Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
�En Italie, les chapelles des couvents sont des �glises publiques. Le pape ne croit pas sans doute qu�il soit permis � un pr�tre de confisquer Dieu en quelque endroit qu�il se manifeste � ses adorateurs.
�J�entrai dans le ch�ur, et je pris ma stalle. Il y avait entre les toiles vertes qui fermaient les grilles de ce ch�ur, ou plut�t qui affectaient de les fermer, il y avait, dis-je, un espace assez grand pour que l�on distingu�t la nef.
�Je vis, par cet espace donnant pour ainsi dire sur la terre, un homme demeur� seul debout au milieu de la foule prostern�e. Cet homme me regardait, ou plut�t il me d�vorait des yeux. Je sentis alors cet �trange mouvement de malaise que j�avais d�j� �prouv�; cet effet surhumain qui m�attirait pour ainsi dire hors de moi-m�me, comme � travers une feuille de papier, une planche, un plat m�me, j�avais vu mon fr�re attirer une aiguille avec un fer aimant�.
�H�las! vaincue, subjugu�e, sans force contre cette attraction, je me penchai vers lui, je joignis les mains comme on les joint devant Dieu, et des l�vres et du c�ur � la fois je lui dis:
�� Merci, merci!
�Mes s�urs me regard�rent avec surprise; elles n�avaient rien compris � mon mouvement, rien compris � mes paroles; elles suivirent la direction de mes mains, de mes yeux, de ma voix. Elles se hauss�rent sur leurs stalles pour regarder � leur tour dans la nef. Je regardai aussi en tremblant.
�L��tranger avait disparu.
�Elles m�interrog�rent, mais je ne sus que rougir, p�lir et balbutier.
�Depuis ce moment, Madame, s��cria Lorenza avec d�sespoir, depuis ce moment, je suis au pouvoir du d�mon!
� Je ne vois rien de surnaturel en tout cela cependant, ma s�ur, r�pondit la princesse avec un sourire; calmez-vous donc et continuez.
� Oh! parce que vous ne pouvez pas sentir ce que j��prouvais, moi.
� Qu��prouv�tes-vous?
� La possession tout enti�re: mon c�ur, mon �me, ma raison, le d�mon poss�dait tout.
� Ma s�ur, j�ai bien peur que ce d�mon ne f�t l�amour! dit Madame Louise.
� Oh! l�amour ne m�e�t point fait souffrir ainsi, l�amour n�e�t point oppress� mon c�ur, l�amour n�e�t point secou� tout mon corps comme le vent d�orage fait d�un arbre, l�amour ne m�e�t pas donn� la mauvaise pens�e qui me vint.
� Dites cette mauvaise pens�e, mon enfant.
� J�aurais d� tout avouer � mon confesseur, n�est-ce pas, Madame?
� Sans doute.
� Eh bien, le d�mon qui me poss�dait me souffla tout bas, au contraire, de garder le secret. Pas une religieuse, peut-�tre, n��tait entr�e dans le clo�tre sans laisser dans le monde qu�elle abandonnait un souvenir d�amour, beaucoup avaient un nom dans le c�ur en invoquant le nom de Dieu. Le directeur �tait habitu� � de pareilles confidences. Eh bien, moi, si pieuse, si timide, si candidement innocente, moi qui, avant ce fatal voyage de Subiaco, n�avais jamais �chang� une seule parole avec un autre homme que mon fr�re, moi qui depuis lors n�avais crois� que deux fois mon regard avec l�inconnu, je me figurai, Madame, qu�on m�attribuerait avec cet homme une de ces intrigues qu�avant de prendre le voile chacune de nos s�urs avait eues avec leurs regrett�s amants.
� Mauvaise pens�e, en effet, dit Madame Louise; mais c�est encore un d�mon bien innocent que celui qui n�inspire � la femme qu�il poss�de que de semblables pens�es. Continuez.
� Le lendemain, on me demanda au parloir. Je descendis; je trouvai une de mes voisines de la via Frattina, � Rome, jeune femme qui me regrettait beaucoup, parce que chaque soir nous causions et chantions ensemble.
�Derri�re elle, aupr�s de la porte, un homme envelopp� d�un manteau l�attendait comme e�t fait un valet. Cet homme ne se tourna point vers moi; cependant, moi, je me tournai vers lui. Il ne me parla point, et cependant je le devinai; c��tait encore mon protecteur inconnu.
�Le m�me trouble que j�avais d�j� �prouv� se r�pandit dans mon c�ur. Je me sentis tout enti�re envahie par la puissance de cet homme. Sans les barreaux qui me retenaient captive, j�eusse bien certainement �t� � lui. Il y avait dans l�ombre de son manteau des rayonnements �tranges qui m��blouissaient. Il y avait dans son silence obstin� des bruits entendus de moi seule, et qui me parlaient une langue harmonieuse.
