Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Il laisse décanter ces informations. Les yeux de Roseline Bruneau passent de droite à gauche, comme ceux d’un pigeon, elle est assiégée par des idées contradictoires, la question est de savoir quel choix elle va faire. Quel rapport cette histoire d’enlèvement a-t-elle avec la disparition de mon fils ? Voilà ce qu’elle devrait demander. Si elle ne pose pas la question, c’est parce qu’elle a déjà la réponse.
— J’ai besoin que vous me disiez ce que vous savez… non non non non, madame Bruneau, attendez ! Vous allez me dire que vous ne savez rien et c’est une très mauvaise attitude, je vous assure, c’est même la pire de toutes. Je vous invite à réfléchir quelques instants. Votre mari a enlevé une femme qui est liée, je ne sais pas comment, à la disparition de votre fils. Et cette femme va mourir.
Coups d’œil à droite, à gauche, la tête bouge, pas les yeux. Camille devrait poser sur la table, devant elle, une photo de la jeune femme enfermée, pour créer le choc, mais quelque chose le retient.
— Jean-Pierre m’a appelée…
Camille respire, ce n’est pas un triomphe mais c’est un succès. En tout cas, c’est enclenché.
— Quand cela ?
— Je ne sais plus, il y a un mois à peu près.
— Et…?
Roseline Bruneau pointe du bec vers le sol. Elle raconte, lentement. Trarieux reçoit le certificat de « vaines recherches », il est furieux, ça veut clairement dire que la police croit à une sorte de fugue, qu’elle n’enquêtera pas, c’est fini. Puisque la police ne fait rien, Trarieux lui dit qu’il va s’en occuper, lui, de retrouver Pascal. Il a son idée.
— C’est cette grue…
— Une grue…
— C’est comme ça qu’il appelait l’amie de Pascal.
— Il avait des raisons de la mépriser à ce point ?
Roseline Bruneau soupire. Pour expliquer ce qu’elle veut dire, il va falloir remonter loin.
— Vous comprenez, Pascal est un garçon, comment dire, assez simple, vous voyez ?
— Je crois.
— Sans malice, pas compliqué. Moi, je ne voulais pas qu’il aille vivre avec son père. Jean-Pierre le faisait boire, sans compter les bagarres, mais Pascal adorait son père, on se demande vraiment ce qu’il pouvait lui trouver. Bon, c’est comme ça, il n’y en avait que pour son père. Et puis un jour, cette fille arrive dans sa vie, elle l’embobine facilement. Il est fou d’elle, forcément. Lui, les filles… Jusque-là, d’abord il n’y en a pas eu beaucoup. Et ça s’est toujours mal passé. Il ne savait pas bien y faire avec elles. Alors, bon, celle-ci arrive, elle lui fait le grand jeu. Il perd complètement la boule, forcément.
— Comment s’appelle cette fille, vous la connaissez ?
— Nathalie ? Non, je ne l’ai jamais vue. Je connais juste son nom. Quand j’avais Pascal au téléphone, c’était toujours Nathalie par-ci, Nathalie par-là…
— Il ne vous l’a pas présentée ? Ou à son père ?
— Non. Il me disait tout le temps qu’il allait venir avec elle, que j’allais l’adorer, des choses comme ça.
L’histoire est fulgurante. Ce qu’elle a compris, c’est que Pascal rencontre Nathalie en juin, elle ne sait ni où ni comment. Il disparaît avec elle en juillet.
— Au début, dit-elle, je n’étais pas inquiète, je me disais : quand elle va le quitter, le pauvre môme, il va revenir chez son père et voilà tout. Son père, lui, il était fou de rage. Je pensais qu’il faisait une crise de jalousie. Son fils, il veillait dessus comme à la prunelle de ses yeux. Il a été un mauvais mari mais c’était un bon père.
Elle lève les yeux vers Camille, surprise de ce jugement auquel elle-même ne s’attendait pas. Elle vient de dire quelque chose qu’elle pensait sans le savoir. Elle repique du nez.
