Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
�Enfin le jour o� je devais commencer mon noviciat arriva, mon p�re r�unit cinq cents �cus romains destin�s � payer ma dot au couvent, et nous part�mes pour Subiaco.
�Il y a huit � neuf lieues de Rome � Subiaco; mais les chemins de la montagne sont si mauvais, que, cinq heures apr�s notre d�part, nous n�avions fait encore que trois lieues. Cependant le voyage, tout fatigant qu�il �tait en r�alit�, me plaisait. Je lui souriais comme � mon dernier bonheur, et tout le long du chemin je disais tout bas adieu aux arbres, aux buissons, aux pierres, aux herbes dess�ch�es m�me. Qui savait si l�-bas, au couvent, il y avait de l�herbe, des pierres, des buissons et des arbres!
�Tout � coup, au milieu de mes r�ves, et comme nous passions entre un petit bois et une masse de rochers crevass�s, la voiture s�arr�ta, j�entendis ma m�re pousser un cri, mon p�re fit un mouvement pour saisir des pistolets. Mes yeux et mon esprit retomb�rent du ciel sur la terre; nous �tions arr�t�s par des bandits.
� Pauvre enfant! dit Madame Louise, qui prenait de plus en plus int�r�t � ce r�cit.
� Eh bien, vous le dirai-je, Madame? je ne fus pas fort effray�e, car ces hommes nous arr�taient pour notre argent, et l�argent qu�ils allaient nous prendre �tait destin� � payer ma dot au couvent. S�il n�y avait plus de dot, mon entr�e au couvent �tait retard�e pour tout le temps qu�il faudrait � mon p�re pour en trouver une autre, et je savais la peine et le temps que ces cinq cents �cus avaient co�t� � r�unir.
�Mais quand, apr�s ce premier butin partag�, au lieu de nous laisser continuer notre route, les bandits s��lanc�rent sur moi, quand je vis les efforts de mon p�re pour me d�fendre, quand je vis les larmes de ma m�re pour les supplier, je compris qu�un grand malheur, qu�un malheur inconnu me mena�ait, et je me mis � crier mis�ricorde, par ce sentiment naturel qui vous porte � appeler au secours; car je savais bien que j�appelais inutilement, et que dans ce lieu sauvage personne ne m�entendrait.
�Aussi, sans s�inqui�ter de mes cris, des larmes de ma m�re, des efforts de mon p�re, les bandits me li�rent les mains derri�re le dos, et, me br�lant de leurs regards hideux que je compris alors tant la terreur me faisait clairvoyante, ils se mirent, avec des d�s qu�ils tir�rent de leur poche, � jouer sur le mouchoir de l�un d�eux.
�Ce qui m�effraya le plus, c�est qu�il n�y avait point d�enjeu sur l�ignoble tapis.
�Pendant le temps que les d�s pass�rent de main en main, je frissonnai; car je compris que j��tais la chose qu�ils jouaient.
�Tout � coup, l�un d�eux, poussant un rugissement de triomphe, se leva, tandis que les autres blasph�maient en grin�ant des dents, courut � moi, me saisit dans ses bras et posa ses l�vres sur les miennes.
�Le contact d�un fer rouge ne m�e�t point fait pousser un cri plus d�chirant.
�� Oh! la mort, la mort, mon Dieu! m��criai-je.
�Ma m�re se roulait sur la terre, mon p�re s��vanouit.
�Je n�avais plus qu�un espoir: c�est que l�un ou l�autre des bandits qui avaient perdu me tuerait, dans un moment de rage, d�un coup du couteau qu�ils serraient dans leurs mains crisp�es.
�J�attendais le coup, je l�esp�rais, je l�invoquais.
�Tout � coup un homme � cheval parut dans le sentier.
�Il avait parl� bas � une des sentinelles, qui l�avait laiss� passer en �changeant un signe avec lui.
�Cet homme, de taille moyenne, d�une physionomie imposante, d�un coup d��il r�solu, continua de s�avancer calme et tranquille au pas ordinaire de son cheval.
�Arriv� en face de moi, il s�arr�ta.
�Le bandit, qui d�j� m�avait prise dans ses bras, et qui commen�ait � m�emmener, se retourna au premier coup de sifflet que cet homme donna dans le manche de son fouet.
�Le bandit me laissa glisser jusqu�� terre.
�� Viens ici, dit l�inconnu.
�Et, comme le bandit h�sitait, l�inconnu forma un angle avec son bras, posa deux doigts �cart�s sur sa poitrine. Et, comme si ce signe e�t �t� l�ordre d�un ma�tre tout-puissant, le bandit s�approcha de l�inconnu.
