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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— C’est un véritable accident de circulation. Ça ne peut pas être un subterfuge pour nous échapper ?

— Non. C’est un vrai carambolage entre un camion et un camping-car.

— Des gens connus ?

— Les corps ne sont pas identifiables, à l’exception d’une femme qui, d’ailleurs, pose problème.

— …

— Il est le seul à ne pas être carbonisé, on dirait qu’il a été éjecté d’un véhicule, mais ça correspond mal aux constatations. Sa présence laisse les Espagnols pour le moins dubitatifs.

— Et si elle était dans le Cayenne, c’est possible ?

— On y a pensé, c’est une des solutions envisagées.

— Pas de papiers d’identité ?

– Évidemment, non.

Léanne avait du mal à se retenir de hurler. Elle souffla.

— Nous allons rester à Perpignan. Tant qu’on ne les a pas retrouvés, je garde des dispositifs aux postes frontières et je vais diffuser les véhicules. Tiens-moi au courant, quelle que soit l’heure, si tu as du nouveau.

À peine raccroché, elle rappela Vignon.

— Transmettez les caractéristiques des voitures, en indiquant bien qu’il faut les signaler d’urgence à la PJ, sans procéder à une interpellation, pas question que des flicards ou des douaniers jouent aux héros et se fassent flinguer.

Le commissaire acquiesça.

— Rien du côté des Parisiens ?

— Non, rien. Si ce n’est que Braghanti est rentré d’Espagne par avion. Je suppose qu’il est venu attendre sa marchandise. Lui aussi va s’inquiéter. Inutile de se tourmenter, on va finir par avoir du nouveau…

Léanne analysa rapidement l’information. Effectivement, si le voyou était à Nice, c’était certainement pour organiser l’arrivée de la drogue.

— Vous voulez qu’on mette un dispositif dessus ? demanda Vignon.

— Très léger. Juste pour le localiser. Je ne veux pas qu’on se fasse mordre. On a tout à y perdre. L’urgence est d’attendre en mettant des sonnettes un peu partout.

18

Après avoir dépassé Manresa, les premières gouttes de pluie commencèrent à cingler le casque de Raynal. À l’évidence, ils ne pourraient pas aller beaucoup plus loin. Il se moquait bien de savoir ce qu’en dirait ou penserait Eduardo. Il se retourna vers son collègue et l’invita à se porter à sa hauteur. Le chauffeur de la Porsche suivait et s’inquiétait pour la suite. Il ne se voyait pas traverser un orage avec une fenêtre explosée, et pas question que sa marchandise prenne l’eau. Jusque-là, il ne se laissait pas décrocher par les motards qui se prenaient pour des virtuoses et voulaient l’impressionner. Mais ils n’étaient que des amateurs. Comme si ses pensées y étaient pour quelque chose, la roue arrière de la moto de Raynal perdit de son adhérence et glissa sur la chaussée. D’un coup de hanche, le motard réussit à contrecarrer la gîte de son bolide. La moto se redressa et reprit sa trajectoire. C’était moins deux !

Fahrid éclata de rire.

— Tu vas moins faire le malin maintenant !

Le motard ralentit, il avait eu chaud. Son pote n’avait rien raté de sa cascade involontaire. Il lâcha également les gaz pour le laisser revenir vers lui :

— Faut qu’on s’arrête. Sinon on va se casser la gueule.

*

Depuis cinq ans, la famille Camarro était spécialisée dans l’élevage de chèvres. Juan et Maria en avaient eu marre de la ville. Enseignants tous les deux, ils voulaient faire vivre à leurs deux enfants autre chose que ce qu’ils avaient connu : les embouteillages, le bruit, la pollution, la consommation à outrance, l’insécurité, le métro, un boulot sans joie…, les élèves, les parents, les directives du ministère. Toutes leurs économies étaient passées dans l’achat d’une ferme, dans sa rénovation, et dans l’acquisition de bêtes et de matériel. Contre toute attente, ils s’en étaient bien sortis grâce à une production régulière de fromages écoulés auprès d’une communauté de proches et d’habitués, parmi lesquels des restaurants de Barcelone et des commerçants andorrans.

Julia, âgée de six ans, releva la tête de son cahier au moment où Juan attrapait son manteau.

— Je peux venir avec toi ?

— Pas question, coupa Maria, tu termines tes devoirs et tu dois ranger ta chambre, je te rappelle que tu es punie.

— Maman ! fit la petite en lançant un regard implorant à sa mère, avant de chercher celui de son père.

— Tu n’avais pas à tirer les cheveux de ton voisin ni à te battre en classe.

— Mais…, c’est lui qui m’embêtait.

— Ce n’est pas une raison, on ne règle pas ses problèmes comme ça.

Juan regarda sa femme et lui lança un sourire. Elle le foudroya du regard.

— Quoi ? J’ai pas raison ?

— Mais si ! Je n’ai rien dit.

Il fixa la gamine, haussa les épaules en signe d’apaisement.

— Demain, tu m’accompagneras. Ce soir, je vais faire vite et je reviens. Si ta chambre est rangée, je te raconte une histoire, ok ?

— D’accord, papa, je t’attends. Ma chambre sera rangée.

— Et plus de bagarre à l’école !

La fillette se retourna vers sa mère :

— Promis, à condition qu’il arrête de m’embêter.

