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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Eduardo esquissa un fantôme de sourire.

— Emmène-les.

Il s’adressa ensuite à la jeune mère :

— Si tu essaies quoi que ce soit pour t’échapper, je m’occupe de tes gosses. C’est clair ?

Entre deux sanglots, Maria secoua la tête. Le message était « clair » comme la menace.

Le tueur se tourna ensuite vers Fahrid.

— Va mieux garer ta voiture ! Elle prend l’eau. Si la marchandise s’abîme, je m’occuperai aussi de toi.

Eduardo sembla se décontracter, ses épaules tombèrent, il se frotta les mains et se dirigea vers la cuisine.

— Ces ploucs sont bien logés !

Son téléphone interrompit ses commentaires. Il sortit sur la terrasse pour prendre l’appel. À son retour, mauvais signe, son visage avait encore changé.

Dans le frigo, il attrapa une bière qu’il décapsula avec les dents, et se rapprocha des fourneaux où la soupe mijotait.

— Parfait ! De la bouffe de « peones », mais ça m’a l’air bon. Allez, à table ! On va se reposer et on partira quand les routes seront plus calmes, demain ou plus tard…

Il se tourna vers Yves :

— C’est bien comme ça que tu t’en étais tiré, en France, quand t’as failli te faire prendre, t’es resté planqué deux jours dans un coin ?

Yves parut surpris qu’Eduardo revienne sur cette histoire.

— J’ai attendu suffisamment longtemps pour être certain que les flics ne me cherchaient plus.

Le chien se mit à gratter et à aboyer.

— C’est quoi, ça ?

— Ils ont un cabot.

Eduardo fit un signe discret à son chauffeur et se saisit de la marmite pour la poser sur la table. Au même moment, on entendit une porte claquer, puis deux coups de feu. Les aboiements cessèrent.

Il gonfla le torse, ramena ses cheveux en arrière et sourit franchement. Gérer les imprévus, il savait faire, et les emmerdes qui s’agglutinaient ne lui faisaient pas peur.

— Ah ! enfin un peu de calme. La journée a été dure, j’ai faim, je suis fatigué.

À table, une bonne humeur malsaine s’installa rapidement parmi ces hommes peu enclins à se laisser submerger par la sensibilité. Le Mexicain s’amusa à se jouer d’eux :

— Changement de plan. On ne passe plus par Perpignan. On abandonne définitivement l’autoroute. On va traverser la montagne.

Des regards d’incompréhension lui répondirent. Il ricana méchamment.

– Ça dérange quelqu’un ?

Silencieux, ils attendaient la suite. Seul Yves, le regard perdu, semblait être ailleurs.

— Oh ! la star, tu fais la gueule, ce nouvel itinéraire te pose souci ?

Le fauteur de troubles leva la tête vers le Mexicain et préféra lui sourire, sans chercher à le défier.

— Non, mais le passage en France ne sera pas évident. Sur les routes de montagne, on peut être facilement bloqué. Et les douaniers veillent, il serait stupide de se faire arrêter par des gabelous à la recherche d’une bouteille de Pastis ou d’une cartouche de clopes.

— Ne t’inquiète pas pour ce genre d’imprévu. Je me charge de vous ouvrir la voie. Après, ce sera à vous d’agir avant que les routes ne se referment, et de trouver une planque si c’est nécessaire. Le chef pense que t’es un bon, tâche d’être à la hauteur de ta réputation !

— Pourquoi ce changement ? demanda Fahrid.

— Parce que les flics nous attendent sur l’autoroute.

– À cause de l’accident ? demanda Malika.

— Ou à cause d’autre chose…, laissa tomber le Mexicain en les balayant du regard les uns après les autres.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda la jeune femme.

— Rien, je réfléchis à voix haute, c’est tout. Mais je ne voudrais pas gâcher notre repas. Allez, j’ai faim…

La soirée se poursuivit dans une ambiance surréaliste au regard de la journée passée et de ce qui les attendait. Plusieurs verres d’alcool arrivèrent à les dérider, et les rires recommencèrent à fuser jusqu’à ce qu’Eduardo décide de regarder une chaîne mexicaine.

