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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— En route ! Un chauffeur nous attend en bas.

La circulation était étonnamment fluide pour un lundi matin ; en moins d’une demi-heure, ils gagnèrent le siège de la DCPJ. Le commandant n’aimait vraiment pas l’endroit, des constructions en métal et en verre, aucune âme là-dedans.

– Ça va ressembler à ça, les Batignolles ! remarqua-t-il avec un brin de nostalgie dans la voix.

— Mais, arrête un peu !

La voiture s’immobilisa en face du bâtiment du « Ministère de l’Intérieur ». Des policiers en uniforme en assuraient la protection. Girard attrapa ses affaires et se dirigea vers l’entrée du 101, adresse de la sous-direction des affaires criminelles.

— C’est là, lui cria Isabelle, en lui montrant du regard le bâtiment opposé.

Il se planta sur le trottoir sans comprendre.

— C’est en face, on va à l’OCRTIS.

— Qu’est-ce qu’on va foutre à l’office des Stups ?

— Ils vont nous l’expliquer.

Les Stups partageaient leur bâtiment avec des sociétés privées. Au moins, se félicita le commandant, aux Batignolles nous serons seuls, il ne manquerait plus qu’on soit avec des assureurs, des publicitaires ou je ne sais qui… Puis il se ravisa. On aura la cité judiciaire avec nous. Mouais, on ne sera même plus entre flics. Isabelle eut l’impression de pouvoir lire dans ses pensées. Sourire aux lèvres, elle le regardait bougonner… Ils furent accueillis par Thierry Bourcy, le chef de l’office des Stups, son adjoint Bernard Granger, ainsi que par Pierre Vales, le chef des relations internationales de la DCPJ. Des gravures de mode, pensa Girard en les regardant : costumes en tissu de qualité, chaussures brillantes, cravates de prix. Comme quoi les bâtiments, ça transformait les gens. Il ne se trouvait aucun point commun avec eux, ses complets et accessoires quotidiens étaient plus « vintage » ! Eux se pavanaient dans du dernier cri et des marques prestigieuses. Bourcy les entraîna dans une salle de réunion à la moquette épaisse. Le mobilier s’accordait aux locaux : moderne et fonctionnel. On les invita à s’asseoir et le chef des Stups regarda sa montre.

— Faisons vite, si vous voulez accrocher le vol pour Perpignan qui part à midi et quart.

20

Au matin, la nuit s’effaça pour faire place à un épais brouillard de surface. On n’y voyait pas à trois mètres autour de la maison. Un calme lugubre. Eduardo avait couché avec Malika dans la chambre du couple d’éleveurs, les autres s’étaient répartis un peu partout. Yves était étalé dans un fauteuil du salon. À côté de lui, l’un des hommes d’Eduardo ronflait sur le canapé.

— Bordel, qu’est-ce que c’est que ce temps de merde ? éructa Eduardo au réveil.

Une voix lui fit écho. Raynal descendait les escaliers.

— Ce n’est rien. C’est le résultat de l’orage, dès qu’on va monter en altitude, on passera au-dessus.

— T’es debout ! Elles ont pas bougé ? demanda le Mexicain en pensant à la mère de famille et à ses deux enfants.

— Non, mais j’ai peiné à m’endormir. Elles n’ont pas arrêté de chialer.

— Au moins comme ça, tu sais qu’elles n’ont pas pris la fuite.

Il regarda encore dehors, ce temps ne lui plaisait pas. Il n’en pouvait plus de cet endroit.

— Raynal, fais le tour de la baraque, réveille-moi tout le monde. On ne va pas traîner ici. Les ploucs, c’est matinal, faudrait pas que quelqu’un rapplique.

Eduardo freina le motard dans son élan au moment où il allait sortir :

— Il va falloir nettoyer.

— Non !

Yves cria, horrifié, les yeux fous. Il se leva et défia Eduardo du regard. La réaction ne vint pas d’où il l’attendait. Raynal sortit son arme et le gifla d’un magistral coup de crosse. Le chauffeur retomba sur son fauteuil, le canon sur la bouche.

