Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Oui, monsieur, r�pondit Gilbert, les yeux fixes, la bouche entrouverte, car il avait vu Andr�e et, plac� comme il l��tait, il pouvait continuer � la regarder sans laisser au professeur le soup�on que sa d�monstration n��tait pas religieusement �cout�e et comprise.
� Pour go�ter la terre, dit M. de Jussieu, toujours abus� par l�hiatus de Gilbert, renfermez-en une poign�e dans un clayon, versez quelques gouttes d�eau doucement par-dessus et go�tez cette eau lorsqu�elle sortira filtr�e par la terre m�me en dessous du clayon. Les saveurs salines, ou �cres, ou fades, ou parfum�es de certaines essences naturelles s�approprieront � merveille aux sucs des plantes que vous voulez y faire pousser; car, dans la nature, dit M. Rousseau, votre ancien patron, tout n�est qu�analogie, assimilation, tendance � l�homog�n�it�.
� Oh! mon Dieu! s��cria Gilbert en �tendant les bras devant lui.
� Qu�y a-t-il donc?
� Elle s��vanouit, monsieur, elle s��vanouit!
� Qui cela? �tes-vous fou?
� Elle, elle!
� Elle?
� Oui, reprit vivement Gilbert, une dame.
Et son �pouvante et sa p�leur l�eussent trahi aussi bien que le mot elle, si M. de Jussieu n�e�t pas d�tourn� les yeux de dessus lui pour suivre la direction de sa main.
En suivant cette direction, M. de Jussieu vit, en effet, Andr�e qui s��tait tra�n�e derri�re une charmille et qui, arriv�e l�, �tait tomb�e sur un banc et qui, l�, demeurait immobile et pr�s de perdre le dernier souffle de sentiment qui lui rest�t.
C��tait l�heure � laquelle le roi avait l�habitude de faire sa visite � madame la dauphine et d�bouchait par le verger, passant du grand au petit Trianon.
Sa Majest� d�boucha donc tout � coup.
Elle tenait une p�che vermeille, miracle de pr�cocit�, et se demandait, en vrai roi �go�ste, s�il ne vaudrait pas beaucoup mieux, pour le bonheur de la France, que cette p�che f�t savour�e par lui que par madame la dauphine.
L�empressement de M. de Jussieu � courir vers Andr�e, que le roi, avec sa vue faible, distinguait � peine et ne reconnaissait pas du tout; les cris �touff�s de Gilbert qui indiquaient la terreur la plus profonde, acc�l�r�rent la marche de Sa Majest�.
� Qu�y a-t-il? qu�y a-t-il? demanda Louis XV en s�approchant de la charmille, dont il n��tait plus s�par� que par la largeur d�une all�e.
� Le roi! s��cria M. de Jussieu soutenant dans ses bras la jeune fille.
� Le roi! murmura Andr�e en s��vanouissant tout � fait.
� Mais qui donc est l�? r�p�ta Louis XV; une femme? Que lui arrive-t-il, � cette femme?
� Sire, un �vanouissement.
� Ah! voyons, dit Louis XV.
� Elle est sans connaissance, sire, ajouta M. de Jussieu en montrant la jeune fille �tendue raide et immobile sur le banc o� il venait de la d�poser.
Le roi s�approcha, reconnut Andr�e et s��cria en frissonnant:
� Encore!� Oh! mais c�est �pouvantable, cela; quand on a de pareilles maladies, on reste chez soi; ce n�est pas propre de mourir comme cela toute la journ�e devant le monde!
Et Louis XV rebroussa chemin pour gagner le pavillon du petit Trianon, en grommelant mille choses d�sagr�ables pour la pauvre Andr�e.
M. de Jussieu, qui ignorait les ant�c�dents, demeura un instant stup�fait; puis, se retournant et voyant Gilbert � dix pas dans l�attitude de la crainte et de l�anxi�t�:
� Arrive ici, Gilbert, cria-t-il; tu es fort; tu vas emporter mademoiselle de Taverney jusque chez elle.
� Moi! s��cria Gilbert fr�missant, moi, l�emporter, la toucher? Non, non, elle ne me le pardonnerait pas; non, jamais!
Et il s�enfuit �perdu en appelant au secours.
Chapitre 138. Le docteur Louis
� quelques pas de l�endroit o� Andr�e s��tait �vanouie, travaillaient deux aides jardiniers, qui accoururent aux cris de Gilbert et, s��tant mis aux ordres de M. de Jussieu, transport�rent Andr�e dans sa chambre, tandis que Gilbert suivait de loin, et la t�te baiss�e, ce corps inerte, morne, comme l�assassin qui marche derri�re le corps de sa victime.