Après l’avoir intéressé, voire passionné, l’émission de Teleformula lui donna rapidement la nausée. Il n’était pourtant pas quelqu’un de fragile, mais là on parlait du boss, de Joaquin, son pote de jeunesse avec qui il avait grandi. Les Américains allaient mettre le paquet pour se faire livrer « El Chapo ». Où était la télécommande ? Qu’il puisse arrêter ça tout de suite ! Et la journaliste de reprendre les détails d’une longue liste de faits reprochés au mafieux, trafics, corruption, meurtres… Il s’arrêta et regarda une seconde l’image de cette petite brune qui n’en finissait pas de parler… ll imagina sa tête dans un sac. S’il était chez lui, il s’en occuperait personnellement, et irait la livrer au directeur de la chaîne. Et puis, ras le bol ! Sous les yeux de ses complices, il attrapa une chaise et l’écrasa contre le poste. Silence de mort.

19

Réveillée par la vibration de son portable, Léanne s’étira sur son siège inconfortable, même abaissé au maximum. À côté d’elle, le commissaire de Perpignan dormait en ronflant légèrement. Elle n’avait pas voulu lever le dispositif : les équipes se relayaient toutes les deux heures. Vignon l’appelait. Elle sortit de la voiture pour répondre. Il faisait nuit et le vent était glacial. Le commissaire attaqua immédiatement :

— On a des nouvelles.

Pour un réveil brutal, c’était un réveil brutal ! Plus envie de dormir. Vignon continua avec un sens de l’économie des mots qui n’était pas bon signe.

— Ils sont toujours en Espagne, dans un coin de montagne.

— Les Espagnols peuvent s’en occuper ? suggéra la commandant.

— On ne préfère pas, c’est super chaud.

— …

— On attend d’avoir du nouveau. Ça devrait bouger. Je vous appelle quand j’en sais plus.

*

À peine arrivé à son bureau, le commandant Girard fut appelé par Isabelle Hervier.

— Monte me voir, on a un ADN qui matche avec Prüm.

— Prune ? fit Girard.

La commissaire éclata de rire.

— Viens, je vais t’en parler.

Sans trop comprendre, il fonça rejoindre la chef, surpris de trouver le bureau vide. Isabelle arriva derrière lui avec un gobelet de café dans chaque main.

— Tiens, prends des forces. « Prüm », c’est un traité signé par plusieurs pays européens pour procéder à des échanges d’informations et notamment de données ADN. Il y a des liaisons régulières par l’intermédiaire de la division des relations internationales de la DCPJ, et ponctuelles en cas d’urgence. On leur avait envoyé immédiatement les ADN trouvés lors de tes constatations…

— Et ça ne donnait rien…

— Mais, depuis ce matin, ça donne. Hier après-midi, les Espagnols ont découvert un cadavre de femme sur l’autoroute à proximité de Barcelone, sans document d’identité. Son ADN coïncide avec celui prélevé dans la chambre d’hôpital et chez Anissa Ben Hamid.

– Ça veut dire que les meurtres sont en partie résolus, espéra-t-il, mais sans entrain excessif. C’est presque décevant. J’aurais aimé avoir la coupable vivante, et dans mon bureau.

— Ce n’est perdu qu’à moitié, tu peux avoir l’homme qui était avec elle.

— Attendons. Qu’est-ce qu’on en sait ?

— Justement. Prends ton manteau. Va chercher ton dossier. On fonce rue des Trois Fontanot à Nanterre. On nous attend pour un briefing.

– À la DCPJ ?

Pour un vieux flic parisien comme Girard, la DCPJ n’était pas précisément l’ennemi, mais la concurrence. Il avait toujours préféré les affaires où la Crim’ travaillait seule, sans avoir besoin d’autres services. Les échanges, ça passait encore sur le papier, mais il avait vite l’impression de perdre son temps dans les réunions. Il commença par protester pour le principe, proposa d’envoyer Legal à sa place, argua qu’Isabelle ferait également cela très bien, mais elle resta inflexible.

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