Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
�D�abord, je n�avais pu le regarder sans crainte; ensuite, je le d�sirai; enfin, je courus avec la pens�e au-devant de lui. Et souvent, comme on voit dans un songe, il me semblait le voir la nuit dans la rue ou le sentir passer sous ma fen�tre.
�Cet �tat n�avait point �chapp� � mes compagnes. La sup�rieure en fut avertie; elle pr�vint ma m�re. Trois jours avant celui o� je devais prononcer mes v�ux, je vis entrer dans ma cellule les trois seuls parents que j�eusse au monde: mon p�re, ma m�re, mon fr�re.
�Ils venaient pour m�embrasser encore une fois, disaient-ils, mais je vis bien qu�ils avaient un autre but, car, rest�e seule avec moi, ma m�re m�interrogea. Dans cette circonstance, il est facile de reconna�tre l�influence du d�mon, car, au lieu de lui tout dire, comme j�eusse d� le faire, je niai tout obstin�ment.
�Le jour o� je devais prendre le voile �tait venu au milieu d�une �trange lutte que je soutenais en moi-m�me, d�sirant et redoutant l�heure qui me donnerait tout enti�re � Dieu, et sentant bien que, si le d�mon avait quelque tentative supr�me � faire sur moi, ce serait � cette heure solennelle qu�il l�essayerait.
� Et cet homme �trange ne vous avait pas �crit depuis la premi�re lettre que vous trouv�tes dans votre guimpe? demanda la princesse.
� Jamais, Madame.
� � cette �poque, vous ne lui aviez jamais parl�?
� Jamais, sinon mentalement.
� Ni �crit?
� Oh! jamais.
� Continuez. Vous en �tiez au jour o� vous pr�tes le voile.
� Ce jour-l�, comme je le disais � Votre Altesse, je devais enfin voir finir mes tortures; car, tout m�l� qu�il �tait d�une douceur �trange, c��tait un supplice inimaginable pour une �me rest�e chr�tienne que l�obsession d�une pens�e, d�une forme toujours pr�sente et impr�vue, toujours railleuse par l��-propos qu�elle mettait � m�appara�tre juste dans mes moments de lutte contre elle et par son obstination � me dominer alors invinciblement. Aussi il y avait des moments o� j�appelais cette heure sainte de tous mes v�ux. Quand je serai � Dieu, me disais-je, Dieu saura bien me d�fendre, comme il m�a d�fendue lors de l�attaque des bandits. J�oubliais que, lors de l�attaque des bandits, Dieu ne m�avait d�fendue que par l�entremise de cet homme.
�Cependant, l�heure de la c�r�monie �tait venue. J��tais descendue � l��glise, p�le, inqui�te, et cependant moins agit�e que d�habitude; mon p�re, ma m�re, mon fr�re, cette voisine de la via Frattina qui m��tait venue voir, tous nos autres amis �taient dans l��glise, tous les habitants des villages voisins �taient accourus, car le bruit s��tait r�pandu que j��tais belle, et une belle victime, dit-on, est plus agr�able au Seigneur. L�office commen�a.
�Je le h�tais de tous mes v�ux, de toutes mes pri�res, car il n��tait pas dans l��glise, et je me sentais, lui absent, assez ma�tresse de mon libre arbitre. D�j� le pr�tre se tournait vers moi, me montrant le Christ auquel j�allais me consacrer, d�j� j��tendais les bras vers ce seul et unique Sauveur donn� � l�homme, quand le tremblement habituel qui m�annon�ait son approche commen�a d�agiter mes membres, quand le coup qui comprimait ma poitrine m�indiqua qu�il venait de mettre le pied sur le seuil de l��glise, quand enfin l�attraction irr�sistible amena mes yeux du c�t� oppos� � l�autel, quelques efforts qu�ils fissent pour rester fid�les au Christ.
�Mon pers�cuteur �tait debout pr�s de la chaire et plus appliqu� que jamais � me regarder.
�De ce moment, je lui appartenais; plus d�office, plus de c�r�monie, plus de pri�res.
�Je crois que l�on me questionna selon le rite, mais je ne r�pondis pas. Je me souviens que l�on me tira par le bras et que je vacillai comme une chose inanim�e que l�on d�place de sa base. On me montra des ciseaux sur lesquels un rayon du soleil venait refl�ter son �clair terrible: l��clair ne me fit pas sourciller. Un instant apr�s, je sentis le froid du fer sur mon cou, le grincement de l�acier dans ma chevelure.
