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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Philippe regrettait donc bien sa lieutenance de Strasbourg, alors que la dauphine �tait entr�e en France; il regrettait ses bons amis, ses �gaux, ses camarades; il regrettait surtout l�int�rieur calme et pur de la maison paternelle, aupr�s du foyer dont La Brie �tait le grand pr�tre. Toute peine trouvait sa consolation dans le silence et l�oubli, ce sommeil des esprits actifs; puis la solitude de Taverney, qui attestait la d�cadence des choses aussi bien que la ruine des individus, avait quelque chose de philosophique qui parlait d�une voix puissante au c�ur du jeune homme.

Mais ce que Philippe regrettait surtout, c��tait de n�avoir plus le bras de sa s�ur, et son conseil presque toujours si juste, conseil n� de la fiert� bien plut�t que de l�exp�rience; car les �mes nobles ont cela de remarquable et d��minent, qu�elles planent involontairement et par leur nature m�me au-dessus du vulgaire, et souvent aussi, par leur �l�vation m�me, �chappent aux froissements, aux blessures et aux pi�ges, ce que l�adresse des insectes humains d�un ordre inf�rieur, si habitu�s qu�ils soient � louvoyer, � ruser, � m�diter dans la fange, ne r�ussit pas toujours � �viter.

Aussit�t que Philippe eut senti l�ennui, le d�couragement lui vint, et le jeune homme se trouva si malheureux dans son isolement, qu�il ne voulut pas croire qu�Andr�e, cette moiti� de lui-m�me, p�t �tre heureuse � Versailles, lorsque lui, moiti� d�Andr�e, souffrait si cruellement � Reims.

Il �crivit donc au baron la lettre que l�on conna�t, et dans laquelle il lui annon�ait son prochain retour. Cette lettre n��tonna personne et surtout pas le baron; ce qui l��tonnait, au contraire, c��tait que Philippe e�t eu cette patience d�attendre ainsi, lorsque lui �tait sur des charbons ardents et, depuis quinze jours, suppliait Richelieu, chaque fois qu�il le voyait, de brusquer l�aventure.

Philippe, n�ayant pas re�u le brevet dans le d�lai qu�il avait fix� lui-m�me, prit donc cong� de ses officiers sans para�tre remarquer leurs d�dains et leurs sarcasmes, d�dains et sarcasmes assez voil�s d�ailleurs par la politesse, qui �tait encore une vertu fran�aise � cette �poque, et par le respect naturel qu�inspire toujours un homme de c�ur.

En cons�quence, � l�heure o� il �tait convenu avec lui-m�me qu�il partirait, heure jusqu�� laquelle il avait attendu son brevet avec plus de crainte que de d�sir de le voir arriver, il monta � cheval et reprit la route de Paris.

Les trois jours de voyage qu�il avait � faire lui parurent d�une longueur mortelle et, plus il approchait, plus le silence de son p�re � son �gard, et surtout celui de sa s�ur, qui avait tant promis de lui �crire au moins deux fois la semaine, prenaient des proportions effrayantes.

Philippe arrivait donc vers midi � Versailles, nous l�avons dit, comme M. de Richelieu en sortait. Philippe avait march� une partie de la nuit, n�ayant d�fini que quelques heures � Melun; il �tait si pr�occup�, qu�il ne vit pas M. de Richelieu dans sa voiture et ne reconnut m�me pas sa livr�e.

Il se dirigea tout droit vers la grille du parc o� il avait fait ses adieux � Andr�e, le jour de son d�part, alors que la jeune fille, sans raison aucune de s�affliger, puisque la prosp�rit� de la famille �tait au comble, sentait pourtant monter � son cerveau les proph�tiques vapeurs d�une tristesse incompr�hensible.

Aussi, ce jour-l�, Philippe avait-il �t� frapp� d�une cr�dulit� superstitieuse aux douleurs d�Andr�e; mais, peu � peu, l�esprit redevenu ma�tre de lui-m�me avait secou� le joug et, par un �trange hasard, c��tait lui, Philippe, qui, sans raison, apr�s tout, revenait aux m�mes lieux en proie aux m�mes alarmes, et sans trouver, h�las! m�me dans sa pens�e, de consolation probable � cette insurmontable tristesse qui semblait un pressentiment, n�ayant pas de cause.

Au moment o� son cheval, lanc� sur les cailloux de la contre-all�e, faisait jaillir le bruit avec les �tincelles, quelqu�un, attir� sans doute par ce bruit, sortit des haies taill�es en charmilles.

