— Vous n’avez été tirés de danger que lorsque Umbo vous a projetés, Rigg et toi, de plusieurs jours dans le passé – jusqu’à moi.
— Je n’ai jamais dit qu’Umbo était inutile ou mauvais, protesta Param.
— Non, juste que sa parole était insignifiante, car émanant d’un fils de villageois ordinaire.
— Pas insignifiante : douteuse, rectifia la princesse.
— J’essaie juste de te faire comprendre pourquoi Rigg t’en veut. Umbo était son ami au village – quand les autres gamins de Gué-de-la-Chute s’amusaient plutôt à lui cracher à la figure. Rigg était l’étranger, le sauvageon, celui qu’on traitait de “bâtard” dans son dos. Umbo a au moins eu la chance de naître de parents mariés.
— Je suis au courant qu’ils sont amis. Mais Rigg est aussi censé être mon frère, et prendre parti pour…
— Pour toi, compléta Olivenko. Ce qu’il a fait quand on a essayé de te tuer, tu te rappelles ?
— Personne n’a jamais essayé de tuer Umbo.
— Je crois aussi me souvenir d’un épisode où tu refusais de faire un pas de plus. Où tu t’es rebellée contre Rigg.
— Cela ne signifiait pas que je voulais suivre Umbo !
— Non, d’ailleurs tu ne l’as pas fait. Tu m’as suivi moi.
— Tu as de l’éducation, justifia Param.
— Celle que m’a inculquée ton père, rappela Olivenko. Mais je viens d’un milieu bien modeste. Et je suis loin d’être un meneur d’hommes, n’est-ce pas ?
— Plus près que certains.
— Ne vois-tu vraiment rien, Param ? Si je connais le langage de la cour, les accents de la cour, c’est que j’ai besogné pour. Tu m’as suivi par défaut, pour ne pas en suivre un autre. Mais jamais je n’ai mené le groupe. J’ai juste réussi à te sortir de ta torpeur.
— Faux ! Tu t’es imposé à la tête du groupe.
— Les autres m’ont laissé faire ! Miche ne parlait toujours pas et Umbo veillait sur lui. La vérité, c’est que sans Umbo, on n’aurait pas pu s’en sortir.
— Sans Umbo et toi !
— Je n’ai fait que suivre ses consignes, confia Olivenko. Umbo t’avait bien sentie hors de ton élément, désorientée. Il savait que tu n’écouterais que moi et s’est assuré que ce soit moi qui te transmette la marche à suivre.
— Ridicule ! s’écria Param. Traite-moi d’enfant gâtée et d’incapable pendant que tu y es ! »
Olivenko hocha la tête.
« Tu es une enfant qui a grandi prisonnière, entre quatre murs, victime des humiliations encouragées par le Conseil révolutionnaire du Peuple. Une jeune fille affaiblie physiquement, en proie à des peurs panique qui provoquaient sa fuite. Cet instinct, tu t’efforces depuis le début de le réprimer, mais tu n’as pas senti la fatigue gagner, et l’emporter. Confrontée pour la première fois à un tel état d’épuisement – qu’Umbo, Rigg, Miche et moi connaissons pour l’avoir vécu maintes fois – tu as craqué. C’est normal. C’est le métier qui rentre.
— Tu es de son côté », l’accusa Param.
Elle s’arrêta de marcher.
« Aie au moins le courage d’affronter la vérité, surtout quand elle sort de la bouche d’un ami.
— Tu n’es pas mon ami ! Tu es un…