Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Je vais vous le dire, je vais trouver des photos que votre ex-mari vous a envoyées. N’espérez pas une fuite, c’est dans l’historique de son téléphone. Et je peux même vous dire ce qu’il y a sur ces photos, une fille dans une caisse en bois. Vous l’avez mis au défi, pensant que ça le pousserait à agir. Et quand vous avez reçu les photos, vous avez eu peur. Peur d’être complice.
Camille est saisi d’un doute.
— À moins que…
Il s’arrête, s’approche, il se baisse, tourne la tête par en dessous pour attraper son regard. Elle ne bouge pas.
— Oh merde, dit Camille en se relevant.
Il y a vraiment des moments durs dans ce métier.
— Ce n’est pas pour ça que vous n’avez pas prévenu la police, n’est-ce pas ? Ce n’est pas la peur d’être complice. C’est parce que vous aussi, vous pensez que cette fille est responsable de la disparition de votre fils. Vous n’avez rien dit parce que vous pensez qu’elle n’a que ce qu’elle mérite, c’est ça ?
Camille respire à fond. Quelle fatigue.
— J’espère que nous allons la retrouver vivante, madame Bruneau. Pour elle d’abord, mais aussi pour vous. Parce que sinon, je vais devoir vous arrêter pour complicité de meurtre avec actes de torture ou de barbarie. Et de plein d’autres choses.
Quand il quitte le bureau, Camille est complètement sous pression, le temps passe à une vitesse hallucinante.
Et qu’est-ce qu’on a ? se demande-t-il.
Rien. Ça le rend fou.
21
Le plus vorace, ce n’est pas le noir et roux, c’est un gros rat gris. Il aime le sang. Il se bat avec les autres pour être le premier. C’est un brutal, un fougueux.
Pour Alex, depuis des heures, c’est une bataille de tous les instants. Il a fallu en tuer deux. Pour les mettre en colère, pour les exciter. Pour se faire respecter.
Le premier, elle l’a embroché avec la grosse écharde, sa seule arme, et elle l’a maintenu sous son pied nu, tout en force, jusqu’à ce qu’il crève, il remuait comme un damné, il couinait comme un cochon qu’on égorge, il essayait de la mordre, Alex hurlait plus fort que lui, toute la colonie était électrisée, le rat était saisi de contractions folles et remuait comme un énorme poisson, c’est très puissant quand ça va crever, ces saloperies de bestioles. Les derniers instants ont été très pénibles, il ne bougeait plus, il pissait le sang et poussait des gémissements, des râles, les yeux exorbités, les babines palpitantes, ouvertes sur les dents toujours prêtes à mordre. Après quoi, elle l’a balancé par-dessus bord.
C’était une déclaration de guerre, tout le monde l’a bien compris.
Le second rat, elle a attendu qu’il s’approche très près, il flairait le sang, ses moustaches remuaient à une vitesse spectaculaire, il était vraiment très excité mais en même temps il se méfiait. Alex l’a laissé venir, elle l’a même appelé, viens, approche, espèce d’enfoiré, viens voir maman… Et quand il a été à portée de main, qu’elle a pu le coincer contre la planche, elle lui a planté son écharde dans le cou, il s’est tordu à l’envers sous le choc, comme s’il voulait faire un saut périlleux, elle l’a balancé aussitôt entre les planches, il s’est écrasé en bas et il a hurlé plus d’une heure, avec sa broche en travers.
Alex n’a plus d’arme, mais ils ne le savent pas et ils la craignent.
Et elle les nourrit.
Elle a mélangé le sang qui coule de sa main au reste d’eau, pour diluer, elle a passé la main au-dessus d’elle et elle en a imbibé la corde qui soutient la cage. Comme il n’y a plus d’eau, elle imbibe la corde avec du sang pur. Les rats, ça leur plaît davantage, forcément. Et dès qu’elle s’arrête de saigner, elle se pique ailleurs, avec une autre écharde, plus petite, ça n’est pas avec ça qu’elle pourra en finir avec les autres, surtout les gros, mais c’est suffisant pour se percer une veine au mollet, ou dans le bras, pour faire saigner, et c’est tout ce qui compte. Parfois, la douleur est telle… Elle ne sait pas si c’est son imaginaire ou si elle perd vraiment beaucoup de sang, mais elle a des éblouissements. La fatigue aussi, évidemment.