M. de Jussieu, arriv� au perron des communs, d�barrassa les jardiniers de leur fardeau; Andr�e venait d�ouvrir les yeux.
Le bruit des voix et cet empressement significatif qui a lieu autour de tout accident attira M. de Taverney hors de la chambre: il vit sa fille, chancelante encore, essayer de se redresser pour monter les degr�s avec l�appui de M. de Jussieu.
Il accourut en demandant, comme le roi:
� Qu�y a-t-il? Qu�y a-t-il?
� Rien, mon p�re, r�pliqua faiblement Andr�e, un malaise, une migraine.
� Mademoiselle est votre fille, monsieur? dit M. de Jussieu en saluant le baron.
� Oui, monsieur.
� Je ne puis donc la laisser en de meilleures mains; mais, au nom du Ciel, consultez un m�decin.
� Oh! ce n�est rien, dit Andr�e.
Et Taverney r�p�ta:
� Certainement, ce n�est rien.
� Je le souhaite, dit M. de Jussieu; mais, en v�rit�, mademoiselle �tait bien p�le.
Et, l�-dessus, apr�s avoir donn� la main � Andr�e jusqu�au haut du perron, M. de Jussieu prit cong�.
Le p�re et la fille demeur�rent seuls.
Taverney, qui, pendant l�absence d�Andr�e, avait mis certainement le temps � profit pour de bonnes r�flexions, vint prendre la main d�Andr�e, rest�e debout, la conduisit � un sofa, la fit asseoir et s�assit pr�s d�elle.
� Pardon, monsieur, dit Andr�e; mais soyez assez bon pour ouvrir la fen�tre; je manque d�air.
� C�est que je voulais causer un peu s�rieusement avec vous, Andr�e, et, dans cette cage que l�on vous a donn�e pour demeure, un souffle s�entend de tous les c�t�s; mais il n�importe, je parlerai bas.
Et il ouvrit la fen�tre.
Puis, revenant s�asseoir en secouant la t�te pr�s de sa fille:
� Il faut avouer, dit-il, que le roi, qui nous avait d�abord t�moign� tant d�int�r�t, ne fait pas preuve de galanterie en vous laissant habiter un pareil taudis.
� Mon p�re, r�pondit Andr�e, il n�y a pas de logement � Trianon; vous savez que c�est le grand d�faut de cette r�sidence.
� Qu�il n�y ait pas de logement pour d�autres, dit Taverney avec un sourire insinuant, je le concevrais � la rigueur, ma fille; mais, pour vous, en v�rit�, je ne le con�ois pas.
� Vous avez trop bonne opinion de moi, monsieur, r�pliqua Andr�e en souriant, et, malheureusement, tout le monde n�est pas comme vous.
� Tous ceux qui vous connaissent, ma fille, sont, au contraire, comme moi.
Andr�e s�inclina comme elle e�t fait pour remercier un �tranger; car ces compliments, de la part de son p�re, commen�aient � lui donner quelque inqui�tude.
� Et, continua Taverney avec son m�me ton doucereux, et� le roi vous conna�t, je suppose?
Et, tout en parlant, il dardait sur la jeune fille un regard dont l�inquisition �tait insupportable.
� Mais le roi me conna�t � peine, r�pliqua Andr�e le plus naturellement du monde, et je suis peu de chose pour lui, � ce que je pr�sume.
Ces mots firent bondir le baron.
� Peu de chose! s��cria-t-il; mais, en v�rit�, je ne con�ois rien � vos paroles, mademoiselle; peu de chose! par exemple, vous mettez un bien bas prix � votre personne!
Andr�e regarda son p�re avec �tonnement.
� Oui, oui, continua le baron, je le dis et je le r�p�te, vous �tes d�une modestie qui va jusqu�� l�oubli de la dignit� personnelle.
� Oh! monsieur, vous exag�rez tout: le roi s�est int�ress� aux malheurs de notre famille, c�est vrai; le roi a daign� faire quelque chose pour nous; mais il y a tant d�infortunes autour du tr�ne de Sa Majest�, il s��chappe tant de largesses de sa main royale, que l�oubli devait n�cessairement nous envelopper apr�s le bienfait.
Taverney regarda fixement sa fille, et non sans une certaine admiration de sa r�serve et de sa discr�tion imp�n�trable.
� Voyons, lui dit-il en se rapprochant d�elle, voyons, ma ch�re Andr�e, votre p�re sera le premier solliciteur qui s�adresse � vous et, � ce titre, j�esp�re que vous ne le repousserez pas.
Andr�e, � son tour, regarda son p�re en femme qui demande une explication.
� Voyons, continua-t-il, nous vous en prions tous, interc�dez pour nous, faites quelque chose pour votre famille