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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Cest trange, au moins, si ce nest pas surnaturel, dit la princesse. Mais, aprs cet vnement, comment viviez-vous avec cet homme?

Il me tmoignait une vive tendresse, un sincre attachement.

Ctait un homme corrompu peut-tre?

Je ne le crois pas; au contraire, il y a quelque chose de laptre dans sa manire de parler.

Allons, vous laimez, avouez-le.

Non, non, Madame, dit la jeune femme avec une douloureuse volont, non, je ne laime pas.

Alors vous auriez d fuir, vous auriez d en appeler aux autorits, vous rclamer de vos parents.

Madame, il me surveillait tellement, que je ne pouvais fuir.

Que ncriviez-vous?

Nous nous arrtions partout sur la route dans des maisons qui semblaient lui appartenir, o chacun lui obissait. Plusieurs fois je demandai du papier, de lencre et des plumes; mais ceux qui je madressais taient renseigns par lui; jamais aucun ne me rpondit.

Mais en route, comment voyagiez-vous?

Dabord en chaise de poste; mais Milan nous trouvmes non plus une chaise de poste, mais une espce de maison roulante dans laquelle nous continumes notre chemin.

Mais enfin il tait oblig parfois de vous laisser seule?

Oui. Alors il sapprochait de moi; il me disait: Dormez. Et je mendormais, et ne me rveillais qu son retour.

Madame Louise secoua la tte dun air dincrdulit.

Vous ne dsiriez pas fuir bien nergiquement, dit-elle; sans quoi, vous y fussiez parvenue.

Hlas! il me semble cependant que si, Madame Mais aussi peut-tre tais-je fascine!

Par ses paroles damour, par ses caresses?

Il me parlait rarement damour, Madame, et, part un baiser sur le front le soir et un autre baiser au front le matin, je ne me rappelle point quil mait jamais fait dautres caresses.

trange, trange, en vrit! murmura la princesse.

Cependant, sous lempire dun soupon, elle reprit:

Voyons, rptez-moi que vous ne laimez pas.

Je vous le rpte, Madame.

Redites-moi que nul lien terrestre ne vous attache lui.

Je vous le redis.

Que, sil vous rclame, il naura aucun droit faire valoir.

Aucun!

Mais enfin, continua la princesse, comment tes-vous venue ici? Voyons, car je my perds.

Madame, jai profit dun violent orage qui nous surprit un peu au del dune ville quon appelle, je crois, Nancy. Il avait quitt sa place prs de moi; il tait entr dans le second compartiment de sa voiture, pour causer avec un vieillard qui habitait ce second compartiment, je sautai sur son cheval et je menfuis.

Et qui vous fit donner la prfrence la France, au lieu de retourner en Italie?

Je rflchis que je ne pouvais retourner Rome, puisque bien certainement on devait croire que javais agi de complicit avec cet homme; jy tais dshonore, mes parents ne meussent point reue.

Je rsolus donc de fuir Paris et dy vivre cache, ou bien de gagner quelque autre capitale o je pusse me perdre tous les regards et aux siens surtout.

Quand jarrivai Paris, toute la ville tait mue de votre retraite aux Carmlites, Madame; chacun vantait votre pit, votre sollicitude pour les malheureux, votre compassion pour les affligs. Ce me fut un trait de lumire, Madame; je fus frappe de cette conviction que vous seule tiez assez gnreuse pour maccueillir, assez puissante pour me dfendre.

Vous en appelez toujours ma puissance, mon enfant; il est donc bien puissant, lui?

Oh! oui.

Mais qui est-il? Voyons! Par dlicatesse, jai jusqu prsent tard vous le demander; cependant, si je dois vous dfendre, faut-il encore que je sache contre qui.

Oh! Madame, voil encore en quoi il mest impossible de vous clairer. Jignore compltement qui il est et ce quil est: tout ce que je sais, cest quun roi ninspire pas plus de respect, un dieu plus dadorations que nen ont pour lui les gens auxquels il daigne se rvler.

Mais son nom? comment sappelle-t-il?