— Quand j’ai su que Pascal avait volé tout l’argent de son père et qu’il avait disparu, je me suis dit, moi aussi, que cette fille, enfin, vous voyez… C’était pas son genre à Pascal, voler son père.
Elle secoue la tête. De ça, elle est certaine.
Camille repense à la photographie de Pascal Trarieux trouvée chez son père et à cet instant, ce souvenir lui serre le cœur. Bénéfice des dessinateurs, il a une excellente mémoire visuelle. Il revoit le garçon debout, une main posée sur l’aile d’un tracteur de chantier, cet air gauche, emprunté, son pantalon est légèrement trop court, il fait pauvre et il sourit largement, comment fait-on quand on a un fils niais, quand on s’en aperçoit ?
— Et finalement, votre mari l’a retrouvée, cette fille ?
Réaction immédiate.
— Je n’en sais rien, moi ! Tout ce qu’il m’a dit, c’est qu’il allait la retrouver ! Et qu’elle finirait bien par lui dire où est Pascal… Ce qu’elle en a fait.
— Ce qu’elle en a fait ?
Roseline Bruneau regarde par la fenêtre, sa manière à elle de contenir les larmes.
— Pascal ne s’enfuirait jamais, il n’est pas… Pour dire les choses… Il n’est pas assez intelligent pour disparaître aussi longtemps.
Elle s’est retournée vers Camille et elle a dit cela comme elle lui donnerait une gifle. D’ailleurs, elle regrette.
— C’est un garçon vraiment très simple. Il connaît peu de monde, il est très attaché à son père, il ne resterait pas, de sa propre volonté, des semaines, des mois sans donner de nouvelles ; il en serait incapable. C’est donc qu’il lui est arrivé quelque chose.
— Qu’est-ce que votre mari vous a dit précisément ? Il a parlé de ce qu’il voulait faire ? De…
— Non, il n’est pas resté longtemps au téléphone. Il avait bu, comme d’habitude, il peut être violent dans ces cas-là, on aurait dit qu’il en avait après la terre entière. Il voulait retrouver cette fille, il voulait qu’elle lui dise où était son fils, il m’a appelée pour me dire ça.
— Et comment avez-vous réagi ?
Dans des circonstances ordinaires, il faut déjà pas mal de talent pour mentir convenablement, ça demande de l’énergie, de la créativité, du sang-froid, de la mémoire, c’est beaucoup plus difficile qu’on croit. Mentir à une autorité est un exercice très ambitieux qui réclame toutes ces qualités mais à un niveau supérieur. Alors, mentir à la police, vous imaginez… Et Roseline Bruneau n’est pas taillée pour ce genre d’exercice. Elle essaye de toutes ses forces mais maintenant qu’elle a baissé sa garde, Camille lit en elle à livre ouvert. Et ça le fatigue. Il passe une main sur ses yeux.
— Quelles injures avez-vous choisies ce jour-là, madame Bruneau ? Je suppose qu’avec lui, vous ne preniez plus de gants, vous avez dû lui dire exactement ce que vous pensiez de lui, je me trompe ?
La question est tordue. Répondre « oui », répondre « non » engage dans une voie différente mais elle ne voit pas clairement l’issue.
— Je ne vois pas…
— Mais si, madame Bruneau, vous voyez parfaitement ce que je veux dire. Ce soir-là, vous lui avez dit ce que vous pensiez, à savoir que ce ne serait certainement pas lui qui réussirait là où la police avait échoué. Vous êtes même allée bien plus loin, je ne sais pas quels mots vous avez employés mais je suis certain que vous avez mis le paquet. À mon avis, vous lui avez dit : « Jean-Pierre, tu es un connard, un incapable, un imbécile et un impuissant. » Ou quelque chose d’approchant.
Elle ouvre la bouche, Camille ne lui laisse pas le temps. Il a sauté de sa chaise et il monte le ton parce qu’il en a assez de faire le tour :
— Que va-t-il se passer, madame Bruneau, si je prends votre téléphone portable et que je regarde vos messages ?
Pas un mouvement, pas un geste, simplement le bec se fendille, comme si elle voulait le planter dans le sol et qu’elle hésitait sur l’endroit.