Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Le noir et roux, monté seul à la corde, arpente le couvercle et s’arrête, se lève très haut sur ses pattes arrière. Il a sans doute donné le signal du rassemblement parce que dans les secondes qui suivent, quasiment tous les rats remontent, il y en a partout, sur le couvercle, à droite, à gauche, dans la corbeille qui se balance.
Un éclair illumine la salle, presque tous se lèvent, le museau pointé vers le ciel d’un mouvement commun, comme électrisés, et se mettent à se déplacer en tous sens, ils ne sont pas affolés par l’orage, non, c’est comme une sorte de danse. Ils sont galvanisés.
Seul le gros noir et roux reste planté sur la planche la plus proche du visage d’Alex. Il tend la tête vers elle, ses yeux s’écarquillent, puis enfin il se met debout, son ventre roux est gonflé, énorme. Il pousse des cris et ses pattes avant gesticulent en tous sens, elles sont roses. Mais Alex ne voit que les griffes.
Ces rats sont des stratèges. Ils ont compris qu’à la faim, à la soif, au froid, il suffit d’ajouter la terreur. Ils couinent de concert. Pour l’impressionner. Alex reçoit de l’eau de pluie glacée charriée par le vent. Elle ne pleure plus, elle tremble. Elle pensait à la mort comme à une délivrance mais la perspective des morsures de rat, l’idée d’être dévorée…
Combien de jours de nourriture représente un corps humain pour une douzaine de rats ?
Terrorisée, Alex se met à hurler.
Mais, pour la première fois, aucun son ne sort de sa gorge.
L’épuisement la terrasse.
18
Le Guen s’est redressé, déplié, il a fait quelques pas dans son bureau pendant que Camille poursuivait son compte rendu puis il est revenu s’asseoir et il a repris sa position de sphinx pensif et adipeux. Camille a vu le divisionnaire réprimer quelque chose comme un sourire de contentement au moment de reprendre sa place. Sans doute la satisfaction d’avoir accompli sa gymnastique quotidienne, se dit-il. Il fait ça deux à trois fois par jour, se lever, aller à la porte et revenir. Parfois même quatre fois. Son entraînement repose sur une discipline de fer.
— Il y a sept ou huit contacts intéressants dans le téléphone de Trarieux, reprend Camille. Il les a appelés, certains plusieurs fois. Toujours les mêmes questions. Il enquêtait sur la disparition de son fils. Quand il allait les voir, il montrait la photo où son fils est à la fête foraine avec la fille.
Camille n’a vu que deux témoins lui-même, les autres, c’est Louis et Armand. Il est passé par le bureau de Le Guen pour le tenir informé mais ce n’est pas pour le divisionnaire qu’il est revenu à la Brigade. C’est pour l’ex-Mme Trarieux qui est arrivée d’Orléans. La gendarmerie s’est chargée du transfert.
— Trarieux a sans doute trouvé leurs coordonnées à partir des e-mails de son fils. On a un peu de tout.
Camille regarde ses notes.
— Une Valérie Touquet, trente-cinq ans, ancienne copine de classe que le Pascal Trarieux a essayé désespérément de sauter pendant quinze ans.
— Il a de la suite dans les idées.
— Le père l’a appelée plusieurs fois pour lui demander si elle savait ce qu’était devenu son lardon. Elle dit que ce garçon est un vrai paumé. « Rustique ». Et quand tu attends quelques minutes de plus, elle avoue : « Franchement nul. Il essayait toujours d’épater les filles avec des histoires à la con. » Bref, un vrai couillon. Mais gentil. En tout cas, elle n’a aucune idée de ce qu’il est devenu.
— Quoi d’autre ?
— On a aussi un Patrick Jupien, chauffeur-livreur dans une entreprise de nettoyage de linge, copain de PMU de Pascal Trarieux. Aucune nouvelle du fils Trarieux, lui non plus. La fille de la photo ne lui dit rien. Un autre, copain de collège, Thomas Vasseur, représentant. Et puis un ancien copain de boulot, Didier Cottard, manutentionnaire avec qui il a travaillé dans une société de vente par correspondance, bon tout ça, c’est le même truc, le père appelle, vient et fait chier tout le monde. Et naturellement, personne n’a de nouvelles du fils depuis longtemps. Les mieux informés savent qu’il y a une fille dans l’affaire. C’était le scoop de l’année ça, Pascal Trarieux avec une fille. Son copain Vasseur se bidonne carrément sur l’air de « pour une fois qu’il en avait une ». Son pote chauffeur-livreur confirme qu’il a cassé les pieds à tout le monde avec sa Nathalie, mais Nathalie comment, ça, personne ne sait. Vu qu’il ne l’a montrée à personne.
— Tiens donc…
— Non, pas si étonnant que ça. Il la rencontre mi-juin et il se taille avec elle un mois plus tard. Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour la présentation aux amis.
Les deux hommes restent pensifs. Camille relit ses notes, le sourcil froncé, de temps à autre il regarde côté fenêtre, comme s’il cherchait la réponse à une question, replonge dans son carnet. Le Guen le connaît bien. Alors, il laisse passer un court moment puis :
— Allez, accouche.
Il est embarrassé, Camille, et ça n’est pas fréquent.
— Eh bien, pour te dire sincèrement… Cette fille, je ne la sens pas vraiment.
Il lève aussitôt les deux mains pour se protéger le visage.
— Je sais, je sais ! Je sais, Jean. C’est la victime ! On ne touche pas à une victime ! Mais tu me demandes ce que je pense, je te le dis.
Le Guen s’est relevé dans son fauteuil, les deux coudes sur son bureau.
— C’est complètement débile, Camille.
— Je sais.
— Cette fille est enfermée comme un piaf dans une cage à deux mètres de hauteur depuis une semaine…
— Je sais, Jean…
— … sur les photos on voit clairement qu’elle est en train de crever…
— Oui…
— Le type qui l’a enlevée est un connard illettré, brutal, alcoolique…
Camille se contente de soupirer.
— … qui l’enferme dans une cage livrée aux rats…
Camille opte pour un hochement de tête douloureux.
— … et qui préfère se balancer du haut du périphérique plutôt que nous la livrer…
Camille ferme simplement les yeux comme quelqu’un qui ne veut pas voir l’étendue du désastre qu’il a causé.
— … et tu « ne sens pas cette fille » ? Tu as dit ça à quelqu’un d’autre ou c’est un scoop à mon intention ?
Mais quand Camille ne proteste pas, quand il ne dit rien, pire, quand il ne se défend pas, Le Guen sait qu’il se passe quelque chose. Une anomalie. Silence. Puis :
— Je ne comprends pas, dit lentement Camille, que personne ne signale la disparition de cette fille.
— Oh là là ! Mais il y en a des mil…
— … liers comme ça, je sais, Jean, des milliers de personnes qui ne sont réclamées par personne. Mais enfin… ce type, Trarieux, c’est une buse, on est d’accord ?
— D’accord.
— Pas très sophistiqué.
— Redondant.
— Alors, explique-moi pourquoi il se met à ce point en colère contre cette fille. Et de cette manière.
Le Guen lève les yeux, comprend pas.
— Parce que, quand même, il enquête sur la disparition de son fils, puis il achète des planches, il construit une caisse, il trouve un local où il peut enfermer cette fille pendant des jours et des jours, après quoi, il l’enlève, il l’enferme, il la fait crever à petit feu, il la prend en photo pour être certain qu’elle est sur la bonne pente… Et tu penses que c’est une lubie !
— Je n’ai pas dit ça, Camille.