Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� C�est �trange, au moins, si ce n�est pas surnaturel, dit la princesse. Mais, apr�s cet �v�nement, comment viviez-vous avec cet homme?
� Il me t�moignait une vive tendresse, un sinc�re attachement.
� C��tait un homme corrompu peut-�tre?
� Je ne le crois pas; au contraire, il y a quelque chose de l�ap�tre dans sa mani�re de parler.
� Allons, vous l�aimez, avouez-le.
� Non, non, Madame, dit la jeune femme avec une douloureuse volont�, non, je ne l�aime pas.
� Alors vous auriez d� fuir, vous auriez d� en appeler aux autorit�s, vous r�clamer de vos parents.
� Madame, il me surveillait tellement, que je ne pouvais fuir.
� Que n��criviez-vous?
� Nous nous arr�tions partout sur la route dans des maisons qui semblaient lui appartenir, o� chacun lui ob�issait. Plusieurs fois je demandai du papier, de l�encre et des plumes; mais ceux � qui je m�adressais �taient renseign�s par lui; jamais aucun ne me r�pondit.
� Mais en route, comment voyagiez-vous?
� D�abord en chaise de poste; mais � Milan nous trouv�mes non plus une chaise de poste, mais une esp�ce de maison roulante dans laquelle nous continu�mes notre chemin.
� Mais enfin il �tait oblig� parfois de vous laisser seule?
� Oui. Alors il s�approchait de moi; il me disait: �Dormez.� Et je m�endormais, et ne me r�veillais qu�� son retour.
Madame Louise secoua la t�te d�un air d�incr�dulit�.
� Vous ne d�siriez pas fuir bien �nergiquement, dit-elle; sans quoi, vous y fussiez parvenue.
� H�las! il me semble cependant que si, Madame� Mais aussi peut-�tre �tais-je fascin�e!
� Par ses paroles d�amour, par ses caresses?
� Il me parlait rarement d�amour, Madame, et, � part un baiser sur le front le soir et un autre baiser au front le matin, je ne me rappelle point qu�il m�ait jamais fait d�autres caresses.
� �trange, �trange, en v�rit�! murmura la princesse.
Cependant, sous l�empire d�un soup�on, elle reprit:
� Voyons, r�p�tez-moi que vous ne l�aimez pas.
� Je vous le r�p�te, Madame.
� Redites-moi que nul lien terrestre ne vous attache � lui.
� Je vous le redis.
� Que, s�il vous r�clame, il n�aura aucun droit � faire valoir.
� Aucun!
� Mais enfin, continua la princesse, comment �tes-vous venue ici? Voyons, car je m�y perds.
� Madame, j�ai profit� d�un violent orage qui nous surprit un peu au del� d�une ville qu�on appelle, je crois, Nancy. Il avait quitt� sa place pr�s de moi; il �tait entr� dans le second compartiment de sa voiture, pour causer avec un vieillard qui habitait ce second compartiment, je sautai sur son cheval et je m�enfuis.
� Et qui vous fit donner la pr�f�rence � la France, au lieu de retourner en Italie?
� Je r�fl�chis que je ne pouvais retourner � Rome, puisque bien certainement on devait croire que j�avais agi de complicit� avec cet homme; j�y �tais d�shonor�e, mes parents ne m�eussent point re�ue.
�Je r�solus donc de fuir � Paris et d�y vivre cach�e, ou bien de gagner quelque autre capitale o� je pusse me perdre � tous les regards et aux siens surtout.
�Quand j�arrivai � Paris, toute la ville �tait �mue de votre retraite aux Carm�lites, Madame; chacun vantait votre pi�t�, votre sollicitude pour les malheureux, votre compassion pour les afflig�s. Ce me fut un trait de lumi�re, Madame; je fus frapp�e de cette conviction que vous seule �tiez assez g�n�reuse pour m�accueillir, assez puissante pour me d�fendre.
� Vous en appelez toujours � ma puissance, mon enfant; il est donc bien puissant, lui?
� Oh! oui.
� Mais qui est-il? Voyons! Par d�licatesse, j�ai jusqu�� pr�sent tard� � vous le demander; cependant, si je dois vous d�fendre, faut-il encore que je sache contre qui.
� Oh! Madame, voil� encore en quoi il m�est impossible de vous �clairer. J�ignore compl�tement qui il est et ce qu�il est: tout ce que je sais, c�est qu�un roi n�inspire pas plus de respect, un dieu plus d�adorations que n�en ont pour lui les gens auxquels il daigne se r�v�ler.
� Mais son nom? comment s�appelle-t-il?
