Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Madame, dit le mar�chal, quand on vieillit, on devient capricieux.
� Ce qui veut dire que vous �tes repris pour Luciennes�
� D�un grand amour qui ne m�avait quitt� que par caprice. C�est tout � fait cela, et vous achevez admirablement ma pens�e.
� De sorte que vous revenez�
� De sorte que je reviens; c�est cela, dit Richelieu en s�installant dans le meilleur fauteuil qu�il avait distingu� du premier regard.
� Oh! oh! dit la comtesse, il y a peut-�tre bien encore quelque autre chose que vous ne dites pas; le caprice� ce n�est gu�re pour un homme comme vous.
� Comtesse, vous auriez tort de m�accabler, je vaux mieux que ma r�putation, et, si je reviens, voyez-vous, c�est�
� C�est�? interrogea la comtesse.
� De tout c�ur.
M. d�Aiguillon et la comtesse �clat�rent de rire.
� Que nous sommes heureux d�avoir un peu d�esprit, dit la comtesse, pour comprendre tout l�esprit que vous avez!
� Comment?
� Oui, je vous jure que des imb�ciles ne comprendraient pas, resteraient tout �bahis, et chercheraient tout autre part la cause de ce retour; en v�rit�, foi de du Barry, il n�y a que vous, cher duc, pour faire des entr�es et des sorties; Mol�, Mol� lui-m�me, est un acteur de bois aupr�s de vous.
� Alors, vous ne croyez pas que c�est le c�ur qui me ram�ne? s��cria Richelieu. Comtesse, comtesse, prenez garde! vous me donnerez de vous une mauvaise id�e; oh! ne riez pas, mon neveu, ou je vous appelle Pierre, et je ne b�tis rien sur vous.
� Pas m�me un petit minist�re? demanda la comtesse.
Et, pour la seconde fois, la comtesse �clata de rire avec une franchise qu�elle ne cherchait point � d�guiser.
� Bon! frappez, frappez, fit Richelieu en faisant le gros dos, je ne vous le rendrai pas, h�las! je suis trop vieux, je n�ai plus de d�fense; abusez, comtesse, abusez, c�est maintenant un plaisir sans danger.
� Prenez garde, au contraire, comtesse, dit d�Aiguillon; si mon oncle vous parle encore une fois de sa faiblesse, nous sommes perdus. Non, monsieur le duc, nous ne vous battrons pas, car, tout faible que vous �tes ou que vous pr�tendez �tre, vous nous rendriez les coups avec usure; non, voici toute la v�rit�, on vous voit revenir avec joie.
� Oui, dit la folle comtesse, et, en honneur de ce retour, on tire les bo�tes, les fus�es; et vous le savez, duc�
� Je ne sais rien, madame, dit le mar�chal avec une na�vet� d�enfant.
� Eh bien, dans les feux d�artifice, il y a toujours quelque perruque roussie par les �tincelles, quelque chapeau crev� par les baguettes.
Le duc porta la main � sa perruque et regarda son chapeau.
� C�est cela, c�est cela, dit la comtesse; mais vous nous revenez, c�est au mieux; quant � moi, je suis, comme vous le disait M. d�Aiguillon, d�une gaiet� folle; savez-vous pourquoi?
� Comtesse, comtesse, vous allez encore me dire quelque m�chancet�.
� Oui; mais ce sera la derni�re.
� Eh bien, dites.
� Je suis gaie, mar�chal, parce que votre retour m�annonce le beau temps.
Richelieu s�inclina.
� Oui, continua la comtesse, vous �tes comme les oiseaux po�tiques qui pr�disent le calme; comment appelle-t-on ces oiseaux-l�, monsieur d�Aiguillon, vous qui faites des vers?
� Des alcyons, madame.
� Justement! Ah! mar�chal, vous ne vous f�cherez pas, j�esp�re; je vous compare � un oiseau qui a un bien joli nom.
� Je me f�cherai d�autant moins, madame, fit Richelieu avec sa petite grimace qui annon�ait la satisfaction, et la satisfaction de Richelieu pr�sageait toujours quelque bonne noirceur, je me f�cherai d�autant moins que la comparaison est exacte.
� Voyez-vous!
� Oui, j�apporte de bonnes, d�excellentes nouvelles.
� Ah! fit la comtesse.
� Lesquelles? demanda d�Aiguillon.
� Que diable! mon cher duc, vous �tes bien press�, dit la comtesse; laissez donc le temps au mar�chal de les faire.
� Non, le diable m�emporte; je puis vous les dire tout de suite; elles sont toutes faites, et m�me elles sont d�j� d�ancienne date.
� Mar�chal, si vous nous apportez des vieilleries�
� Dame! fit le mar�chal, c�est � prendre ou � laisser, comtesse.
