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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Tout � coup un violent coup de pied de cheval �branla la porte des communs et fit tressaillir la sup�rieure.

� Qui donc est rest� � Saint-Denis de tous les seigneurs de la cour? demanda Madame Louise.

� Son �minence le cardinal de Rohan, Madame.

� Les chevaux sont-ils donc ici?

� Non, Madame, ils sont au chapitre de l�abbaye, o� il passera la nuit.

� Qu�est-ce donc que ce bruit, alors?

� Madame, c�est le bruit que fait le cheval de l��trang�re.

� Quelle �trang�re? demanda Madame Louise cherchant � rappeler ses souvenirs.

� Cette Italienne qui est venue hier au soir demander l�hospitalit� � Son Altesse.

� Ah! c�est vrai. O� est-elle?

� Dans sa chambre ou � l��glise.

� Qu�a-t-elle fait depuis hier?

� Depuis hier, elle a refus� toute nourriture, except� le pain, et toute la nuit elle a pri� dans la chapelle.

� Quelque grande coupable, sans doute! dit la sup�rieure fron�ant le sourcil.

� Je l�ignore, Madame, elle n�a parl� � personne.

� Quelle femme est-ce?

� Belle et d�une physionomie douce et fi�re � la fois.

� Ce matin, pendant la c�r�monie, o� se tenait-elle?

� Dans sa chambre, pr�s de sa fen�tre, o� je l�ai vue, abrit�e derri�re ses rideaux, fixer sur chaque personne un regard plein d�anxi�t�, comme si dans chaque personne qui entrait elle e�t craint un ennemi.

� Quelque femme de ce pauvre monde o� j�ai v�cu, o� j�ai r�gn�. Faites entrer.

La tr�sori�re fit un pas pour se retirer.

� Ah! sait-on son nom? demanda la princesse.

� Lorenza Feliciani.

� Je ne connais personne de ce nom, dit Madame Louise r�vant; n�importe, introduisez cette femme.

La sup�rieure s�assit dans un fauteuil s�culaire; il �tait de bois de ch�ne, avait �t� sculpt� sous Henri II et avait servi aux neuf derni�res abbesses des carm�lites.

C��tait un tribunal redoutable, devant lequel avaient trembl� bien des pauvres novices, prises entre le spirituel et le temporel.

La tr�sori�re entra un moment apr�s, amenant l��trang�re au long voile que nous connaissons d�j�.

Madame Louise avait l��il per�ant de la famille; cet �il fut fix� sur Lorenza Feliciani du moment o� elle entra dans le cabinet: mais elle reconnut dans la jeune femme tant d�humilit�, tant de gr�ce, tant de beaut� sublime, elle vit enfin tant d�innocence dans ses grands yeux noirs noy�s de larmes encore r�centes, que ses dispositions envers elle, d�hostiles qu�elles �taient d�abord, devinrent bienveillantes et fraternelles.

� Approchez, madame, dit la princesse, et parlez.

La jeune femme fit un pas en tremblant et voulut mettre un genou en terre.

La princesse la releva.

� N�est-ce pas vous, madame, dit-elle, qu�on appelle Lorenza Feliciani?

� Oui, Madame.

� Et vous d�sirez me confier un secret?

� Oh! j�en meurs de d�sir!

� Mais pourquoi n�avez-vous pas recours au tribunal de la p�nitence? Je n�ai pouvoir que de consoler, moi; un pr�tre console et pardonne.

Madame Louise pronon�a ces derniers mots en h�sitant.

� Je n�ai besoin que de consolation, Madame, r�pondit Lorenza, et d�ailleurs c�est � une femme seulement que j�oserais dire ce que j�ai � vous raconter.

� C�est donc un r�cit bien �trange que celui que vous allez me faire?

� Oui, bien �trange. Mais �coutez-moi patiemment, Madame; c�est � vous seule que je puis parler, je vous le r�p�te, parce que vous �tes toute puissante, et qu�il me faut presque le bras de Dieu pour me d�tendre.

� Vous d�fendre! Mais on vous poursuit donc? Mais on vous attaque donc?

� Oh! oui, Madame, oui, l�on me poursuit, s��cria l��trang�re avec un indicible effroi.

� Alors, madame, r�fl�chissez � une chose, dit la princesse, c�est que cette maison est un couvent et non une forteresse; c�est que rien de ce qui agite les hommes n�y p�n�tre que pour s��teindre; c�est que rien de ce qui peut les servir contre les autres hommes ne s�y trouve; ce n�est point ici la maison de la justice, de la force et de la r�pression, c�est tout simplement la maison de Dieu.

� Oh! voil�, voil� ce que je cherche justement, dit Lorenza. Oui, c�est la maison de Dieu, car dans la maison de Dieu seulement je puis vivre en repos.

