Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Лингвистика » À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 124
Перейти на страницу:

Ce droit qu’invoque la justice est une idée complexe, qui va du droit naturel, fondé sur la notion morale du bien et du mal, à l’institution et au pouvoir judiciaire, dont la séparation d’avec le pouvoir législatif et de l’exécutif définit depuis Montesquieu le pouvoir démocratique.

Faire justice se réfère plus à la morale et au droit naturel qu’à l’institution judiciaire, car celle-ci exclut le recours à la violence collective, à la guerre. L’idée d’une guerre qui rend la justice a servi pendant des siècles à donner aux conflits armés, à la vengeance, à la violence, le visage honnête et rassurant du bon droit, de la défense légitime. Comme chacun définit sa morale, son bon droit, sa conception du monde, faute d’un juge suprême, toute violence se justifie, veut se rendre juste. Il est alors bien commode d’évoquer une justice divine, universelle, et de s’y installer, dans une logique qui peut conduire au pire. C’est la démarche des intégristes, qui ne sont pas tous musulmans.

Si « faire justice » fait référence à une justice humaine reconnue et acceptée, si elle se conforme à une règle préexistante, le droit peut être respecté ; sinon, l’arbitraire règne. Les mots nous mettent en garde : faire droit à une démarche, c’est l’accepter et y répondre ; faire justice, c’est sanctionner, pas seulement châtier ; rendre justice, c’est reconnaître le mérite. On se félicitera, en tout cas, d’une référence à la justice, au tribunal, aux juges, plutôt qu’aux armées et aux missiles. Guerre juste ? Justice et guerre, c’est l’eau et le feu : inconciliables. Il faudra choisir.

21 septembre 2001

Malveillance

Il arrive qu’un mot exact, théoriquement adapté, soit néanmoins choquant. À propos de la terrible explosion qui a tué, blessé et terrorisé à Toulouse, on émet deux hypothèses : l’accident, que les chimistes disent inexplicable, ou bien l’action nuisible volontaire. Dans le contexte actuel, tout le monde pense au terrorisme, à l’attentat ; mais un mot souvent entendu est différent : c’est malveillance.

Le verbe vouloir avait en ancien français le participe veuillant. La malveillance est simplement un mauvais vouloir, et surtout une disposition d’esprit qui porte à mal juger. L’hostilité, l’animosité, voire la méchanceté ne suffisent pas pour qu’on nuise activement. Certes, il existe des incendies dus à la malveillance ; mais ce qui fait mal dépasse le mauvais vouloir ; il faut qu’il y ait passage à l’acte. Confondre le mauvais esprit avec la malfaisance, c’est tout simplement dissimuler la vérité, pratiquer l’euphémisme du prétendu « politiquement correct ». On pourrait aussi parler des « incivilités ».

Un accident terrible provoqué pour nuire, nous connaissons ; c’est la violence qui vise à faire mal et à terroriser les survivants, violence appelée pour cela terrorisme.

En français traditionnel, la malveillance était tout autre chose : selon l’un de nos plus grands écrivains, « la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l’esprit français ». On peut juger que Chateaubriand — c’était lui — faisait alors preuve d’une certaine malveillance.

Pourtant, le spirituel comte de Rivarol avait caractérisé les malveillants, ces gens « qui disent étourdiment le mal dont ils ne sont pas sûrs ». De fait, tant qu’on n’est pas sûr du mal, mieux vaut ne pas le supposer. Mais devant une telle catastrophe, attribuer tout le mal au hasard — c’est ce que dit accident, l’événement qui nous tombe dessus — suppose qu’on en comprenne les causes naturelles. À New York, on a pu croire pendant quelques minutes à l’accident ; mais la répétition de l’invraisemblable et de l’atroce a vite contraint à évoquer la mal-faisance humaine. Aucune mal-veillance n’eût suffi. À Toulouse, ce n’est peut-être pas la malveillance, mais l’incurie et la loi du profit qui ont fabriqué le risque. Décidément, devant l’horreur et la mort, devant la terreur, les modulations du vouloir et de l’agir ne suffisent plus ; le seul mot possible, c’est le plus court, le plus terrible : le mot mal.

24 septembre 2001

Risque

Les accidents, même quand on les dit être tels « à quatre-vingtdix-neuf pour cent » — ce qui laisse un pour cent au scepticisme —, ne sont pas imprévisibles. La possibilité, voire la probabilité d’un accident, d’une catastrophe, le danger prévisible, cela s’appelle le risque.

Ce mot nous est arrivé d’Italie au XVIe siècle. Est-ce à dire que nos bonnes gens du Moyen Âge étaient insouciants au point d’ignorer le risque ? Certes non, mais on parlait de péril et de danger, et ces mots sont toujours en activité. On parle aujourd’hui de situations « à risques ». Le risque est souvent masqué, ou caché, et le mot lui-même est obscur au départ : peut-être l’idée d’un rocher pointu (resectus en latin) qui met en danger navires et cargaisons, ou bien un vocable de la bagarre, apparenté à rixe. On ne risque rien à rêver.

Cependant, les risques sont là. Apparemment, le risque nous est familier et on ne cherche pas toujours à le fuir : ne dit-on pas courir le risque d’un inconvénient ? Ce qui correspond à lui courir après, comme d’autres courent les filles ou les garçons.

À force de courir les risques, on les rejoint. À force de prendre des risques, on les attrape et on les garde. Nos sociétés trop avides de facilités, de confort, d’argent, sont peu sensibles au risque ou bien s’en accommodent : il y a bien des primes de risque. Quand le drame éclate, on ne comprend pas : puis on cherche des responsables. Or, par définition, le risque est un mal prévisible : nous sommes collectivement responsables de certains risques ; mais pour d’autres, on a décidé à notre place. Le catalogue des risques, on le voit s’enrichir dans les mots : on parle de risques de guerre au XIXe siècle, de risque professionnel, de risque social au XXe siècle, puis de risque aérien, nucléaire, terroriste, chimique, routier, sans parler des risques pénaux. Il paraît — c’est un grand physicien, Louis de Broglie, qui le dit — que « le risque est la condition de tout succès » ; mais quand le risque se réalise, aucun succès ne vaut plus un clou. En tout cas, les inventeurs de l’expression « risque zéro » méritent un zéro. Pointé.

27 septembre 2001

Urbain

Si le mot ville appartient à l’usage le plus courant, l’adjectif urbain, plus savant, a mis du temps pour être accepté. Pourtant, il vient du mot latin désignant une vraie et grande ville, en particulier la ville par excellence pour les citoyens romains, Roma, verlan graphique de Amor. Le mot ville procède de villa, qui était une grosse ferme, puis une agglomération très modeste, dans la campagne. Les fameuses « villes à la campagne » d’Alphonse Allais sont une tautologie étymologique ; il en aurait bien ri.

1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 124
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)