Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Rien à la presse ? demande Camille en regardant Le Guen.
— Tu rigoles ?
Louis a emprunté le couloir vers la sortie, il revient sur ses pas. Soucieux.
— Quand même…, dit-il à Camille. C’est assez sophistiqué de construire une fillette, vous ne trouvez pas ? Ça n’est même pas un peu trop savant, pour quelqu’un comme Trarieux ?
— Mais non Louis, c’est toi qui es trop savant pour Trarieux ! Il n’a pas construit une « fillette », ça, c’est une référence à toi, une belle référence historique, ça montre que tu es cultivé, mais lui, il n’a pas construit une fillette. Il a construit une cage. Et elle est trop petite.
Le Guen, vautré dans son fauteuil directorial. Il ferme les yeux en écoutant Camille, on jurerait qu’il dort. C’est sa manière de se concentrer.
— Jean-Pierre Trarieux, dit Camille, né le 11 octobre 1953, il a cinquante-trois ans. CAP d’ajusteur, vingt-sept ans de carrière dans des ateliers liés à l’aéronautique (il a commencé à Sud Aviation en 1970). Licenciement économique en 1997, deux ans de chômage, il retrouve un boulot dans la maintenance à l’hôpital René-Pontibiau, re-charrette deux ans plus tard, re-licenciement, re-chômage mais une variante, en 2002, il obtient le poste de gardien de la friche industrielle. Il quitte son appartement et vient loger sur place.
— Violent ?
— Brutal. Ses états de service évoquent des bagarres, ce genre de choses, il est soupe au lait, ce gars-là. C’est du moins ce que doit penser sa femme. Roseline. Il l’a épousée en 1970. Ils ont eu un fils, Pascal, né la même année. C’est là que ça devient intéressant, j’y reviendrai.
— Non, coupe Le Guen, viens-y tout de suite.
— Le fils a disparu. En juillet de l’an dernier.
— Raconte.
— J’attends les éléments complémentaires mais, grosso modo, le Pascal a à peu près tout raté, l’école, le collège, le lycée technique, l’apprentissage, le boulot. Côté échecs, c’est carton plein. Il fait manœuvre, déménageur, ce genre de choses. Instable. Le père réussit à le faire embaucher à l’hôpital où il travaille (on est en 2000), ils sont camarades de boulot. Solidarité ouvrière, ils deviennent camarades de charrette, ils sont virés ensemble l’année suivante. Quand le père obtient le poste de gardien en 2002, le fils vient habiter avec lui. Précision à nouveau, il a quand même trente-six ans, le Pascal ! On a vu sa chambre dans l’appartement du père. Platine de jeux vidéo, posters de foot et Internet clairement orienté « sites de cul ». Si on excepte les dizaines de canettes de bière vides sous le plumard, une vraie chambre d’adolescent. Dans ce cas-là, dans les romans, quand on a peur de ne pas être bien compris, après « adolescent », on ajoute « attardé ». Et patatras, en juillet 2006, le père déclare le fils disparu.
— Enquête ?
— Si on veut. Le père s’inquiète. Côté police, vu les circonstances, on botte en touche. Le fils s’est enfui avec une fille en emportant ses vêtements, ses affaires personnelles et le contenu du compte en banque de son père, six cent vingt-trois euros, tu vois le genre… Alors, on dirige le père du côté de la préfecture. « Recherche dans l’intérêt des familles ». On fait la région, rien. En mars, on élargit au national. Toujours rien. Trarieux gueule comme un putois, il veut une conclusion. Alors début août, un an après la disparition du fils, on lui délivre le « certificat de vaines recherches ». À l’heure qu’il est, le fils n’a toujours pas réapparu. Je suppose que quand il va apprendre la mort de son père, on va le voir rappliquer.
— Et la mère ?
