Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Tout � coup un violent coup de pied de cheval �branla la porte des communs et fit tressaillir la sup�rieure.
� Qui donc est rest� � Saint-Denis de tous les seigneurs de la cour? demanda Madame Louise.
� Son �minence le cardinal de Rohan, Madame.
� Les chevaux sont-ils donc ici?
� Non, Madame, ils sont au chapitre de l�abbaye, o� il passera la nuit.
� Qu�est-ce donc que ce bruit, alors?
� Madame, c�est le bruit que fait le cheval de l��trang�re.
� Quelle �trang�re? demanda Madame Louise cherchant � rappeler ses souvenirs.
� Cette Italienne qui est venue hier au soir demander l�hospitalit� � Son Altesse.
� Ah! c�est vrai. O� est-elle?
� Dans sa chambre ou � l��glise.
� Qu�a-t-elle fait depuis hier?
� Depuis hier, elle a refus� toute nourriture, except� le pain, et toute la nuit elle a pri� dans la chapelle.
� Quelque grande coupable, sans doute! dit la sup�rieure fron�ant le sourcil.
� Je l�ignore, Madame, elle n�a parl� � personne.
� Quelle femme est-ce?
� Belle et d�une physionomie douce et fi�re � la fois.
� Ce matin, pendant la c�r�monie, o� se tenait-elle?
� Dans sa chambre, pr�s de sa fen�tre, o� je l�ai vue, abrit�e derri�re ses rideaux, fixer sur chaque personne un regard plein d�anxi�t�, comme si dans chaque personne qui entrait elle e�t craint un ennemi.
� Quelque femme de ce pauvre monde o� j�ai v�cu, o� j�ai r�gn�. Faites entrer.
La tr�sori�re fit un pas pour se retirer.
� Ah! sait-on son nom? demanda la princesse.
� Lorenza Feliciani.
� Je ne connais personne de ce nom, dit Madame Louise r�vant; n�importe, introduisez cette femme.
La sup�rieure s�assit dans un fauteuil s�culaire; il �tait de bois de ch�ne, avait �t� sculpt� sous Henri II et avait servi aux neuf derni�res abbesses des carm�lites.
C��tait un tribunal redoutable, devant lequel avaient trembl� bien des pauvres novices, prises entre le spirituel et le temporel.
La tr�sori�re entra un moment apr�s, amenant l��trang�re au long voile que nous connaissons d�j�.
Madame Louise avait l��il per�ant de la famille; cet �il fut fix� sur Lorenza Feliciani du moment o� elle entra dans le cabinet: mais elle reconnut dans la jeune femme tant d�humilit�, tant de gr�ce, tant de beaut� sublime, elle vit enfin tant d�innocence dans ses grands yeux noirs noy�s de larmes encore r�centes, que ses dispositions envers elle, d�hostiles qu�elles �taient d�abord, devinrent bienveillantes et fraternelles.
� Approchez, madame, dit la princesse, et parlez.
La jeune femme fit un pas en tremblant et voulut mettre un genou en terre.
La princesse la releva.
� N�est-ce pas vous, madame, dit-elle, qu�on appelle Lorenza Feliciani?
� Oui, Madame.
� Et vous d�sirez me confier un secret?
� Oh! j�en meurs de d�sir!
� Mais pourquoi n�avez-vous pas recours au tribunal de la p�nitence? Je n�ai pouvoir que de consoler, moi; un pr�tre console et pardonne.
Madame Louise pronon�a ces derniers mots en h�sitant.
� Je n�ai besoin que de consolation, Madame, r�pondit Lorenza, et d�ailleurs c�est � une femme seulement que j�oserais dire ce que j�ai � vous raconter.
� C�est donc un r�cit bien �trange que celui que vous allez me faire?
� Oui, bien �trange. Mais �coutez-moi patiemment, Madame; c�est � vous seule que je puis parler, je vous le r�p�te, parce que vous �tes toute puissante, et qu�il me faut presque le bras de Dieu pour me d�tendre.
� Vous d�fendre! Mais on vous poursuit donc? Mais on vous attaque donc?
� Oh! oui, Madame, oui, l�on me poursuit, s��cria l��trang�re avec un indicible effroi.
� Alors, madame, r�fl�chissez � une chose, dit la princesse, c�est que cette maison est un couvent et non une forteresse; c�est que rien de ce qui agite les hommes n�y p�n�tre que pour s��teindre; c�est que rien de ce qui peut les servir contre les autres hommes ne s�y trouve; ce n�est point ici la maison de la justice, de la force et de la r�pression, c�est tout simplement la maison de Dieu.
� Oh! voil�, voil� ce que je cherche justement, dit Lorenza. Oui, c�est la maison de Dieu, car dans la maison de Dieu seulement je puis vivre en repos.