�En ce moment, il me sembla que toutes les forces me manquaient, que mon �me s��lan�ait de mon corps pour aller � lui, et je tombai �tendue sur la dalle, non pas, chose �trange, comme une personne �vanouie, mais comme une personne prise de sommeil. J�entendis un grand murmure puis je devins sourde, muette, insensible. La c�r�monie fut interrompue avec un �pouvantable tumulte.�
La princesse joignit les mains avec compassion.
� N�est-ce pas, dit Lorenza, que c�est l� un terrible �v�nement, et dans lequel il est facile de reconna�tre l�intervention de l�ennemi de Dieu et des hommes?
� Prenez garde, dit la princesse avec un accent de tendre compassion, prenez garde, pauvre femme, je crois que vous avez trop de pente � attribuer au merveilleux ce qui n�est que l�effet d�une faiblesse naturelle. En voyant cet homme, vous vous �tes �vanouie, et voil� tout; il n�y a rien autre chose; continuez.
� Oh! Madame, Madame, ne me dites pas cela, s��cria Lorenza, ou, du moins, attendez, pour porter un jugement, que vous ayez tout entendu. Rien de merveilleux! continua-t-elle; mais alors n�est-ce pas, je fusse revenue � moi, dix minutes, un quart d�heure, une heure apr�s mon �vanouissement? Je me serais entretenue avec mes s�urs, j�aurais repris courage et foi parmi elles?
� Sans doute, dit Madame Louise. Eh bien! n�est-ce pas ainsi que la chose est arriv�e?
� Madame, dit Lorenza d�une voix sourde et acc�l�r�e, lorsque je revins � moi, il faisait nuit. Un mouvement rapide et saccad� me fatiguait depuis quelques minutes. Je soulevai ma t�te, croyant �tre sous la vo�te de la chapelle ou sous les rideaux de ma cellule. Je vis des rochers, des arbres, des nuages; puis, au milieu de tout cela, je sentais une haleine ti�de qui me caressait le visage, je crus que la s�ur infirmi�re me prodiguait ses soins, et je voulus la remercier� Madame, ma t�te reposait sur la poitrine d�un homme, et cet homme �tait mon pers�cuteur. Je portai les yeux et les mains sur moi-m�me pour m�assurer si je vivais ou du moins si je veillais. Je poussai un cri. J��tais v�tue de blanc. J�avais sur le front une couronne de roses blanches, comme une fianc�e ou comme une morte.
La princesse poussa un cri; Lorenza laissa tomber sa t�te dans ses deux mains.
� Le lendemain, continua en sanglotant Lorenza, le lendemain je v�rifiai le temps qui s��tait �coul�: nous �tions au mercredi. J��tais donc rest�e pendant trois jours sans connaissance; pendant ces trois jours, j�ignore enti�rement ce qui s�est pass�.
Chapitre 51. Le comte de F�nix
Pendant longtemps un silence profond laissa les deux femmes, l�une � ses m�ditations douloureuses, l�autre � son �tonnement, facile � comprendre.
Enfin Madame Louise rompit la premi�re le silence.
� Et vous n�avez rien fait pour faciliter cet enl�vement? dit-elle.
� Rien, Madame.
� Et vous ignorez comment vous �tes sortie du couvent?
� Je l�ignore.
� Cependant un couvent est bien ferm�, bien gard�; il y a des barreaux aux fen�tres, des murs presque infranchissables, une touri�re qui ne quitte pas ses clefs. Cela est ainsi, en Italie surtout, o� les r�gles sont plus s�v�res encore qu�en France.
� Que vous dirai-je, Madame, quand moi-m�me depuis ce moment je m�ab�me � creuser mes souvenirs sans y rien trouver?
� Mais vous lui reproch�tes votre enl�vement?
� Sans doute.
� Que vous r�pondit-il pour s�excuser?
� Qu�il m�aimait.
� Que lui dites-vous?
� Qu�il me faisait peur.
� Vous ne l�aimiez donc pas?
� Oh! non, non!
� En �tiez-vous bien s�re?
� H�las! Madame, c��tait un sentiment �trange que j��prouvais pour cet homme. Lui l�, je ne suis plus moi, je suis lui; ce qu�il veut, je le veux; ce qu�il ordonne, je le fais; mon �me n�a plus de puissance, mon esprit plus de volont�: un regard me dompte et me fascine. Tant�t il semble pousser jusqu�au fond de mon c�ur des pens�es qui ne sont pas miennes, tant�t il semble attirer au dehors de moi des id�es si bien cach�es jusqu�alors � moi-m�me, que je ne les avais pas devin�es. Oh! vous voyez bien, Madame, qu�il y a magie.