— Trarieux a divorcé en 1984. Enfin, c’est surtout sa femme qui a divorcé, violences conjugales, brutalités, alcoolisme. Le fils est resté avec le père. L’air de bien s’entendre ces deux-là. Du moins jusqu’à ce que le Pascal décide de se tailler. La mère est remariée, elle habite Orléans. Mme… (il consulte son carnet, ne trouve pas), bon, peu importe, de toute manière, je l’ai fait chercher, on me la ramène.
— Autre chose ?
— Oui, le téléphone portable de Trarieux est une ligne professionnelle. Son employeur veut pouvoir le joindre à n’importe quel moment même s’il est à l’autre bout du site. L’analyse d’entre eux montre qu’il ne s’en sert presque pas, la quasi-totalité des appels sont destinés à son employeur ou aux « nécessités du service », comme on dit. Et puis, d’un coup, il se met à téléphoner. Pas beaucoup, mais c’est nouveau. Une douzaine de destinataires apparaissent soudainement dans son répertoire, des gens qu’il appelle une, deux, trois fois…
— Et alors ?
— Et alors, cette soudaine vague d’appels commence deux semaines après la délivrance du certificat de « vaines recherches » concernant son fils et elle s’arrête tout net trois semaines avant l’enlèvement de la fille.
Le Guen fronce les sourcils. Camille propose sa conclusion :
— Trarieux trouve que la police ne fout rien et il part faire son enquête lui-même.
— Tu crois que notre fille, dans sa cage, est celle avec laquelle le fils s’est barré ?
— Je crois, oui.
— Tu m’as dit que sur la photo, c’est une grosse. La nôtre, elle n’est pas grosse.
— Une grosse, une grosse… Elle a peut-être perdu du poids, j’en sais rien, moi. En tout cas, je pense que c’est la même. Maintenant, le Pascal, te dire où il est, ça…
17
Jusqu’ici, Alex a pas mal souffert du froid. Pourtant le mois de septembre est assez doux mais elle ne bouge pas et elle est sous-alimentée. Et c’est devenu encore pire. Parce que d’un coup, en quelques heures, le climat a brusquement tourné à l’automne. Le froid qu’elle ressentait, à cause de l’épuisement, est maintenant dû à la température qui a dégringolé de plusieurs degrés. À en juger par la lumière qui tombe des verrières, le ciel s’est couvert, la luminosité elle aussi a chuté. Alex a entendu ensuite les premières rafales de vent s’engouffrer dans les salles, ça siffle, ça mugit douloureusement, on dirait les gémissements d’un désespéré.
Les rats ont levé la tête eux aussi, les moustaches ont commencé à frétiller comme jamais. Des trombes d’eau se sont soudain abattues sur le bâtiment qui a grondé et craqué comme un bateau sur le point de couler. Avant qu’Alex s’en rende compte, tous les rats étaient descendus le long des murs pour aller chercher l’eau de pluie qui s’est mise à ruisseler. Elle en a compté neuf, cette fois. Pas certaine que ce soit toujours les mêmes. Par exemple, il y a ce gros noir et roux, arrivé récemment, les autres le craignent, elle l’a vu se vautrer dans une flaque d’eau, il en avait une à lui seul, c’est lui qui est remonté le premier. Il est le premier de retour sur la corde. C’est un rat qui a de la suite dans les idées.
Un rat mouillé, c’est encore plus effrayant qu’un rat sec, ça fait un pelage plus sale, un regard plus aiguisé qui donne l’impression d’être davantage à l’affût. Mouillée, sa longue queue a quelque chose de visqueux, on dirait un animal à part entière, comme un serpent.
À la pluie succède l’orage, à l’humidité succède le froid, Alex est pétrifiée, sans possibilité de mouvement, elle sent son épiderme saisi par des vagues, ce ne sont pas des frissons mais de véritables soubresauts. Elle commence à claquer des dents, le vent s’enfourne dans les salles avec tant de violence que la cage se met à tourner sur elle-même.