Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Merde ! s’exclama Malika, les lèvres pincées, une boule d’angoisse dans la gorge. Putain, on dirait Leïla, c’est pas possible !
Yves accéléra. Ils avaient réussi à passer. Pendant des kilomètres, ils ne lâchèrent pas un mot. Ils croisèrent plusieurs véhicules de secours, d’abord les services d’urgence de l’autoroute, puis des flics, puis des pompiers et encore des flics et encore des pompiers… La sueur perlait sur son front. Son pied se fit plus lourd.
15
Yves conduisait toujours, l’impression d’être devenu un automate, les muscles durcis par l’émotion, le regard fixe. À côté de lui, Malika ne desserrait pas les dents. Il la vit se pencher vers la boîte à gants.
— Il faut que j’appelle Eduardo.
Il haussa les épaules.
— Excuse-moi. Je ne sais pas pourquoi je te parle ! Et je me fous de ce que tu penses, t’es là pour conduire et rien de plus. Tu as raison, ferme-la, c’est mieux.
Ambiance. S’il voulait mettre les voiles, échapper à cette garce ne serait pas simple, de là à la tuer… !
Le téléphone du Mexicain vibra : Fahrid. On avait dit « pas d’appels en dehors de certains créneaux horaires ». S’il actionnait son portable, c’est qu’il y avait une merde. Il décrocha, presque sur la défensive :
— Ouais.
— C’est moi. Salut, mon ami, j’aimerais bien te voir. Je vais sortir du boulot, on se voit dehors.
Le ton se voulait badin, un stratagème comme un autre pour brouiller et se protéger d’éventuelles surveillances téléphoniques. Eduardo y vit la confirmation de ce qu’il redoutait. Il se passait quelque chose de grave et son correspondant voulait quitter l’autoroute pour lui parler. Il tapa sur l’épaule de son chauffeur.
— Ralentis, on doit attendre le premier 4 × 4.
La brute au volant leva aussitôt le pied, un œil sur son rétroviseur, l’autre sur la route, quand le programme musical s’interrompit pour laisser place à un point de circulation. « On nous signale à l’instant, sur l’autoroute au nord de Tarragone, un très grave carambolage mettant en cause un semi-remorque et un camping-car… Les voitures accidentées sont en feu et les secours arrivent actuellement sur zone. Nous en saurons plus dans les minutes à venir. On constate déjà un arrêt total de la circulation en amont et en aval, cela en raison des risques d’explosion des véhicules en flammes. » Eduardo comprit que cet accident n’était pas étranger à l’appel.
— Merde, merde, et merde !
Il se retourna. Fahrid n’arrivait toujours pas. Pourvu qu’il ait pu passer ! Qu’en était-il de l’autre voiture avec cet imbécile de Français ? Il allait l’appeler quand s’afficha le nom de Malika. Elle était avec ce crétin. C’était forcément une mauvaise nouvelle. Des grésillements, la communication n’était pas bonne : « Accident… Leïla… Embouteillages ». Pas envie d’essayer de faire le lien entre ces bribes d’éléments, tant ils sentaient mauvais. En urgence, il fallait bloquer les deux motards de l’escorte pour qu’ils s’arrêtent et attendent de nouvelles instructions. Toujours pas de réseau, quand apparut enfin la calandre du Cayenne. Eduardo se cala à nouveau sur son siège. Malgré la boule toujours présente au fond de son estomac, il respirait mieux.
— Il va nous suivre. Tu prends la prochaine sortie.
Le chauffeur s’assura de la position de Fahrid dans son rétroviseur. Sa réaction de surprise n’échappa pas à Eduardo.
— Patron, c’est bizarre. Je crois qu’il est tout seul, à moins qu’elle soit en train de lui faire une gâterie.
— Qu’est-ce que tu racontes, Cabron ?
L’inquiétude gommait le peu d’humour qui restait au Mexicain. Il défit sa ceinture et se retourna. Qu’est-ce que c’était que cette merde ? Que s’était-il passé ? Leïla s’était barrée ? Il l’avait foutue dehors de la voiture ? Ridicule… Impossible… Ils avaient été contrôlés par les flics et elle avait été serrée. Non, Fahrid serait en train de foncer pour échapper à la mise en place d’un barrage.
Un panneau indiquait la direction de Vilafranca del Penedes.
— Sors là !
Le 4 × 4 les suivit sur la bretelle de sortie.
— Ouvre l’œil. Fais gaffe à tout. S’il y a un contrôle, tu passes en force.
Eduardo caressait la crosse de son Beretta. Une balle dans le canon, il était prêt à s’en servir quand Malika le rappela, cette fois avec du réseau. Il blêmit. Ce qu’il entendait était bien pire que ce à quoi il s’attendait. La mort de Leïla ne serait pas facile à annoncer, elle n’était pas n’importe qui. Avant tout, il devait donner d’urgence sa position aux motards, quitte à interrompre la conversation avec la jeune femme.
— On vient de sortir de l’autoroute. Faites comme nous, et je vous dirai plus tard comment nous rejoindre. Je dois passer un appel urgent.
À Raynal, il se contenta d’indiquer le nom de la sortie.
Malgré le soleil et une température agréable, il était gelé. Si ça merdait, il serait considéré comme responsable. Comme dans la vraie vie, chez les mafieux, la faute incombait toujours aux lampistes. Seule la nature de la sanction faisait la différence. Il imagina son corps au fond d’un trou creusé dans une forêt. Il pensa au pire, à des trucs qu’il avait vus ou faits : un mec bouffé par des cochons, un autre bazardé vivant en mer, un seau de ciment à chaque pied. Prémonitoire, il se rappelait avoir vu la mort dans leurs yeux. Non, il ne pouvait pas finir comme ça. Pas lui !
— Où on va, chef ?
— Il suit ?
— Oui, il est derrière.
— Prends la direction de l’Andorre. On avisera sur la route. Et surveille qu’on ne le perde pas. Je te dirai quand t’arrêter.
La recherche d’un coin tranquille, mais surtout d’un endroit sans caméras, éliminait déjà les parkings de supermarchés, d’entreprises ou les endroits à forte fréquentation.
Une haie, quelques arbres, un chemin de terre… Il cria presque en saisissant le bras du chauffeur.
— Là ! Rentre là-dedans et fais demi-tour. Tu n’arrêtes pas le moteur. Tu restes au volant, prêt à démarrer.
Fahrid suivait. Le Mexicain sortit pour aller vers lui. En contournant la voiture, il remarqua la vitre cassée. Avant qu’il n’ait posé la moindre question, Fahrid déroula les détails des événements. En apprenant qu’il avait abandonné le corps de la fille sur la route, la première réaction du tueur fut de le buter, ou au moins de lui écraser le nez d’un magistral coup de poing, et puis il réalisa que le jeune avait agi au mieux. Se balader avec un cadavre dans la bagnole aurait été trop risqué et, vu le chargement, il ne pouvait pas la mettre dans le coffre… D’ici que les flics identifient Leïla et comprennent ce que faisait cette femme au milieu de la route, ils seraient loin.
Pour se donner le temps de réfléchir, Fahrid se passa la main sur le front. Parler à Eduardo lui enlevait une partie de sa superbe. Il avait les nerfs solides, mais avait conscience que jouer avec le Mexicain pouvait être plus dangereux que de conduire une voiture de sport le long d’une falaise. Il se força à soutenir son regard en faisant de son mieux pour ne rien laisser paraître. Eduardo appuya ses deux mains contre la portière et trancha :