Madame, je lai entendu appeler de bien des noms diffrents. Cependant, deux seulement me sont rests dans la mmoire. Lun est celui que lui donne ce vieillard dont je vous ai dj parl et qui fut notre compagnon de voyage depuis Milan jusqu lheure o je lai quitt: lautre est celui quil se donnait lui-mme.

Quel tait le nom dont lappelait le vieillard?

Acharat Nest-ce pas un nom antichrtien, dites, Madame?

Et celui quil se donnait lui-mme?

Joseph Balsamo.

Et lui?

Lui! connat tout le monde, devine tout le monde; il est contemporain de tous les temps; il vcut dans tous les ges; il parle oh! mon Dieu! pardonnez-lui de pareils blasphmes! non seulement dAlexandre, de Csar, de Charlemagne, comme sil les avait connus, et cependant, je crois que tous ces hommes-l sont morts depuis bien longtemps, mais encore de Caphe, de Pilate, de Notre Seigneur Jsus-Christ, enfin, comme sil et assist son martyre.

Cest quelque charlatan alors, dit la princesse.

Madame, je ne sais peut-tre point parfaitement ce que veut dire en France le nom que vous venez de prononcer; mais ce que je sais, cest que cest un homme dangereux, terrible, devant lequel tout plie, tout tombe, tout scroule; que lon croit sans dfense, et qui est arm; que lon croit seul, et qui fait sortir des hommes de terre. Et cela sans force, sans violence, avec un mot, un geste en souriant.

Cest bien, dit la princesse, quel que soit cet homme, rassurez-vous, mon enfant, vous serez protge contre lui.

Par vous, nest-ce pas, Madame?

Oui, par moi, et cela tant que vous ne renoncerez pas vous-mme cette protection. Mais ne croyez plus, mais surtout ne cherchez plus me faire croire aux surnaturelles visions que votre esprit malade a enfantes. Les murs de Saint-Denis, en tout cas, vous seront un rempart assur contre le pouvoir infernal, et mme, croyez-moi, contre un pouvoir bien plus craindre, contre le pouvoir humain. Maintenant, madame, que comptez-vous faire?

Avec ces bijoux qui mappartiennent, Madame, je compte payer ma dot dans un couvent, dans celui-ci, si cest possible.

Et Lorenza dposa sur une table de prcieux bracelets, des bagues de prix, un diamant magnifique et de superbes boucles doreilles. Le tout pouvait valoir vingt mille cus.

Ces bijoux sont vous? demanda la princesse.

Ils sont moi, Madame; il me les a donns, et je les rends Dieu. Je ne dsire quune chose.

Laquelle? Dites!

Cest que son cheval arabe Djrid, qui fut linstrument de ma dlivrance, lui soit rendu sil le rclame.

Mais vous, aucun prix, nest-ce pas, vous ne voulez retourner avec lui?

Moi, je ne lui appartiens pas.

Cest vrai, vous lavez dit. Ainsi, madame, vous continuez vouloir entrer Saint-Denis et continuer les pratiques de religion interrompues Subiaco par ltrange vnement que vous mavez racont?

Cest mon vu le plus cher, Madame, et je sollicite cette faveur vos genoux.

Eh bien! soyez tranquille, mon enfant, dit la princesse, ds aujourdhui vous vivrez parmi nous, et, lorsque vous nous aurez montr combien vous tenez obtenir cette faveur; lorsque, par votre exemplaire conduite, laquelle je mattends, vous laurez mrite, ce jour-l vous appartiendrez au Seigneur et je vous rponds que nul ne vous enlvera de Saint-Denis lorsque la suprieure veillera sur vous.

Lorenza se prcipita aux pieds de sa protectrice, lui prodiguant les plus tendres, les plus sincres remerciements.

Mais tout coup elle se releva sur un genou, couta, plit, trembla.

Oh! mon Dieu! dit-elle, mon Dieu! mon Dieu!

Quoi? demanda Madame Louise.

Tout mon corps tremble! Ne le voyez-vous pas? Il vient! Il vient!

Qui cela?

Lui! Lui qui a jur de me perdre.

Cet homme?

Oui, cet homme. Ne voyez-vous pas comme mes mains tremblent?

En effet.

Oh! scria-t-elle, le coup au cur; il approche, il approche!

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