Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Лингвистика » À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 124
Перейти на страницу:

« Des orages nouveaux se formeront — lit-on dans les Mémoires d’outre-tombe —, on croit pressentir des calamités qui l’emporteront sur les afflictions dont nous avons été comblés… » C’est inquiétant, mais ça a de la gueule.

L’orage fait peur, mais il brise le silence sournois des afflictions quotidiennes ; l’orage menace, mais il rompt le silence et peut libérer les oppressions, à commencer par celles des habitudes et des lourdes banalités, par les tristes pesanteurs partagées, par le poids de la niaiserie, des platitudes manipulées et surveillées que déversent certaines lucarnes. L’orage, ce pourrait être le coup de torchon qui balaye les fausses valeurs. Le mot retrouverait alors ses origines : l’aura, le bon vent qui fait tomber la pollution.

6 juillet 2001

Nation

En reprenant ce « mot de la fin », qui est aujourd’hui pour moi un mot de retrouvailles[23], j’ai eu envie d’un terme qui nous importe et dont l’emploi est délicat. C’est Jean-Pierre Chevènement, proclamé « troisième homme » de la campagne présidentielle après un sondage flatteur, qui me l’a gracieusement fourni, en se réclamant avec insistance de l’idée de « nation ». Certes, Chevènement n’est pas seul à parler « nation » : le mot vient d’être employé dans ce studio par François Hollande.

Alors que le mot patrie, patria, évoque le pays du « père », nation, du latin natio, nationis, c’est d’abord la naissance, puis l’appartenance par naissance.

En vieux français comme en latin, une nation est soit une naissance, soit un peuple. Dans l’Évangile, « enseignez toutes les nations », c’était, pour les apôtres, convertir les peuples païens. Il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que nation s’applique au peuple français, d’abord au tiers état.

Puis un arrêté de juillet 1789 définit la nation comme « la personne juridique constituée par l’ensemble des individus composant l’État ».

Mais l’État est un ensemble d’institutions, alors que la nation est une communauté humaine de fait et de droit. Elle suppose l’appartenance à une culture et la volonté de vivre ensemble. La Révolution française tenta d’organiser la nation en « chose commune », res publica, rejetant le « pouvoir d’un seul », la « mon-archie ».

L’idée de nation a dû évoluer, car le droit de naissance, la lignée, ne peut suffire à la définir dans le monde de l’immigration et du métissage. Nation a plus ou moins remplacé la cité, polis en grec, civitas en latin. C’est pourquoi l’homme, la femme de la nation est citoyen ou citoyenne. Sa majorité, c’est le peuple, en grec demos, et c’est pourquoi les nations modernes se réclament de la démocratie. Celle-ci inclut aujourd’hui bien des monarchies, comme le montrent le nord de l’Europe ou bien l’Espagne.

État, nation, patrie, pays, république, démocratie et aussi pouvoir, souveraineté ; quand un homme ou une femme politique s’appuie sur un de ces termes, le choix n’est jamais neutre.

C’est un mot magnifique, nation, mais attention à ses dérivés : le nationalisme connaît bien des dérives…

10 septembre 2001

Écologie

Les difficultés du candidat vert à la présidence (et non : du candidat à la présidence verte), Alain Lipietz, concernent une intention de stratégie politique, et ne passionnent pas forcément l’opinion. Les Verts ne verdoient plus guère, ces temps-ci. Mais les problèmes internes de mouvements et de tendances quelque peu hétérogènes ne doivent pas faire oublier l’essentiel. Cet essentiel, c’est une attitude générale concernant l’environnement humain, appelée écologie. Voilà un mot bien compromis par la politique : si écolo ou Vert — dans ce sens : en allemand Grün — sont entrés dans le vocabulaire des partis et dans les enjeux électoraux, c’est tout de même parce que ces mots contiennent une innovation majeure dans notre vision du monde. Ils correspondent à la prise de conscience d’une évolution dramatique pour la planète. Écologie, donc. Le mot est apparu peu après 1870 en France ; il avait été employé vingt ans avant par le moraliste et poète américain Thoreau (ecology) et surtout par le grand biologiste allemand Ernst Haeckel pour désigner les rapports des organismes vivants avec leur milieu, qu’on appellera plus tard environnement. Cette double paternité est symbolique : l’écologie est l’enfant de la morale et de la science. Science et conscience, si l’on veut. Son nom est tiré du grec oikos, « la maison, l’habitat, le milieu de vie ». Théoriquement, l’économie est la mise en ordre (nomos, « la loi ») de la maison — on en est loin dans la pratique — alors que l’écologie est l’étude objective, scientifique des environnements, pour toutes les espèces vivantes. Voilà le point de vue du savant. Mais celui du moraliste, coauteur de ce mot, insiste sur l’aménagement raisonnable du milieu humain et veut donc lutter contre les atteintes qui blessent la nature. Du coup, la logique éco-logique peut contredire celle de l’éco-nomie, qui fait triompher la loi du marché.

Pas étonnant, contre la toute-puissance de l’économie, que l’écologie ait donné naissance à un courant politique. Mais la science et son désir d’objectivité s’entendent mal avec l’action collective, la sensibilité « écologique » renâcle devant la discipline idéologique et hiérarchique qui caractérise les partis politiques. Il est facile de se moquer des remous qui agitent les Verts ; mais que l’on réexamine la nature de l’écologie et on s’aperçoit qu’un mouvement qui s’en réclame, malgré les ratés, contribue à ranimer un débat fondamental et à sortir du ronron idéologique masquant les forces discrètes qui nous gouvernent.

11 septembre 2001 [24]

Justice

Justice : c’est le mot-clé du discours de George Bush fils, qui coïncide avec le nom déconcertant des opérations de représailles prévues par les États-Unis : infinite justice. Comme bien des mots abstraits, en anglais comme en français, justice se colore différemment selon ses emplois. Faire justice signifie « punir, châtier », mais en conformité au droit, c’est-à-dire selon des limites morales précises. « Justice sans limite » est contradictoire.

Le mot anglais justice est un emprunt à l’ancien français, qui l’avait pris il y a dix siècles au latin. De même que juge, juger, jurer, juridique, justice, justicia remonte à jus, « le droit ». En latin, le droit est lié à la parole qui l’exprime : dire le droit, jus dicere, c’est le sens même de judicare, d’où vient juger. Pour que la justice s’instaure, il faut d’abord la dire, ce qui est l’affaire des « juristes », puis l’appliquer, ce que doit faire le « juge ». Cela suppose que le droit, la norme soient reconnus par la société ; on parle aujourd’hui d’État de droit.

вернуться

23

Après l’interruption estivale.

вернуться

24

Chronique prononcée à l’heure habituelle, 8 h 56 ou 57 ; c’est en début d’après-midi qu’on apprendra les terribles nouvelles de New York, puis de Washington. Voir la suite de ces chroniques.

1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 124
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)