Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Лингвистика » À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 124
Перейти на страницу:

Les mots latins de la ville étaient urbs et civitas, qui a donné cité. Pour qualifier ce qui concerne la ville ou la cité, la langue française n’avait pas d’adjectif, avant d’adopter urbain, mot qui était plutôt employé au figuré, pour « élégant, poli, de bon ton », avec son dérivé urbanité. Aujourd’hui, on est souvent plus urbain à la campagne qu’à la ville, il me semble.

Ce n’est qu’à l’époque où les villes françaises se développent, au XVIIIe siècle, que urbain s’oppose à rural, et seulement au XXe siècle qu’on connaît l’urbanisme, l’urbanisation et les conurbations. Les problèmes de la ville sont si nombreux que l’adjectif urbain nous est devenu indispensable. L’espace urbain, le milieu urbain s’opposent à la campagne, les transports en commun sont plus souvent urbains que ruraux, et devant la dégradation de l’habitat urbain, on doit parler — on le fait aujourd’hui — de renouvellement urbain. Et, malheureusement, l’expression terrorisme urbain est devenue normale, après la violence urbaine, qui oblige à la vigilance.

C’est dire qu’à propos de la ville, incluant d’ailleurs les banlieues, ce qui est qualifié d’urbain est assez négatif, à part des réalités techniques comme le chauffage urbain. Cela, malgré l’existence évidente d’une beauté urbaine ou d’un art urbain, qu’expriment plutôt des mots comme urbanisme et urbanistique, qu’employait déjà Le Corbusier il y a plus d’un demi-siècle.

La mauvaise réputation de la ville n’est pas nouvelle. L’amoureux de la nature qu’était Jean-Jacques Rousseau, fatigué de Paris, écrit dans les Confessions qu’il va « se tirer un peu de l’urbaine cohue » ; ce qu’il parvient à faire en allant « à la campagne », c’est-à-dire à Passy. Il est moins facile aujourd’hui d’échapper au milieu urbain ; aussi bien est-il urgent de l’améliorer au lieu de le laisser envahir sauvagement les zones voisines, et dégrader l’environnement naturel.

1er octobre 2001

Déblayer

Lorsqu’une catastrophe détruit des bâtiments, ce qui accompagne guerres, bombardements, attentats, explosions, elle produit, entre autres choses désastreuses, des décombres. Ce mot vient d’un verbe disparu, décombrer, qui est le contraire d’encombrer. Les mots sont capricieux : on ne décombre plus, mais on déblaie. J’ai entendu plusieurs fois ce verbe, ce matin même, à propos du chantier gigantesque sur le site des deux tours effondrées du « centre commercial mondial » de New York. Les victimes de l’explosion de Toulouse ont dû eux aussi déblayer leur logement ravagé. Le déblaiement ou déblayage — les deux se disent — est aujourd’hui une activité en expansion et les déblais envahissent d’autres lieux que les chantiers de démolition.

Ce verbe évoque, pour nous, la terre, les gravats, des matériaux mis à mal, le résultat d’une destruction. Or, le verbe déblayer ne dit pas du tout cela : figurez-vous, Stéphane[25], mais peut-être le savez-vous, que c’est un dérivé de blé, tout comme remblayer, d’ailleurs. Si les mots étaient plus raisonnables, on ne déblaierait que la récolte de grains, après la moisson, et on remblaierait les populations affamées, les Afghans par exemple, en leur envoyant du blé, ce qu’on tente de faire. De fait, déblayer a eu au XIIIe siècle le sens de « récolter le blé », mais ça n’a pas duré. Rapidement, l’idée de se débarrasser de quelque chose a pris le dessus. Peut-être aussi que le verbe balayer a interféré avec déblayer.

Déblayer le terrain, c’est donc le débarrasser de ce qui l’encombre, et notamment des décombres. Comme dégager, déblayer est nécessaire pour effacer les traces de la destruction. Nécessaire aussi dans les têtes pour éliminer tout ce qui rappelle les catastrophes : d’une certaine manière, le déblaiement fait ce fameux « travail du deuil », qui dégage les décombres de l’âme.

Comment le langage a-t-il pu passer du blé, ce produit symbolique de la vie, à la terre et aux décombres ? Les mots sont vraiment étranges, mais le plus étrange, c’est que nous les acceptons avec leur folie, sans doute parce qu’elle n’est qu’un reflet de la nôtre.

2 octobre 2001

Au milieu des catastrophes et de la crainte qu’inspirent les nouvelles formes de terrorisme, rares sont les thèmes qui rassurent et les mots qui réconfortent. Ainsi, il est bon que les pompiers français soient à l’honneur, puisque les firemen américains, les « hommes du feu », viennent de l’être en payant très cher leur réputation méritée de courage.

Le nom des pompiers français est évidemment dérivé de pompe[26]. Il paraît un peu décalé, ce nom, par rapport à des missions nombreuses de sécurité et de sauvetage, qui dépassent de loin le pompage, et la lutte contre le feu. Mais ce nom a une histoire : la prévention des incendies, quand l’eau était rare et pas encore courante, était confiée à des gardes-pompes, qui prirent banalement le nom de pompiers vers 1750. Organisés militairement sur le modèle des sapeurs, ces soldats chargés de creuser des sapes et des mines, les pompiers, pompant et sapant, prirent le nom administratif de sapeurs-pompiers. Cependant, malgré le prestige de la barbe de sapeur, et peut-être à cause de l’expression fumer comme un sapeur, les enfants n’ont pas rêvé d’une panoplie de sapeur, comme ils ont longtemps réclamé un uniforme de pompier.

Le fait qu’on admire et qu’on estime nos pompiers suppose une solide réputation, car leur nom a dû résister à des ressemblances compromettantes. La grande pompe des cérémonies pompeuses — c’est un autre mot —, les pompes à côté desquelles on marche parfois, qui sont au départ des chaussures percées, comparées à des pompes aspirantes, n’ont pas sapé le moral de nos sapeurs-pompiers.

Du côté artistique aussi, pompier n’est pas forcément valorisant. Un vaudeville de 1877 éclaire le nom de l’« art pompier » : contemplant un tableau d’histoire grecque, le personnage s’exclame : « ils se battent tout nus. Ah, non, ils ont des casques… c’est peut-être des pompiers qui se couchent ».

Mais les beaux casques brillants ont changé et, malgré un nom capricieux, les pompiers modernes s’identifient à la lutte contre les incendies, notamment de forêt, ainsi qu’à la sécurité civile. Au service de la communauté tout entière, les pompiers ont l’élégance de faire mentir le dicton qui prétend qu’au bal des pompiers, ce sont toujours les mêmes qui dansent.

вернуться

25

Stéphane Paoli, animateur passionné de la « tranche » dont cette chronique était « le dernier mot ».

вернуться

26

Voir la chronique du 30 avril : Pompes.

1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 124
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)