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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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�En Italie, les chapelles des couvents sont des �glises publiques. Le pape ne croit pas sans doute qu�il soit permis � un pr�tre de confisquer Dieu en quelque endroit qu�il se manifeste � ses adorateurs.

�J�entrai dans le ch�ur, et je pris ma stalle. Il y avait entre les toiles vertes qui fermaient les grilles de ce ch�ur, ou plut�t qui affectaient de les fermer, il y avait, dis-je, un espace assez grand pour que l�on distingu�t la nef.

�Je vis, par cet espace donnant pour ainsi dire sur la terre, un homme demeur� seul debout au milieu de la foule prostern�e. Cet homme me regardait, ou plut�t il me d�vorait des yeux. Je sentis alors cet �trange mouvement de malaise que j�avais d�j� �prouv�; cet effet surhumain qui m�attirait pour ainsi dire hors de moi-m�me, comme � travers une feuille de papier, une planche, un plat m�me, j�avais vu mon fr�re attirer une aiguille avec un fer aimant�.

�H�las! vaincue, subjugu�e, sans force contre cette attraction, je me penchai vers lui, je joignis les mains comme on les joint devant Dieu, et des l�vres et du c�ur � la fois je lui dis:

�� Merci, merci!

�Mes s�urs me regard�rent avec surprise; elles n�avaient rien compris � mon mouvement, rien compris � mes paroles; elles suivirent la direction de mes mains, de mes yeux, de ma voix. Elles se hauss�rent sur leurs stalles pour regarder � leur tour dans la nef. Je regardai aussi en tremblant.

�L��tranger avait disparu.

�Elles m�interrog�rent, mais je ne sus que rougir, p�lir et balbutier.

�Depuis ce moment, Madame, s��cria Lorenza avec d�sespoir, depuis ce moment, je suis au pouvoir du d�mon!

� Je ne vois rien de surnaturel en tout cela cependant, ma s�ur, r�pondit la princesse avec un sourire; calmez-vous donc et continuez.

� Oh! parce que vous ne pouvez pas sentir ce que j��prouvais, moi.

� Qu��prouv�tes-vous?

� La possession tout enti�re: mon c�ur, mon �me, ma raison, le d�mon poss�dait tout.

� Ma s�ur, j�ai bien peur que ce d�mon ne f�t l�amour! dit Madame Louise.

� Oh! l�amour ne m�e�t point fait souffrir ainsi, l�amour n�e�t point oppress� mon c�ur, l�amour n�e�t point secou� tout mon corps comme le vent d�orage fait d�un arbre, l�amour ne m�e�t pas donn� la mauvaise pens�e qui me vint.

� Dites cette mauvaise pens�e, mon enfant.

� J�aurais d� tout avouer � mon confesseur, n�est-ce pas, Madame?

� Sans doute.

� Eh bien, le d�mon qui me poss�dait me souffla tout bas, au contraire, de garder le secret. Pas une religieuse, peut-�tre, n��tait entr�e dans le clo�tre sans laisser dans le monde qu�elle abandonnait un souvenir d�amour, beaucoup avaient un nom dans le c�ur en invoquant le nom de Dieu. Le directeur �tait habitu� � de pareilles confidences. Eh bien, moi, si pieuse, si timide, si candidement innocente, moi qui, avant ce fatal voyage de Subiaco, n�avais jamais �chang� une seule parole avec un autre homme que mon fr�re, moi qui depuis lors n�avais crois� que deux fois mon regard avec l�inconnu, je me figurai, Madame, qu�on m�attribuerait avec cet homme une de ces intrigues qu�avant de prendre le voile chacune de nos s�urs avait eues avec leurs regrett�s amants.

� Mauvaise pens�e, en effet, dit Madame Louise; mais c�est encore un d�mon bien innocent que celui qui n�inspire � la femme qu�il poss�de que de semblables pens�es. Continuez.

� Le lendemain, on me demanda au parloir. Je descendis; je trouvai une de mes voisines de la via Frattina, � Rome, jeune femme qui me regrettait beaucoup, parce que chaque soir nous causions et chantions ensemble.

�Derri�re elle, aupr�s de la porte, un homme envelopp� d�un manteau l�attendait comme e�t fait un valet. Cet homme ne se tourna point vers moi; cependant, moi, je me tournai vers lui. Il ne me parla point, et cependant je le devinai; c��tait encore mon protecteur inconnu.

�Le m�me trouble que j�avais d�j� �prouv� se r�pandit dans mon c�ur. Je me sentis tout enti�re envahie par la puissance de cet homme. Sans les barreaux qui me retenaient captive, j�eusse bien certainement �t� � lui. Il y avait dans l�ombre de son manteau des rayonnements �tranges qui m��blouissaient. Il y avait dans son silence obstin� des bruits entendus de moi seule, et qui me parlaient une langue harmonieuse.

