Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Tout le monde, ce n�est personne. Vous le savez bien, duc.
� Au contraire, madame; tout le monde, c�est cent mille �mes pour Versailles seulement; c�est six cent mille pour Paris; c�est vingt-cinq millions pour la France! et remarquez bien que je ne compte pas La Haye, Hambourg, Rotterdam, Londres, Berlin, o� il se fait autant de gazettes qu�il se fait de propos � Paris.
� Et l�on dit � Versailles, � Paris, en France, � La Haye, � Hambourg, � Rotterdam, � Londres et � Berlin?�
� Eh bien, on dit que vous �tes la plus spirituelle, la plus charmante femme de l�Europe; on dit que, gr�ce � cet ing�nieux stratag�me de para�tre avoir pris un amant�
� Un amant! et sur quoi fonde-t-on, je vous prie, cette stupide accusation?
� Accusation! que dites-vous, comtesse? admiration! On sait qu�au fond il n�en est rien; mais on admire le stratag�me. Sur quoi on fonde cette admiration, cet enthousiasme? On le fonde sur votre conduite �tincelante d�esprit, sur votre tactique savante; on le fonde sur ce que vous avez feint, avec un art miraculeux, de rester seule la nuit, vous savez, la nuit o� j��tais chez vous, o� le roi �tait chez vous, et o� M. d�Aiguillon �tait chez vous, la nuit o� je suis sorti le premier, o� le roi est sorti le second, et M. d�Aiguillon le troisi�me�
� Eh bien, achevez.
� Sur ce que vous avez feint de rester seule avec d�Aiguillon, comme s�il �tait votre amant; de le faire sortir � petit bruit, le matin, de Luciennes, toujours comme s�il �tait votre amant; et cela de fa�on que deux ou trois imb�ciles, deux ou trois gobe-mouches, comme moi, par exemple, le vissent pour l�aller crier sur les toits; de sorte que le roi l�aura su, aura pris peur, et vite, vite, pour ne pas vous perdre, aura quitt� la petite Taverney.
Madame du Barry et d�Aiguillon ne savaient plus quelle contenance tenir.
Richelieu ne les g�nait cependant ni par ses regards, ni par ses gestes; sa tabati�re et son jabot paraissaient, au contraire, absorber tout son attention.
� Car enfin, continua le mar�chal tout en chiquenaudant son jabot, il para�t certain que le roi a quitt� cette petite.
� Duc, reprit madame du Barry, je vous d�clare que je ne comprends pas un mot � toutes vos imaginations; et je suis certaine d�une chose, c�est que le roi, si on lui en parlait, n�y comprendrait pas davantage.
� Vraiment! fit le duc.
� Oui, vraiment; et vous m�attribuez, et le monde m�attribue beaucoup plus d�imagination que je n�en ai; jamais je n�ai voulu piquer la jalousie de Sa Majest� par les moyens que vous dites.
� Comtesse!
� Je vous jure.
� Comtesse, la parfaite diplomatie, et il n�y a pas de meilleurs diplomates que les femmes, la parfaite diplomatie n�avoue jamais qu�elle a rus� en vain; car il y a un axiome en politique, je le sais, moi qui fus ambassadeur, un axiome qui dit: �Ne donnez � personne le moyen qui vous a r�ussi une fois, car il peut vous r�ussir deux fois.�
� Mais, duc�
� Le moyen a r�ussi, voil� tout. Et le roi est au plus mal avec tous les Taverney.
� Mais, en v�rit�, duc, s��cria madame du Barry, vous avez une fa�on de supposer les choses qui n�appartient qu�� vous.
� Ah! vous ne croyez pas le roi brouill� avec les Taverney? fit Richelieu en �ludant la querelle.
� Ce n�est pas cela que je veux dire.
Richelieu essaya de prendre la main de la comtesse.
� Vous �tes un oiseau, dit-il.
� Et vous, un serpent.
� Ah! c�est bien; une autre fois, on s�empressera de vous apporter de bonnes nouvelles pour �tre r�compens� ainsi.
� Mon oncle, d�trompez-vous, dit vivement d�Aiguillon, qui avait senti toute la port�e de la man�uvre de Richelieu, nul ne vous appr�cie autant que madame la comtesse, et elle me le disait encore au moment o� l�on vous a annonc�.
� Le fait est, dit le mar�chal, que j�aime fort mes amis; aussi ai-je voulu le premier vous apporter l�assurance de votre triomphe, comtesse. Savez-vous que Taverney le p�re voulait vendre sa fille au roi?
� Mais c�est fait, je pense, dit madame du Barry.