� Madame, je l�ai entendu appeler de bien des noms diff�rents. Cependant, deux seulement me sont rest�s dans la m�moire. L�un est celui que lui donne ce vieillard dont je vous ai d�j� parl� et qui fut notre compagnon de voyage depuis Milan jusqu�� l�heure o� je l�ai quitt�: l�autre est celui qu�il se donnait lui-m�me.
� Quel �tait le nom dont l�appelait le vieillard?
� Acharat� N�est-ce pas un nom antichr�tien, dites, Madame?�
� Et celui qu�il se donnait � lui-m�me?
� Joseph Balsamo.
� Et lui?
� Lui!� conna�t tout le monde, devine tout le monde; il est contemporain de tous les temps; il v�cut dans tous les �ges; il parle� oh! mon Dieu! pardonnez-lui de pareils blasph�mes! non seulement d�Alexandre, de C�sar, de Charlemagne, comme s�il les avait connus, et cependant, je crois que tous ces hommes-l� sont morts depuis bien longtemps, mais encore de Ca�phe, de Pilate, de Notre Seigneur J�sus-Christ, enfin, comme s�il e�t assist� � son martyre.
� C�est quelque charlatan alors, dit la princesse.
� Madame, je ne sais peut-�tre point parfaitement ce que veut dire en France le nom que vous venez de prononcer; mais ce que je sais, c�est que c�est un homme dangereux, terrible, devant lequel tout plie, tout tombe, tout s��croule; que l�on croit sans d�fense, et qui est arm�; que l�on croit seul, et qui fait sortir des hommes de terre. Et cela sans force, sans violence, avec un mot, un geste� en souriant.
� C�est bien, dit la princesse, quel que soit cet homme, rassurez-vous, mon enfant, vous serez prot�g�e contre lui.
� Par vous, n�est-ce pas, Madame?
� Oui, par moi, et cela tant que vous ne renoncerez pas vous-m�me � cette protection. Mais ne croyez plus, mais surtout ne cherchez plus � me faire croire aux surnaturelles visions que votre esprit malade a enfant�es. Les murs de Saint-Denis, en tout cas, vous seront un rempart assur� contre le pouvoir infernal, et m�me, croyez-moi, contre un pouvoir bien plus � craindre, contre le pouvoir humain. Maintenant, madame, que comptez-vous faire?
� Avec ces bijoux qui m�appartiennent, Madame, je compte payer ma dot dans un couvent, dans celui-ci, si c�est possible.
Et Lorenza d�posa sur une table de pr�cieux bracelets, des bagues de prix, un diamant magnifique et de superbes boucles d�oreilles. Le tout pouvait valoir vingt mille �cus.
� Ces bijoux sont � vous? demanda la princesse.
� Ils sont � moi, Madame; il me les a donn�s, et je les rends � Dieu. Je ne d�sire qu�une chose.
� Laquelle? Dites!
� C�est que son cheval arabe Dj�rid, qui fut l�instrument de ma d�livrance, lui soit rendu s�il le r�clame.
� Mais vous, � aucun prix, n�est-ce pas, vous ne voulez retourner avec lui?
� Moi, je ne lui appartiens pas.
� C�est vrai, vous l�avez dit. Ainsi, madame, vous continuez � vouloir entrer � Saint-Denis et � continuer les pratiques de religion interrompues � Subiaco par l��trange �v�nement que vous m�avez racont�?
� C�est mon v�u le plus cher, Madame, et je sollicite cette faveur � vos genoux.
� Eh bien! soyez tranquille, mon enfant, dit la princesse, d�s aujourd�hui vous vivrez parmi nous, et, lorsque vous nous aurez montr� combien vous tenez � obtenir cette faveur; lorsque, par votre exemplaire conduite, � laquelle je m�attends, vous l�aurez m�rit�e, ce jour-l� vous appartiendrez au Seigneur et je vous r�ponds que nul ne vous enl�vera de Saint-Denis lorsque la sup�rieure veillera sur vous.
Lorenza se pr�cipita aux pieds de sa protectrice, lui prodiguant les plus tendres, les plus sinc�res remerciements.
Mais tout � coup elle se releva sur un genou, �couta, p�lit, trembla.
� Oh! mon Dieu! dit-elle, mon Dieu! mon Dieu!
� Quoi? demanda Madame Louise.
� Tout mon corps tremble! Ne le voyez-vous pas? Il vient! Il vient!
� Qui cela?
� Lui! Lui qui a jur� de me perdre.
� Cet homme?
� Oui, cet homme. Ne voyez-vous pas comme mes mains tremblent?
� En effet.
� Oh! s��cria-t-elle, le coup au c�ur; il approche, il approche!