Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Philippe regrettait donc bien sa lieutenance de Strasbourg, alors que la dauphine �tait entr�e en France; il regrettait ses bons amis, ses �gaux, ses camarades; il regrettait surtout l�int�rieur calme et pur de la maison paternelle, aupr�s du foyer dont La Brie �tait le grand pr�tre. Toute peine trouvait sa consolation dans le silence et l�oubli, ce sommeil des esprits actifs; puis la solitude de Taverney, qui attestait la d�cadence des choses aussi bien que la ruine des individus, avait quelque chose de philosophique qui parlait d�une voix puissante au c�ur du jeune homme.
Mais ce que Philippe regrettait surtout, c��tait de n�avoir plus le bras de sa s�ur, et son conseil presque toujours si juste, conseil n� de la fiert� bien plut�t que de l�exp�rience; car les �mes nobles ont cela de remarquable et d��minent, qu�elles planent involontairement et par leur nature m�me au-dessus du vulgaire, et souvent aussi, par leur �l�vation m�me, �chappent aux froissements, aux blessures et aux pi�ges, ce que l�adresse des insectes humains d�un ordre inf�rieur, si habitu�s qu�ils soient � louvoyer, � ruser, � m�diter dans la fange, ne r�ussit pas toujours � �viter.
Aussit�t que Philippe eut senti l�ennui, le d�couragement lui vint, et le jeune homme se trouva si malheureux dans son isolement, qu�il ne voulut pas croire qu�Andr�e, cette moiti� de lui-m�me, p�t �tre heureuse � Versailles, lorsque lui, moiti� d�Andr�e, souffrait si cruellement � Reims.
Il �crivit donc au baron la lettre que l�on conna�t, et dans laquelle il lui annon�ait son prochain retour. Cette lettre n��tonna personne et surtout pas le baron; ce qui l��tonnait, au contraire, c��tait que Philippe e�t eu cette patience d�attendre ainsi, lorsque lui �tait sur des charbons ardents et, depuis quinze jours, suppliait Richelieu, chaque fois qu�il le voyait, de brusquer l�aventure.
Philippe, n�ayant pas re�u le brevet dans le d�lai qu�il avait fix� lui-m�me, prit donc cong� de ses officiers sans para�tre remarquer leurs d�dains et leurs sarcasmes, d�dains et sarcasmes assez voil�s d�ailleurs par la politesse, qui �tait encore une vertu fran�aise � cette �poque, et par le respect naturel qu�inspire toujours un homme de c�ur.
En cons�quence, � l�heure o� il �tait convenu avec lui-m�me qu�il partirait, heure jusqu�� laquelle il avait attendu son brevet avec plus de crainte que de d�sir de le voir arriver, il monta � cheval et reprit la route de Paris.
Les trois jours de voyage qu�il avait � faire lui parurent d�une longueur mortelle et, plus il approchait, plus le silence de son p�re � son �gard, et surtout celui de sa s�ur, qui avait tant promis de lui �crire au moins deux fois la semaine, prenaient des proportions effrayantes.
Philippe arrivait donc vers midi � Versailles, nous l�avons dit, comme M. de Richelieu en sortait. Philippe avait march� une partie de la nuit, n�ayant d�fini que quelques heures � Melun; il �tait si pr�occup�, qu�il ne vit pas M. de Richelieu dans sa voiture et ne reconnut m�me pas sa livr�e.
Il se dirigea tout droit vers la grille du parc o� il avait fait ses adieux � Andr�e, le jour de son d�part, alors que la jeune fille, sans raison aucune de s�affliger, puisque la prosp�rit� de la famille �tait au comble, sentait pourtant monter � son cerveau les proph�tiques vapeurs d�une tristesse incompr�hensible.
Aussi, ce jour-l�, Philippe avait-il �t� frapp� d�une cr�dulit� superstitieuse aux douleurs d�Andr�e; mais, peu � peu, l�esprit redevenu ma�tre de lui-m�me avait secou� le joug et, par un �trange hasard, c��tait lui, Philippe, qui, sans raison, apr�s tout, revenait aux m�mes lieux en proie aux m�mes alarmes, et sans trouver, h�las! m�me dans sa pens�e, de consolation probable � cette insurmontable tristesse qui semblait un pressentiment, n�ayant pas de cause.
Au moment o� son cheval, lanc� sur les cailloux de la contre-all�e, faisait jaillir le bruit avec les �tincelles, quelqu�un, attir� sans doute par ce bruit, sortit des haies taill�es en charmilles.