Le Mexicain s’amusa de la situation et s’imposa :

— Je n’ai pas besoin de toi pour régler mes problèmes.

— Je n’en doute pas, mais j’avais envie de me faire plaisir, il me gave depuis hier celui-là. Il se la joue supérieur, comme s’il valait mieux que nous. S’il faut, je vais la conduire la bagnole. Laisse-moi lui régler son compte.

Eduardo s’attarda sur les yeux effarés d’Yves et fit mine de réfléchir, avant de lâcher, d’une voix autoritaire :

— Laisse-le tranquille. Il est à moi. Si t’as envie de te rendre utile, tu sais ce que tu as à faire.

— Tu es certain ?

— Fais ce que je te dis !

Raynal baissa le canon de son arme et monta à l’étage.

— Pas de problème…

Le fer des bottes de moto martela le bois. Les regards d’Eduardo et d’Yves s’affrontèrent. Le Français banda ses muscles, prit appui sur un accoudoir en faisant mine de se relever. Le tueur tira le chien de son arme en arrière et le braqua.

— Oui, c’est bien. Bouge que je t’en colle une.

Bruit de serrure, de porte qui claque. Une clameur. Trois détonations. Yves se laissa retomber sur le canapé. Eduardo rangea son arme. Derrière lui, Malika arrivait, suivie du reste de la bande.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Notre Français est un sentimental. Nous sommes obligés de faire son éducation.

Raynal réapparut et le Mexicain considéra qu’il était grand temps de s’en aller.

— Prenez des provisions et des couvertures, nous en aurons besoin.

Avant de sortir, Eduardo se pencha sous l’évier à la recherche de la bouteille de gaz. D’un coup de couteau, il en sectionna le tuyau. Pendant que les autres se préparaient, il récupéra dans le garage des bidons de pétrole repérés la veille, en arrosa généreusement le balcon, puis le rez-de-chaussée. Une allumette suffit à lancer le brasier.

— On dégage !

21

Le front appuyé contre le hublot, Patrick Girard repensait aux assassinats. Le chef de l’OCRTIS lui avait confirmé que l’un des deux ADN suspects appartenait à Leïla Hamoudni, une Marocaine, membre d’une famille de trafiquants de drogue. La jeune femme venait de trouver la mort dans un accident de circulation près de Barcelone, en participant à un convoyage surveillé par l’office des Stups et la PJ de Nice.

À cela s’ajoutaient des renseignements communiqués par le commissaire Pierre Vales, sorte de ministre des Affaires étrangères de la DCPJ : Leïla Hamoudni était originaire du nord du Maroc, de la même région que les deux victimes marocaines. L’attaché de sécurité intérieure en poste à Rabat, avait appris de son côté que Mohamed Ben Hamid, le père d’Ali et le mari d’Anissa, était introuvable et faisait l’objet d’un avis de recherche.

Depuis l’accident, le convoi dans lequel se trouvait Leïla avait disparu. Les dernières informations le localisaient dans les Pyrénées, non loin de la frontière… C’était dans l’hypothèse où le second tueur pouvait en faire partie, que le commandant se trouvait maintenant dans un avion, direction Perpignan. Il devait y rejoindre un groupe des Stups de Nice, en planque à la frontière espagnole. Ces enquêteurs travaillaient depuis des mois sur les trafiquants de drogue, domaine qu’il détestait. À Paris, pour l’intendance procédurale, il pouvait compter sur Isabelle, Hervé et surtout Marc. Ils rédigeraient les procès-verbaux de liaison motivant son déplacement en dehors du ressort territorial habituel de la police judiciaire parisienne, et le procureur de la République délivrerait aisément une réquisition dans ce sens. L’intendance personnelle et familiale allait être plus difficile à gérer. Sur le trajet, il avait laissé un message sur le répondeur de Marianne. Il savait déjà qu’elle n’allait pas aimer être ainsi mise devant le fait accompli. Lui-même n’avait pas prévu ce départ, et se retrouvait propulsé à des centaines de kilomètres de chez lui sans fringues ni affaires de toilette.

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