�Je pris sur moi-m�me toute la puissance que je pouvais avoir, et demandai � ma voisine de la via Frattina quel �tait cet homme qui l�accompagnait.

�Elle ne le connaissait point. Son mari devait venir avec elle; mais, au moment de partir, il �tait rentr� accompagn� de cet homme, et lui avait dit:

�� Je ne puis te conduire � Subiaco, mais voici mon ami qui t�accompagnera.

�Elle n�en avait pas demand� davantage, tant elle avait envie de me revoir, et elle �tait venue dans la compagnie de l�inconnu.

�Ma voisine �tait une sainte femme; elle vit dans un coin du parloir une madone qui avait la r�putation d��tre fort miraculeuse, elle ne voulut point sortir sans y avoir fait sa pri�re, elle alla s�agenouiller devant elle.

�Pendant ce temps, l�homme entra sans bruit, s�approcha lentement de moi, ouvrit son manteau et plongea ses regards dans les miens comme il e�t fait de deux rayons ardents.

�J�attendais qu�il parl�t; ma poitrine se soulevait pour ainsi dire, montant comme une vague au-devant de sa parole; mais il se contenta d��tendre ses deux mains au-dessus de ma t�te en les approchant de la grille qui nous s�parait. Aussit�t, une extase inou�e s�empara de moi; il me souriait. Je lui rendis son sourire tout en fermant les yeux comme �cras�e sous une langueur infinie. Pendant ce temps, comme s�il n�avait pas d�sir� autre chose que de s�assurer de sa puissance sur moi, il disparut; � mesure qu�il s��loignait, je reprenais mes sens; cependant j��tais encore sous l�empire de cette �trange hallucination, quand ma voisine de la via Frattina, ayant achev� sa pri�re, se releva, prit cong� de moi, m�embrassa et sortit � son tour.

�En me d�shabillant le soir, je trouvai sous ma guimpe un billet qui contenait seulement ces trois lignes:

�� Rome, celui qui aime une religieuse est puni de mort. Donnerez vous la mort � qui vous devez la vie?�

�De ce jour, Madame, la possession fut compl�te, car je mentis � Dieu, en ne lui avouant pas que je songeais � cet homme autant et plus qu�� lui.�

Lorenza, effray�e elle-m�me de ce qu�elle venait de dire, s�arr�ta pour interroger la physionomie si douce et si intelligente de la princesse.

� Tout cela n�est point de la possession, dit Madame Louise de France avec fermet�. C�est une malheureuse passion, je vous le r�p�te, et, je vous l�ai dit, les choses du monde ne doivent point entrer jusqu�ici, sinon � l��tat de regrets.

� Des regrets, Madame? s��cria Lorenza. Quoi! vous me voyez en larmes, en pri�res, vous me voyez � genoux vous suppliant de me soustraire au pouvoir infernal de cet homme, et vous me demandez si j�ai des regrets? Oh! j�ai plus que des regrets; j�ai des remords!

� Cependant, jusqu�� cette heure�, dit Madame Louise.

� Attendez, attendez jusqu�au bout, fit Lorenza, et alors ne me jugez pas trop s�v�rement, je vous en supplie, Madame.

� L�indulgence et la douceur me sont recommand�es, et je suis aux ordres de la souffrance.

� Merci! oh! merci! vous �tes v�ritablement l�ange consolateur que j��tais venue chercher.

�Nous descendions � la chapelle trois jours par semaine; � chacun de ces offices, l�inconnu assista. J�avais voulu r�sister; j�avais dit que j��tais malade; j�avais r�solu que je ne descendrais point. Faiblesse humaine! quand venait l�heure, je descendais malgr� moi, et, comme si une force sup�rieure � ma volont� m�e�t pouss�e, alors, s�il n��tait point arriv�, j�avais quelques instants de calme et de bien-�tre; mais, � mesure qu�il approchait, je le sentais venir. J�aurais pu dire: il est � cent pas, il est au seuil de la porte, il est dans l��glise, et cela sans regarder de son c�t�; puis, d�s qu�il �tait arriv� � sa place accoutum�e, mes yeux fussent-ils fix�s sur mon livre de pri�res pour l�invocation la plus sainte, mes yeux se d�tournaient pour s�arr�ter sur lui.

�Alors, si longtemps que se prolonge�t l�office, je ne pouvais plus lire ni prier. Toute ma pens�e, toute ma volont�, toute mon �me �taient dans mes regards, et tous mes regards �taient pour cet homme, qui, je le sentais bien, me disputait � Dieu.

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