Dès que le sang commence à couler, elle repasse la main entre les planches du couvercle et saisit de nouveau la corde.
Elle l’imprègne.
Tout autour, les gros rats guettent, ne sachant s’ils vont se ruer sur elle ou… alors elle retire sa main, ils se battent pour dévorer ce sang frais, ils rongent la corde pour l’avoir, ils adorent ça.
Mais maintenant qu’ils ont le goût du sang, maintenant qu’elle leur a donné le sien à goûter, plus rien ne les arrêtera.
Le sang, ça les rend dingues.
22
Champigny-sur-Marne.
Un gros pavillon en briques rouges près des bords du fleuve. L’un des derniers appels passés par Trarieux avant d’enlever la fille.
Elle s’appelle Sandrine Bontemps.
Quand Louis est arrivé, elle finissait de déjeuner et partait pour son travail, elle a dû téléphoner. Le jeune policier lui a gentiment pris l’appareil des mains, il a expliqué à son patron qu’elle était retenue pour une « enquête prioritaire ». Il la fera raccompagner par un agent dès que ce sera possible. Pour elle, tout ça va vraiment très vite.
Elle est proprette, un peu guindée, vingt-cinq, vingt-six ans, impressionnée. Assise d’une fesse sur l’extrême bord du canapé Ikea, Camille lui trouve déjà le visage qu’elle aura dans vingt, trente ans, c’en est même un peu triste.
— Ce monsieur… Trarieux. Il a insisté au téléphone, insisté…, explique-t-elle. Et puis il est venu. Il m’a fait peur.
Maintenant, c’est la police qui lui fait peur. Surtout le petit chauve, le nain, c’est lui qui commande. Son jeune collègue l’a appelé au téléphone, il était là en vingt minutes, vraiment pressé. Pourtant on dirait qu’il ne l’écoute pas, il passe d’une pièce à l’autre, pose une question à la cantonade, depuis la cuisine, il monte à l’étage, redescend, il est vraiment nerveux, on dirait qu’il flaire. Il a prévenu d’emblée : « Nous n’avons pas de temps à perdre », mais dès que ça ne va pas assez vite, il l’interrompt. Elle ne sait même pas de quoi il s’agit. Mentalement, elle tente de recomposer les choses mais elle est bombardée de questions.
— C’est elle ?
Le nain braque vers elle un dessin, un visage de fille. Genre portrait-robot, comme on voit au cinéma, dans les journaux. Elle la reconnaît tout de suite, c’est Nathalie. Mais pas comme elle l’a connue. Sur le dessin, elle est plus jolie que dans la réalité, plus apprêtée, et surtout moins grosse. Et plus propre. La coiffure non plus. Et même un peu les yeux, ils étaient bleus, sur l’image en noir et blanc, on ne sait pas de quelle couleur ils sont, mais pas aussi clairs que dans la réalité et, du coup, on dirait que c’est elle… et en même temps, que ce n’est pas elle. Les policiers, eux, veulent une réponse, ça doit être oui ou non, ça ne peut pas être entre les deux. De toute manière, au-delà de ses doutes, finalement, Sandrine est formelle, c’est elle.
Nathalie Granger.
Les deux policiers se sont regardés. Le nain a dit « Granger… », d’un ton sceptique. Le jeune a pris son portable et il est allé téléphoner dans le jardin. Quand il est revenu, il a seulement fait un signe de tête qui disait « non » et le nain a répondu d’un geste, j’en étais sûr…
Sandrine a parlé du laboratoire où travaillait Nathalie, rue de Planay, à Neuilly-sur-Marne, dans le centre-ville.