�Je pris sur moi-m�me toute la puissance que je pouvais avoir, et demandai � ma voisine de la via Frattina quel �tait cet homme qui l�accompagnait.
�Elle ne le connaissait point. Son mari devait venir avec elle; mais, au moment de partir, il �tait rentr� accompagn� de cet homme, et lui avait dit:
�� Je ne puis te conduire � Subiaco, mais voici mon ami qui t�accompagnera.
�Elle n�en avait pas demand� davantage, tant elle avait envie de me revoir, et elle �tait venue dans la compagnie de l�inconnu.
�Ma voisine �tait une sainte femme; elle vit dans un coin du parloir une madone qui avait la r�putation d��tre fort miraculeuse, elle ne voulut point sortir sans y avoir fait sa pri�re, elle alla s�agenouiller devant elle.
�Pendant ce temps, l�homme entra sans bruit, s�approcha lentement de moi, ouvrit son manteau et plongea ses regards dans les miens comme il e�t fait de deux rayons ardents.
�J�attendais qu�il parl�t; ma poitrine se soulevait pour ainsi dire, montant comme une vague au-devant de sa parole; mais il se contenta d��tendre ses deux mains au-dessus de ma t�te en les approchant de la grille qui nous s�parait. Aussit�t, une extase inou�e s�empara de moi; il me souriait. Je lui rendis son sourire tout en fermant les yeux comme �cras�e sous une langueur infinie. Pendant ce temps, comme s�il n�avait pas d�sir� autre chose que de s�assurer de sa puissance sur moi, il disparut; � mesure qu�il s��loignait, je reprenais mes sens; cependant j��tais encore sous l�empire de cette �trange hallucination, quand ma voisine de la via Frattina, ayant achev� sa pri�re, se releva, prit cong� de moi, m�embrassa et sortit � son tour.
�En me d�shabillant le soir, je trouvai sous ma guimpe un billet qui contenait seulement ces trois lignes:
�� Rome, celui qui aime une religieuse est puni de mort. Donnerez vous la mort � qui vous devez la vie?�
�De ce jour, Madame, la possession fut compl�te, car je mentis � Dieu, en ne lui avouant pas que je songeais � cet homme autant et plus qu�� lui.�
Lorenza, effray�e elle-m�me de ce qu�elle venait de dire, s�arr�ta pour interroger la physionomie si douce et si intelligente de la princesse.
� Tout cela n�est point de la possession, dit Madame Louise de France avec fermet�. C�est une malheureuse passion, je vous le r�p�te, et, je vous l�ai dit, les choses du monde ne doivent point entrer jusqu�ici, sinon � l��tat de regrets.
� Des regrets, Madame? s��cria Lorenza. Quoi! vous me voyez en larmes, en pri�res, vous me voyez � genoux vous suppliant de me soustraire au pouvoir infernal de cet homme, et vous me demandez si j�ai des regrets? Oh! j�ai plus que des regrets; j�ai des remords!
� Cependant, jusqu�� cette heure�, dit Madame Louise.
� Attendez, attendez jusqu�au bout, fit Lorenza, et alors ne me jugez pas trop s�v�rement, je vous en supplie, Madame.
� L�indulgence et la douceur me sont recommand�es, et je suis aux ordres de la souffrance.
� Merci! oh! merci! vous �tes v�ritablement l�ange consolateur que j��tais venue chercher.
�Nous descendions � la chapelle trois jours par semaine; � chacun de ces offices, l�inconnu assista. J�avais voulu r�sister; j�avais dit que j��tais malade; j�avais r�solu que je ne descendrais point. Faiblesse humaine! quand venait l�heure, je descendais malgr� moi, et, comme si une force sup�rieure � ma volont� m�e�t pouss�e, alors, s�il n��tait point arriv�, j�avais quelques instants de calme et de bien-�tre; mais, � mesure qu�il approchait, je le sentais venir. J�aurais pu dire: il est � cent pas, il est au seuil de la porte, il est dans l��glise, et cela sans regarder de son c�t�; puis, d�s qu�il �tait arriv� � sa place accoutum�e, mes yeux fussent-ils fix�s sur mon livre de pri�res pour l�invocation la plus sainte, mes yeux se d�tournaient pour s�arr�ter sur lui.
�Alors, si longtemps que se prolonge�t l�office, je ne pouvais plus lire ni prier. Toute ma pens�e, toute ma volont�, toute mon �me �taient dans mes regards, et tous mes regards �taient pour cet homme, qui, je le sentais bien, me disputait � Dieu.