� Eh bien, soit! prenons.
� Il para�t, comtesse, que le roi a donn� dans le pi�ge.
� Dans le pi�ge?
� Oui, compl�tement.
� Dans quel pi�ge?
� Dans celui que vous lui aviez tendu.
� Moi, fit la comtesse, j�avais tendu un pi�ge au roi?
� Parbleu! vous le savez bien.
� Non, sur ma parole, je ne le sais pas.
� Ah! comtesse, ce n�est pas aimable de me mystifier ainsi.
� Vrai, mar�chal, je n�y suis pas; expliquez-vous donc, je vous en supplie.
� Oui, mon oncle, expliquez-vous, dit d�Aiguillon, qui devinait quelque m�chant dessein sous le sourire ambigu du mar�chal; madame attend et est tout inqui�te.
Le vieux duc se retourna vers son neveu.
� Pardieu! dit-il, il serait dr�le que madame la comtesse ne vous e�t pas mis dans sa confidence, mon cher d�Aiguillon; ah! dans ce cas, ce serait bien autrement profond encore que je ne croyais.
� Moi, mon oncle?
� Lui?
� Sans doute, toi; sans doute, lui; voyons, comtesse, de la franchise: l�avez-vous mis de moiti� dans vos petites conspirations contre Sa Majest� ce pauvre duc, qui y a jou� un si grand r�le?
Madame du Barry rougit. Il �tait si matin, qu�elle n�avait encore ni rouge ni mouches; rougir �tait donc possible.
Mais rougir �tait surtout dangereux.
� Vous me regardez tous deux avec vos grands beaux yeux �tonn�s, dit Richelieu; il faut donc que je vous instruise de vos propres affaires?
� Instruisez, instruisez, dirent � la fois le duc et la comtesse.
� Eh bien, le roi aura p�n�tr� tout, gr�ce � sa merveilleuse sagacit�, et il aura pris peur.
� Qu�aura-t-il p�n�tr�? Voyons, demanda la comtesse; car, en v�rit�, mar�chal, vous me faites mourir d�impatience.
� Mais votre semblant d�intelligence avec mon beau neveu que voici�
D�Aiguillon p�lit et sembla dire par son regard � la comtesse: �Voyez vous, j��tais s�r d�une m�chancet�.�
Les femmes sont braves, en pareil cas, beaucoup plus braves que les hommes. La comtesse en vint tout de suite au combat.
� Duc, dit-elle, je crains les �nigmes lorsque vous remplissez le r�le de sphinx; car alors, un peu plus t�t, un peu plus tard, il me semble que je vais �tre immanquablement d�vor�e: tirez-moi d�inqui�tude, et, si c�est une plaisanterie, eh bien, permettez-moi de la trouver mauvaise.
� Mauvaise, comtesse! mais c�est qu�au contraire elle est excellente, s��cria Richelieu; pas la mienne, la v�tre, bien entendu.
� Je n�y suis aucunement, mar�chal, fit madame du Barry en pin�ant ses l�vres avec une impatience que son petit pied mutin d�celait plus visiblement encore.
� Allons, allons, pas d�amour-propre, comtesse, continua Richelieu. C�est bien; vous avez redout� que le roi ne s�attach�t � mademoiselle de Taverney. Oh! ne contestez pas, c�est d�montr� pour moi jusqu�� l��vidence.
� Oh! c�est vrai, je ne m�en cache point.
� Eh bien! ayant redout� cela, vous avez voulu de votre c�t�, autant que possible, piquer au jeu Sa Majest�.
� Je n�en disconviens pas. Apr�s?
� Nous arrivons, comtesse nous arrivons. Mais, pour piquer Sa Majest�, dont l��piderme est un peu coriace, il fallait quelque aiguillon bien fin� Ah! ah! ah! voila, ma foi! un m�chant jeu de mots qui m�est �chapp�. Comprenez-vous?
Et le mar�chal se mit � rire ou � feindre de rire aux �clats, pour observer mieux, dans les convulsions de cette hilarit�, la physionomie tout anxieuse de ses deux victimes.
� Quel jeu de mots voyez-vous donc l�, mon oncle? demanda d�Aiguillon, remis le premier et jouant la na�vet�.
� Tu ne l�as pas compris? dit le mar�chal. Ah! tant mieux! il �tait ex�crable. Eh bien, je voulais dire que madame la comtesse avait voulu donner de la jalousie au roi, et qu�elle avait choisi pour cela un seigneur de bonne mine, d�esprit, une merveille de la nature enfin.
� Qui dit cela? s��cria la comtesse, furieuse comme tous ceux qui sont puissants et qui ont tort.
� Qui dit cela?� Mais tout le monde, madame.