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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Bah si, c’est ce que tu dis, ou en tout cas, ça revient au même ! L’idée lui est venue comme ça. Dans son cerveau d’ajusteur, il s’est dit, tiens, si je retrouvais la fille qui s’est tirée avec mon fils et si je l’enfermais dans une cage en bois ! Et, par le plus grand des hasards, c’est une fille dont on est incapables de trouver l’identité. Et lui, qui est con comme un balai, la retrouve sans problème, ce que nous sommes incapables de faire.

19

Elle ne dort quasiment plus. Trop peur. Plus que jamais Alex se contorsionne dans sa cage, plus que jamais elle souffre, depuis le début de sa captivité, elle n’a pas changé de position, pas mangé normalement, ni dormi normalement, elle n’a pas pu étendre ses jambes, ses bras, se reposer quelques minutes et maintenant, avec ces rats… Son esprit l’abandonne de plus en plus, pendant des heures parfois tout ce qu’elle voit est embué, flou, tous les bruits lui parviennent ouatés, comme l’écho de vrais bruits qui viendraient de très loin, d’ailleurs, elle s’entend gémir, geindre, pousser des cris graves qui montent du ventre. Elle s’affaiblit terriblement vite.

Sa tête tombe et se relève sans cesse. Un peu plus tôt, elle s’est évanouie de fatigue, ivre de sommeil, de douleur, son esprit battait la campagne, voyait des rats partout.

Et soudain, elle ne sait pas pourquoi, elle est certaine que Trarieux ne reviendra plus, qu’il l’a laissée là. S’il revient, elle lui dira tout, elle se répète ça comme une conjuration, faites qu’il revienne et je dis tout, tout ce qu’il veut, tout ce qu’il veut, pour en finir. Qu’il la tue, vite, elle accepte, tout plutôt que ces rats.

Ils descendent la corde en file indienne aux premières heures du jour, ils poussent des petits cris. Ils le savent, Alex est à eux.

Ils n’attendront pas qu’elle meure. Ils sont trop excités. Jamais ils ne se sont battus entre eux comme ils le font depuis ce matin. Pour la flairer, ils s’avancent de plus en plus près. Ils attendent qu’elle soit totalement épuisée mais ils sont échauffés, fiévreux. Quel sera le signe ? Qu’est-ce qui les décidera ?

Elle sort brusquement de son état d’hébétude, elle vit un instant de pure lucidité.

La phrase : « je vais te regarder crever », en réalité, veut dire : « Je vais te regarder crevée. » Il ne viendra plus, il ne reviendra que lorsqu’elle sera morte.

Au-dessus d’elle, le plus gros de tous, le noir et roux, est debout sur ses pattes arrière et pousse des petits cris stridents. Il montre les dents.

Il ne reste qu’une chose à faire. Elle cherche, d’une main fébrile, du bout des doigts, le bord rugueux de la planche de dessous, celle qu’elle évite depuis des dizaines et des dizaines d’heures parce qu’elle est pointue, qu’elle la déchire dès qu’elle s’en approche. Elle glisse ses ongles dans l’anfractuosité, millimètre par millimètre, le bois craque légèrement, elle gagne encore un peu de terrain, elle se concentre, exerce toute la pression dont elle est capable, ça demande un long moment, elle doit s’y reprendre à plusieurs fois, enfin, d’un coup, le bois cède. Entre les doigts d’Alex, une grande écharde, de près de quinze centimètres. Pointue. Elle regarde au-dessus d’elle, entre les planches du couvercle, près de l’anneau, près de la corde qui tient sa cage suspendue. Et d’un coup, elle y passe la main et pousse le rat dans le vide avec la pointe en bois. Il tente de s’agripper, gratte désespérément le bord de la caisse, pousse un cri sauvage et tombe deux mètres plus bas. Sans attendre, Alex s’enfonce l’écharde profondément dans la main et la remue comme si c’était un couteau, elle hurle de douleur.

Le sang commence à ruisseler aussitôt.