C��tait Gilbert tenant une serpe � la main.
Le jardinier reconnut son ancien ma�tre.
De son c�t�, Philippe reconnut Gilbert.
Gilbert errait ainsi depuis un mois; ainsi qu�une �me en peine, il ne savait o� faire halte.
Ce jour-l�, habile comme il l��tait � suivre l�ex�cution de sa pens�e, il �tait occup� � choisir des points de vue dans les all�es pour apercevoir le pavillon ou la fen�tre d�Andr�e, et pour avoir constamment un regard sur cette maison, sans que nul regard remarqu�t sa pr�occupation, ses frissons et ses soupirs.
La serpe en main pour se donner une contenance, il parcourait taillis et plates-bandes, tranchant ici les branches charg�es de fleurs, sous pr�texte d��monder; arrachant l� l��corce toute saine des jeunes tilleuls, sous pr�texte d�enlever la r�sine et la gomme; d�ailleurs, toujours �coutant, toujours regardant, souhaitant et regrettant.
Le jeune homme avait bien p�li depuis ce mois qui venait de s��couler; la jeunesse ne se connaissait plus sur son visage qu�au feu �trange de ses yeux et � la blancheur mate et unie de son teint; mais sa bouche, crisp�e par la dissimulation, son regard oblique, la mobilit� frissonnante des muscles de son visage, appartenaient d�j� aux ann�es plus sombres de l��ge m�r.
Gilbert avait reconnu Philippe, nous l�avons dit, et, en le reconnaissant, il avait fait un mouvement pour rentrer dans le taillis.
Mais Philippe poussa son cheval vers lui en criant:
� Gilbert! h�! Gilbert!
Le premier mouvement de Gilbert avait �t� de fuir; encore une seconde et le vertige de la terreur, et ce d�lire sans explication possible, que les anciens, qui cherchaient une cause � tout, attribuaient au dieu Pan, allait s�emparer de lui et l�entra�ner comme un fou par les all�es, par les bosquets, � travers les charmilles, dans les pi�ces d�eau m�me.
Une parole pleine de douceur que pronon�a Philippe fut heureusement entendue et comprise du sauvage enfant.
� Tu ne me reconnais donc pas, Gilbert? lui cria Philippe.
Gilbert comprit sa folie et s�arr�ta court.
Puis il revint sur ses pas, mais lentement et avec d�fiance.
� Non, monsieur le chevalier, dit le jeune homme tout tremblant; non, je ne vous reconnaissais pas; je vous avais pris pour un des gardes et, comme je ne suis pas � mon ouvrage, j�ai craint d��tre reconnu ici et not� pour une punition.
Philippe se contenta de l�explication, mit pied � terre, passa dans son bras la bride de son cheval et, appuyant l�autre main sur l��paule de Gilbert, qui frissonna visiblement:
� Qu�as-tu donc, Gilbert? demanda-t-il.
� Rien, monsieur, r�pondit celui-ci.
Philippe sourit avec tristesse.
� Tu ne nous aimes pas, Gilbert, dit-il.
Le jeune homme tressaillit une seconde fois.
� Oui, je comprends, continua Philippe; mon p�re t�a trait� avec injustice et duret�; mais moi, Gilbert?
� Oh! vous�, murmura le jeune homme.
� Moi, je t�ai toujours aim�, soutenu.
� C�est vrai.
� Ainsi, oublie le mal pour le bien; ma s�ur aussi a toujours �t� bonne pour toi.
� Oh! non, pour cela non! r�pondit vivement l�enfant avec une expression que nul n�eut pu comprendre; car elle renfermait une accusation contre Andr�e, une excuse pour lui-m�me; car elle �clatait comme l�orgueil, en m�me temps qu�elle g�missait comme un remords.
� Oui, oui, dit � son tour Philippe, oui, je comprends; ma s�ur est un peu hautaine, mais au fond elle est bonne.
Puis, apr�s une pause, car toute cette conversation n�avait eu lieu que pour retarder une entrevue qu�un pressentiment lui faisait pleine de crainte:
� Sais-tu o� elle est en ce moment, ma bonne Andr�e? Dis, Gilbert.
Ce nom frappa Gilbert douloureusement au c�ur; il r�pondit d�une voix �trangl�e:
� Mais chez elle, monsieur, � ce que je pr�sume� Comment voulez-vous que, moi, je sache�?
� Seule, comme toujours, et s�ennuyant, pauvre s�ur! interrompit Philippe.