�Celui-ci se pencha � l�oreille du bandit, et tout bas pronon�a ce mot:
�� Mac.
�Il ne pronon�a que ce seul mot, j�en suis s�re, moi qui regardais comme on regarde le couteau qui va vous tuer, moi qui �coutais comme on �coute quand la parole qu�on attend doit �tre la mort ou la vie.
�� Benac, r�pondit le brigand.
�Puis, dompt� comme un lion et rugissant comme lui, il revint � moi, d�tacha la corde qui me liait les poignets, et alla en faire autant � mon p�re et � ma m�re.
�Alors, comme l�argent �tait d�j� partag�, chacun vint � son tour d�poser sa part sur une pierre. Pas un �cu ne manqua aux cinq cents �cus.
�Pendant ce temps, je me sentais revivre aux bras de mon p�re et de ma m�re.
�� Maintenant, allez�, dit l�inconnu aux bandits.
�Les bandits ob�irent et rentr�rent dans le bois jusqu�au dernier.
�� Lorenza Feliciani, dit alors l��tranger en me couvrant de son regard surhumain, continue ta route maintenant, tu es libre.
�Mon p�re et ma m�re remerci�rent l��tranger qui me connaissait, et que nous ne connaissions pas, nous. Puis ils remont�rent dans la voiture. Je les suivis comme � regret, car je ne sais quelle puissance �trange, irr�sistible m�attirait vers mon sauveur.
�Lui �tait rest� immobile � la m�me place, comme pour continuer de nous prot�ger.
�Je l�avais regard� tant que j�avais pu le voir, et ce n�est que lorsque je l�eus perdu de vue tout � fait que l�oppression qui serrait ma poitrine disparut.
�Deux heures apr�s, nous �tions � Subiaco.
� Mais quel �tait donc cet homme extraordinaire? demanda la princesse, �mue de la simplicit� de ce r�cit.
� Daignez encore m��couter, Madame, dit Lorenza. H�las! tout n�est pas fini!
� J��coute, dit Madame Louise.
La jeune femme continua:
� Nous arriv�mes � Subiaco deux heures apr�s cet �v�nement.
�Pendant toute la route, nous n�avions fait que nous entretenir, mon p�re, ma m�re et moi, de ce singulier sauveur qui nous �tait venu tout � coup, myst�rieux et puissant, comme un envoy� du ciel.
�Mon p�re, moins cr�dule que moi, le soup�onnait chef d�une de ces bandes qui, bien que divis�es en fragments autour de Rome, rel�vent de la m�me autorit�, et sont inspect�es de temps en temps par le chef supr�me, lequel, investi d�une autorit� absolue, r�compense, punit et partage.
�Mais moi, moi qui cependant ne pouvais lutter d�exp�rience avec mon p�re; moi qui ob�issais � mon instinct, qui subissais le pouvoir de ma reconnaissance, je ne croyais pas, je ne pouvais pas croire que cet homme f�t un bandit.
�Aussi, dans mes pri�res de chaque soir � la Vierge, je consacrais une phrase destin�e � appeler les gr�ces de la madone sur mon sauveur inconnu.
�D�s le m�me jour, j�entrai au couvent. La dot �tait retrouv�e, rien n�emp�chait qu�on ne m�y re��t. J��tais plus triste, mais aussi plus r�sign�e que jamais. Italienne et superstitieuse, cette id�e m��tait venue que Dieu tenait � me poss�der pure, enti�re et sans tache, puisqu�il m�avait d�livr�e de ces bandits, suscit�s sans doute par le d�mon pour souiller la couronne d�innocence que Dieu seul devait d�tacher de mon front. Aussi m��lan�ai-je avec toute l�ardeur de mon caract�re dans les empressements de mes sup�rieurs et de mes parents. On me fit adresser une demande au souverain pontife � l�effet de me voir dispens�e du noviciat. Je l��crivis, je la signai. Elle avait �t� r�dig�e par mon p�re dans les termes d�un si violent d�sir, que Sa Saintet� crut voir dans cette demande l�ardente aspiration d�une �me d�go�t�e du monde vers la solitude. Elle accorda tout ce qu�on lui demandait, et le noviciat d�un an, de deux ans quelquefois pour les autres, fut, par faveur sp�ciale, fix� pour moi � un mois.
�On m�annon�a cette nouvelle, qui ne me causa ni douleur ni joie. On e�t dit que j��tais d�j� morte au monde, et que l�on op�rait sur un cadavre auquel son ombre impassible survivait seule.
�Quinze jours on me tint renferm�e, de crainte que l�esprit mondain me v�nt saisir. Vers le matin de ce quinzi�me jour, je re�us l�ordre de descendre � la chapelle avec les autres s�urs.