� Mais Dieu n�admet pas les vengeances; comment voulez-vous que nous vous vengions de votre ennemi? Adressez-vous aux magistrats.

� Les magistrats ne peuvent rien, Madame, contre celui que je redoute.

� Qu�est-il donc? fit la sup�rieure avec un secret et involontaire effroi.

Lorenza se rapprocha de la princesse sous l�empire d�une myst�rieuse exaltation.

� Ce qu�il est, Madame? dit-elle. C�est, j�en suis certaine, un de ces d�mons qui font la guerre aux hommes, et que Satan, leur prince, a dou�s d�une puissance surhumaine.

� Que me dites-vous l�? fit la princesse en regardant cette femme pour bien s�assurer qu�elle n��tait pas folle.

� Et moi, moi! oh! malheureuse que je suis! s��cria Lorenza en tordant ses beaux bras, qui semblaient moul�s sur ceux d�une statue antique; moi, je me suis trouv�e sur le chemin de cet homme! et moi, moi, je suis�

� Achevez.

Lorenza se rapprocha encore de la princesse; puis, tout bas, et comme �pouvant�e elle-m�me de ce qu�elle allait dire:

� Moi, je suis poss�d�e! murmura-t-elle.

� Poss�d�e! s��cria la princesse; voyons, madame, dites, �tes-vous dans votre bon sens, et ne seriez-vous point�?

� Folle, n�est-ce pas? c�est ce que vous voulez dire. Non, je ne suis pas folle, mais je pourrais bien le devenir si vous m�abandonnez.

� Poss�d�e! r�p�ta la princesse.

� H�las! h�las!

� Mais, permettez-moi de vous le dire, je vous vois en toutes choses semblable aux autres cr�atures les plus favoris�es de Dieu; vous paraissez riche, vous �tes belle, vous vous exprimez raisonnablement, votre visage ne porte aucune trace de cette terrible et myst�rieuse maladie qu�on appelle la possession.

� Madame, c�est dans ma vie, c�est dans les aventures de cette vie que r�side le secret sinistre que je voudrais me cacher � moi-m�me.

� Expliquez-vous, voyons. Suis-je donc la premi�re � qui vous parlez de votre malheur? Vos parents, vos amis?

� Mes parents! s��cria la jeune femme en croisant les mains avec douleur; pauvres parents! les reverrai-je jamais? Des amis, ajouta-t-elle avec amertume, h�las! Madame, est-ce que j�ai des amis!

� Voyons, proc�dons par ordre, mon enfant, dit Madame Louise essayant de tracer un chemin aux paroles de l��trang�re. Quels sont vos parents, et comment les avez-vous quitt�s?

� Madame, je suis romaine, et j�habitais Rome avec eux. Mon p�re est de vieille noblesse; mais, comme tous les patriciens de Rome, il est pauvre. J�ai de plus ma m�re et un fr�re a�n�. En France, m�a-t-on dit, lorsqu�une famille aristocratique comme l�est la mienne a un fils et une fille, on sacrifie la dot de la fille pour acheter l��p�e du fils. Chez nous, on sacrifie la fille pour pousser le fils dans les ordres. Or, je n�ai, moi, re�u aucune �ducation, parce qu�il fallait faire l��ducation de mon fr�re, qui �tudie, comme disait na�vement ma m�re, afin de devenir cardinal.

� Apr�s?

� Il en r�sulte, Madame, que mes parents s�impos�rent tous les sacrifices qu�il �tait en leur pouvoir de s�imposer pour aider mon fr�re, et que l�on r�solut de me faire prendre le voile chez les carm�lites de Subiaco.

� Et vous, que disiez-vous?

� Rien, Madame. D�s ma jeunesse, on m�avait pr�sent� cet avenir comme une n�cessit�. Je n�avais ni force ni volont�. On ne me consultait pas, d�ailleurs, on ordonnait, et je n�avais pas autre chose � faire que d�ob�ir.

� Cependant�

� Madame, nous n�avons, nous autres filles romaines, que d�sirs et impuissance. Nous aimons le monde comme les damn�s aiment le paradis, sans le conna�tre. D�ailleurs, j��tais entour�e d�exemples qui m�eussent condamn�e si l�id�e m��tait venue de r�sister, mais elle ne me vint pas. Toutes les amies que j�avais connues et qui, comme moi, avaient des fr�res, avaient pay� leur dette � l�illustration de la famille. J�aurais �t� mal fond�e � me plaindre; on ne me demandait rien qui sort�t des habitudes g�n�rales. Ma m�re me caressa un peu plus seulement, quand le jour s�approcha pour moi de la quitter.

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