C��tait Gilbert tenant une serpe � la main.

Le jardinier reconnut son ancien ma�tre.

De son c�t�, Philippe reconnut Gilbert.

Gilbert errait ainsi depuis un mois; ainsi qu�une �me en peine, il ne savait o� faire halte.

Ce jour-l�, habile comme il l��tait � suivre l�ex�cution de sa pens�e, il �tait occup� � choisir des points de vue dans les all�es pour apercevoir le pavillon ou la fen�tre d�Andr�e, et pour avoir constamment un regard sur cette maison, sans que nul regard remarqu�t sa pr�occupation, ses frissons et ses soupirs.

La serpe en main pour se donner une contenance, il parcourait taillis et plates-bandes, tranchant ici les branches charg�es de fleurs, sous pr�texte d��monder; arrachant l� l��corce toute saine des jeunes tilleuls, sous pr�texte d�enlever la r�sine et la gomme; d�ailleurs, toujours �coutant, toujours regardant, souhaitant et regrettant.

Le jeune homme avait bien p�li depuis ce mois qui venait de s��couler; la jeunesse ne se connaissait plus sur son visage qu�au feu �trange de ses yeux et � la blancheur mate et unie de son teint; mais sa bouche, crisp�e par la dissimulation, son regard oblique, la mobilit� frissonnante des muscles de son visage, appartenaient d�j� aux ann�es plus sombres de l��ge m�r.

Gilbert avait reconnu Philippe, nous l�avons dit, et, en le reconnaissant, il avait fait un mouvement pour rentrer dans le taillis.

Mais Philippe poussa son cheval vers lui en criant:

� Gilbert! h�! Gilbert!

Le premier mouvement de Gilbert avait �t� de fuir; encore une seconde et le vertige de la terreur, et ce d�lire sans explication possible, que les anciens, qui cherchaient une cause � tout, attribuaient au dieu Pan, allait s�emparer de lui et l�entra�ner comme un fou par les all�es, par les bosquets, � travers les charmilles, dans les pi�ces d�eau m�me.

Une parole pleine de douceur que pronon�a Philippe fut heureusement entendue et comprise du sauvage enfant.

� Tu ne me reconnais donc pas, Gilbert? lui cria Philippe.

Gilbert comprit sa folie et s�arr�ta court.

Puis il revint sur ses pas, mais lentement et avec d�fiance.

� Non, monsieur le chevalier, dit le jeune homme tout tremblant; non, je ne vous reconnaissais pas; je vous avais pris pour un des gardes et, comme je ne suis pas � mon ouvrage, j�ai craint d��tre reconnu ici et not� pour une punition.

Philippe se contenta de l�explication, mit pied � terre, passa dans son bras la bride de son cheval et, appuyant l�autre main sur l��paule de Gilbert, qui frissonna visiblement:

� Qu�as-tu donc, Gilbert? demanda-t-il.

� Rien, monsieur, r�pondit celui-ci.

Philippe sourit avec tristesse.

� Tu ne nous aimes pas, Gilbert, dit-il.

Le jeune homme tressaillit une seconde fois.

� Oui, je comprends, continua Philippe; mon p�re t�a trait� avec injustice et duret�; mais moi, Gilbert?

� Oh! vous�, murmura le jeune homme.

� Moi, je t�ai toujours aim�, soutenu.

� C�est vrai.

� Ainsi, oublie le mal pour le bien; ma s�ur aussi a toujours �t� bonne pour toi.

� Oh! non, pour cela non! r�pondit vivement l�enfant avec une expression que nul n�eut pu comprendre; car elle renfermait une accusation contre Andr�e, une excuse pour lui-m�me; car elle �clatait comme l�orgueil, en m�me temps qu�elle g�missait comme un remords.

� Oui, oui, dit � son tour Philippe, oui, je comprends; ma s�ur est un peu hautaine, mais au fond elle est bonne.

Puis, apr�s une pause, car toute cette conversation n�avait eu lieu que pour retarder une entrevue qu�un pressentiment lui faisait pleine de crainte:

� Sais-tu o� elle est en ce moment, ma bonne Andr�e? Dis, Gilbert.

Ce nom frappa Gilbert douloureusement au c�ur; il r�pondit d�une voix �trangl�e:

� Mais chez elle, monsieur, � ce que je pr�sume� Comment voulez-vous que, moi, je sache�?

� Seule, comme toujours, et s�ennuyant, pauvre s�ur! interrompit Philippe.

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