Dehors, la température n’avait rien de comparable à celle de la côte. Les Pyrénées réservaient toujours des surprises. L’altitude, les nuages, parfois le vent, se chargeaient de rafraîchir l’atmosphère. Pas rare de flirter avec zéro degré, alors qu’il en faisait plus de vingt en bord de mer. Sous une pluie glacée, Juan se dirigea vers le hangar où les chèvres l’attendaient pour la traite. Il s’arrêta en entendant des bruits de moteurs et leva la tête vers les phares qui avançaient sur le chemin en terre. En journée, il n’était pas inhabituel de voir des touristes et autres promeneurs passer dans le coin. Ils cherchaient un endroit pour se reposer ou un moyen de rattraper les sentiers de montagne. D’autres étaient attirés par la chèvrerie et son fromage. Là, sans pouvoir en définir la raison, il comprit tout de suite qu’il s’agissait d’autre chose. Les pilotes des deux Harley, un peu en avance sur la voiture, l’avaient repéré et vinrent jusqu’à lui.

La porte de l’habitation s’ouvrit sur Maria, elle aussi intriguée par cette visite tardive. Les deux bikers étaient trempés, fourbus, et ça se voyait. De là à s’arrêter dans sa ferme, il y avait forcément une bonne raison. Juan les accueillit avec l’amabilité qui le caractérisait.

— Bonjour, un problème ?

— On est fatigué, on ne connaît pas bien la région et nous sommes un peu désargentés, on cherche un endroit où pouvoir camper sans être trop loin d’une habitation, expliqua Raynal.

Juan sourit. Il n’était pas d’une nature suspicieuse. Le motard continua :

— On ne pourrait pas se poser chez vous, sortir notre tente ou trouver un coin de hangar ? Vous ne manquez pas de place, dit-il en lançant un regard vers les bâtiments.

Avant de répondre, l’éleveur fit signe à sa femme de rentrer, il s’occuperait de ces visiteurs.

— C’est une chèvrerie. Si vous dormez là-dedans, non seulement les pensionnaires sont remuantes, mais en plus elles sont parfumées, si vous voyez ce que je veux dire.

— On fera avec !

En voyant la voiture approcher, Juan ne put s’empêcher :

— Pour des gens désargentés, vous avez de beaux véhicules.

— Faut pas se fier aux apparences. Pour avoir les motos, on s’est saigné, et notre pote fait du convoyage. Elle n’est pas à lui, c’est une location, on ne fait que la ramener en France.

— C’est vrai qu’elle est belle.

À la différence des motos, la Porsche resta en retrait et se gara loin de toute lumière. Fahrid descendit pour les rejoindre.

— Vous voulez boire quelque chose de chaud ?

— Pas de refus.

— Je vais vous accompagner à l’intérieur et je retournerai ensuite finir mon boulot. Les chèvres vont s’impatienter.

Suivi par les deux motards, Juan se dirigea vers la maison. Fahrid força le pas pour les rejoindre. Il s’essuya les pieds sur le vieux paillasson. Les enfants levèrent la tête et Maria, occupée à cuisiner, se retourna vers eux. Leur berger briard s’immobilisa devant Raynal et se mit à grogner, babines ouvertes, crocs apparents. Celui-ci comprit qu’il valait mieux ne pas avancer et que Dylan n’avait pas le même sens de l’hospitalité que son maître.

Floriane, la plus petite, sauta de sa chaise pour rejoindre le chien et s’accrocher à son cou. L’animal bougea légèrement les oreilles, sans pour autant arrêter de grogner.

— Dylan !

Juan s’interposa entre le chien et ses invités, et Maria intervint à son tour pour attraper la bête par le collier. Elle eut un sourire de bienvenue pour les arrivants.

— Je ne sais pas ce qu’il a. Il n’est pas comme ça d’habitude. Je vais l’enfermer dans une chambre.

Le chien se laissa tirer vers l’arrière, sans lâcher les intrus de vue, et ne se tut que lorsque Maria l’eut enfermé. Quand elle revint, on l’entendait encore gratter contre la porte.

— Décidément, il ne vous aime pas.

Les trois hommes lui lancèrent un sourire.

— On ne peut pas lui en vouloir. C’est un bon gardien !

— Posez vos vestes, vous êtes trempés, invita la jeune femme, avant de s’adresser aux enfants et particulièrement à Floriane, en chaussettes, toujours plantée au milieu du salon, comme hypnotisée par les nouveaux venus.

— Allez, rangez vos affaires, et en pyjama. On va bientôt passer à table.

La maîtresse de maison eut un nouveau regard pour les trois hommes.

— Juan, fais-les s’asseoir. Ils vont manger avec nous.

— Nous ne voulons pas vous déranger.

— Ce sera à la fortune du pot : de la soupe, de la charcuterie et, évidemment, du fromage de chèvre.

— Parfait !

— Il faut absolument que j’y retourne, je ne me suis pas encore occupé des bêtes, indiqua Juan.

Tous le regardèrent. Il chercha l’assentiment dans les yeux de sa femme. Elle lui sourit, rassurante :

— Vas-y. On va t’attendre pour dîner.

— Besoin d’aide ? proposa Raynal. On peut vous accompagner si vous voulez.

Il hésita un instant :

— Non, c’est bon, restez au chaud, vous avez l’air d’en avoir besoin.

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