� Oh! comtesse, que cet homme est adroit! C�est lui qui est un serpent; figurez-vous que, moi, je m��tais laiss� endormir � ses contes d�amiti�, de vieille fraternit� d�armes. On me prend toujours par le c�ur, moi; et puis comment croire que cet Aristide de province viendra expr�s � Paris pour essayer de couper l�herbe sous le pied � Jean du Barry, c�est-�-dire au plus spirituel des hommes? Il a, en v�rit�, fallu tout mon d�vouement � vos int�r�ts, comtesse, pour me rendre un peu de bon sens et de clairvoyance: d�honneur, j��tais aveugle�
� Et c�est fini, � ce que vous dites du moins? demanda madame du Barry.
� Oh! tout � fait fini, je vous en r�ponds. J�ai tanc� si vertement ce digne pourvoyeur, qu�il doit avoir pris son parti maintenant, et que nous sommes ma�tres du terrain.
� Mais le roi?
� Le roi?
� Oui.
� Sur trois points, j�ai confess� Sa Majest�.
� Le premier?
� Le p�re.
� Le second?
� La fille.
� Et le troisi�me?
� Le fils� Or, Sa Majest� a daign� nommer le p�re un� complaisant; sa fille, une pimb�che; et quant au fils, Sa Majest� ne l�a pas nomm� du tout, car elle ne s�en est pas m�me souvenue.
� Tr�s bien; nous voil� d�barrass�s de la race tout enti�re.
� Je le crois.
� Est-ce la peine de faire renvoyer cela dans son trou?
� Je ne le pense pas: ils en sont aux exp�dients.
� Et vous dites que ce fils, � qui le roi avait promis un r�giment�?
� Ah! vous avez meilleure m�moire que le roi, comtesse. Il est vrai que messire Philippe est un fort joli gar�on qui vous envoyait force �illades, et des plus assassines, m�me. Dame! il n�est plus ni colonel, ni capitaine, ni fr�re de favorite; mais il lui reste d�avoir �t� distingu� par vous.
En disant cela, le vieux duc essayait d��gratigner le c�ur de son neveu avec les ongles de la jalousie.
Mais M. d�Aiguillon ne songeait pas � la jalousie pour le moment.
Il cherchait � se rendre compte de la d�marche du vieux mar�chal et � distinguer le v�ritable motif de son retour.
Apr�s quelques r�flexions, il esp�ra que le vent de la faveur avait seul pouss� Richelieu � Luciennes.
Il fit � madame du Barry un signe que le vieux duc aper�ut dans un trumeau, tout en ajustant sa perruque, et aussit�t la comtesse invita Richelieu � prendre le chocolat avec elle.
D�Aiguillon prit cong� avec mille caresses faites � son oncle et rendues par Richelieu.
Ce dernier resta seul avec la comtesse devant le gu�ridon que venait de charger Zamore.
Le vieux mar�chal regardait tout ce man�ge de la favorite en murmurant tout bas:
� Il y a vingt ans, j�eusse regard� la pendule en disant: �Dans une heure, il faut que je sois ministre�, et je l�eusse �t�. Quelle sotte chose que la vie, continua-t-il, toujours se parlant � lui-m�me: pendant la premi�re partie, on met le corps au service de l�esprit; pendant la seconde, l�esprit, qui seul a surv�cu, devient le valet du corps: c�est absurde.
� Cher mar�chal, dit la comtesse interrompant le monologue int�rieur de son h�te, maintenant que nous sommes bien amis, et surtout maintenant que nous ne sommes plus que deux, dites-moi pourquoi vous vous �tes donn� tant de mal � pousser cette petite mijaur�e dans le lit du roi?
� Ma foi, comtesse, r�pondit Richelieu en effleurant sa tasse de chocolat du bout de ses l�vres, c�est ce que je me demandais � moi-m�me: je n�en sais rien.
Chapitre 140. Retour
M. de Richelieu savait � quoi s�en tenir sur Philippe et il aurait pu sciemment annoncer son retour; car, le matin, en sortant de Versailles pour se rendre � Luciennes, il l�avait rencontr� sur la grand-route, se dirigeant vers Trianon, et il l�avait crois� d�assez pr�s pour avoir remarqu� sur son visage tous les sympt�mes de la tristesse et de l�inqui�tude.
Philippe, en effet, oubli� � Reims; Philippe, apr�s avoir pass� par tous les degr�s de la faveur, puis de l�indiff�rence et de l�oubli; Philippe, ennuy� d�abord de recevoir toutes les marques d�amiti� de tous les officiers jaloux de son avancement, puis les attentions m�me de ses sup�rieurs; Philippe, au fur et � mesure que la d�faveur avait terni de son souffle cette brillante fortune, Philippe s��tait d�go�t� de voir les amiti�s chang�es en froideur, les attentions en rebuffades; et, dans cette �me si d�licate, la douleur avait pris tous les caract�res du regret.