20

Roseline Bruneau n’a pas envie qu’on lui parle de son ex-mari, ce qu’elle veut, c’est des nouvelles de son fils. Disparu depuis plus d’un an.

— Le 14 juillet, dit-elle, effarée, comme si une disparition ce jour-là prenait valeur de symbole.

Camille a délaissé son bureau et s’est assis à côté d’elle.

Avant, il disposait de deux chaises, l’une avec des pieds surélevés, l’autre, avec des pieds surbaissés. L’effet psychologique était très différent. Selon les circonstances, il choisissait l’une ou l’autre. Irène n’aimait pas ces petits trucages alors Camille y a renoncé. Les chaises sont restées quelque temps à la Brigade, on s’en est servi un moment pour faire des blagues aux nouveaux venus. Mais ça n’était pas aussi drôle qu’on l’espérait. Les chaises ont disparu un beau jour. Camille est certain qu’Armand les a récupérées. Il les imagine, avec sa femme, à table, l’un sur la chaise surélevée, l’autre sur la surbaissée…

Face à Mme Bruneau, il repense à ces chaises parce qu’elles lui servaient à créer des effets de sympathie, ce qu’il aimerait bien provoquer aujourd’hui. Et vite, vraiment le temps presse. Camille se concentre sur l’entretien parce que s’il pense à la fille enfermée, des images lui arrivent et se mélangent, des images qui brouillent sa pensée, qui font remonter tellement de choses, il perd un peu ses moyens.

Et malheureusement, avec Roseline Bruneau, ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. C’est une femme petite et mince, qui doit être vive en temps normal mais qui, à cet instant, est toute réserve et toute inquiétude. Elle donne des coups de tête un peu secs, sur le qui-vive. Convaincue qu’on va lui annoncer la mort de son fils. Elle ressasse ce pressentiment depuis que les gendarmes sont venus la chercher à l’auto-école où elle travaille.

— Votre ex-mari s’est tué la nuit dernière, madame Bruneau.

Même divorcée depuis vingt ans, ça lui fait de l’effet. Elle fixe Camille droit dans les yeux. Son regard hésite entre la rancune (j’espère qu’il a souffert) et le cynisme (c’est pas une grande perte) mais l’appréhension domine tout. D’abord, elle se tait. Camille lui trouve une tête d’oiseau. Un nez petit et pointu, un regard pointu, des épaules pointues, des seins pointus. Il voit très bien comment il la dessinerait.

— Il est mort comment ? demande-t-elle enfin.

Si l’on en croit le dossier de divorce, elle ne va pas beaucoup regretter son ex-mari et normalement, se dit Camille, elle devrait plutôt réclamer des nouvelles de son fils. Si elle ne le fait pas, c’est qu’elle a une raison.

— Un accident, dit Camille. Il était poursuivi par la police.

Mme Bruneau a beau savoir ce que valait son mari, se souvenir de ses brutalités, elle n’avait pas épousé un gangster. Normalement « poursuivi par la police » devrait entraîner de la surprise, mais non, rien, elle hoche la tête, on sent qu’elle pense aussi vite que la situation le lui permet mais elle ne laisse rien transpirer.

— Madame Bruneau… (Camille se montre patient justement parce qu’il faut aller vite), nous pensons que la disparition de Pascal est liée à la mort de son père. En fait, nous en sommes persuadés. Plus vite vous répondrez à nos questions, plus nous avons de chances de retrouver rapidement votre fils.

On peut chercher des heures dans le dictionnaire, « malhonnête » est vraiment le mot qui convient pour qualifier l’attitude de Camille. Parce que, pour lui, aucun doute, ce garçon est aussi mort qu’on peut l’être. Ce chantage au fils est une manœuvre assez immorale mais dont il ne rougit pas parce qu’il peut encore permettre de retrouver quelqu’un de vivant.

— Il y a quelques jours, votre ex-mari a enlevé une femme, une jeune femme. Il l’a séquestrée et il est mort sans nous dire où il l’a enfermée. Cette femme est aujourd’hui quelque part, nous ne savons pas où. Et elle va mourir, madame Bruneau.

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