� Mais Dieu n�admet pas les vengeances; comment voulez-vous que nous vous vengions de votre ennemi? Adressez-vous aux magistrats.
� Les magistrats ne peuvent rien, Madame, contre celui que je redoute.
� Qu�est-il donc? fit la sup�rieure avec un secret et involontaire effroi.
Lorenza se rapprocha de la princesse sous l�empire d�une myst�rieuse exaltation.
� Ce qu�il est, Madame? dit-elle. C�est, j�en suis certaine, un de ces d�mons qui font la guerre aux hommes, et que Satan, leur prince, a dou�s d�une puissance surhumaine.
� Que me dites-vous l�? fit la princesse en regardant cette femme pour bien s�assurer qu�elle n��tait pas folle.
� Et moi, moi! oh! malheureuse que je suis! s��cria Lorenza en tordant ses beaux bras, qui semblaient moul�s sur ceux d�une statue antique; moi, je me suis trouv�e sur le chemin de cet homme! et moi, moi, je suis�
� Achevez.
Lorenza se rapprocha encore de la princesse; puis, tout bas, et comme �pouvant�e elle-m�me de ce qu�elle allait dire:
� Moi, je suis poss�d�e! murmura-t-elle.
� Poss�d�e! s��cria la princesse; voyons, madame, dites, �tes-vous dans votre bon sens, et ne seriez-vous point�?
� Folle, n�est-ce pas? c�est ce que vous voulez dire. Non, je ne suis pas folle, mais je pourrais bien le devenir si vous m�abandonnez.
� Poss�d�e! r�p�ta la princesse.
� H�las! h�las!
� Mais, permettez-moi de vous le dire, je vous vois en toutes choses semblable aux autres cr�atures les plus favoris�es de Dieu; vous paraissez riche, vous �tes belle, vous vous exprimez raisonnablement, votre visage ne porte aucune trace de cette terrible et myst�rieuse maladie qu�on appelle la possession.
� Madame, c�est dans ma vie, c�est dans les aventures de cette vie que r�side le secret sinistre que je voudrais me cacher � moi-m�me.
� Expliquez-vous, voyons. Suis-je donc la premi�re � qui vous parlez de votre malheur? Vos parents, vos amis?
� Mes parents! s��cria la jeune femme en croisant les mains avec douleur; pauvres parents! les reverrai-je jamais? Des amis, ajouta-t-elle avec amertume, h�las! Madame, est-ce que j�ai des amis!
� Voyons, proc�dons par ordre, mon enfant, dit Madame Louise essayant de tracer un chemin aux paroles de l��trang�re. Quels sont vos parents, et comment les avez-vous quitt�s?
� Madame, je suis romaine, et j�habitais Rome avec eux. Mon p�re est de vieille noblesse; mais, comme tous les patriciens de Rome, il est pauvre. J�ai de plus ma m�re et un fr�re a�n�. En France, m�a-t-on dit, lorsqu�une famille aristocratique comme l�est la mienne a un fils et une fille, on sacrifie la dot de la fille pour acheter l��p�e du fils. Chez nous, on sacrifie la fille pour pousser le fils dans les ordres. Or, je n�ai, moi, re�u aucune �ducation, parce qu�il fallait faire l��ducation de mon fr�re, qui �tudie, comme disait na�vement ma m�re, afin de devenir cardinal.
� Apr�s?
� Il en r�sulte, Madame, que mes parents s�impos�rent tous les sacrifices qu�il �tait en leur pouvoir de s�imposer pour aider mon fr�re, et que l�on r�solut de me faire prendre le voile chez les carm�lites de Subiaco.
� Et vous, que disiez-vous?
� Rien, Madame. D�s ma jeunesse, on m�avait pr�sent� cet avenir comme une n�cessit�. Je n�avais ni force ni volont�. On ne me consultait pas, d�ailleurs, on ordonnait, et je n�avais pas autre chose � faire que d�ob�ir.
� Cependant�
� Madame, nous n�avons, nous autres filles romaines, que d�sirs et impuissance. Nous aimons le monde comme les damn�s aiment le paradis, sans le conna�tre. D�ailleurs, j��tais entour�e d�exemples qui m�eussent condamn�e si l�id�e m��tait venue de r�sister, mais elle ne me vint pas. Toutes les amies que j�avais connues et qui, comme moi, avaient des fr�res, avaient pay� leur dette � l�illustration de la famille. J�aurais �t� mal fond�e � me plaindre; on ne me demandait rien qui sort�t des habitudes g�n�rales. Ma m�re me caressa un peu plus seulement, quand le jour s�approcha pour moi de la quitter.