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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Vous me permettrez aussi, monsieur le divisionnaire, de féliciter vos hommes pour avoir repéré Trarieux aussi rapidement avec aussi peu d’éléments. C’est remarquable.

Là, évidemment, il en fait un peu trop.

— Vous êtes en campagne électorale ? demande Camille. C’est une marque de fabrique, chez vous ?

Le Guen retousse. Re-silence. Louis se pince les lèvres avec délectation, Armand sourit à ses chaussures, les autres se demandent dans quoi ils sont tombés.

— Commandant, répond le juge, je connais vos états de service. Je connais aussi votre histoire personnelle, qui est intimement liée à votre métier.

Cette fois, les sourires de Louis et d’Armand se figent. Les esprits de Camille et de Le Guen entrent en alerte maximale. Le juge s’est avancé, pas trop près pour ne pas donner l’impression de toiser le commandant.

— Si vous avez le sentiment que cette affaire… comment dirais-je… résonne trop fort dans votre vie personnelle, je serai le premier à le comprendre.

L’avertissement est clair, la menace à peine voilée.

— Je suis certain que le divisionnaire Le Guen pourra nommer sur cette enquête quelqu’un de moins impliqué. Mais-mais-mais-mais-mais… (cette fois, il ouvre grand les deux mains comme s’il voulait retenir les nuages), mais… je m’en remets à vous, commandant. En toute confiance.

Pour Camille, c’est définitif, ce type est un enculé.

Mille fois dans sa vie, Camille a compris ce que peuvent ressentir les criminels occasionnels, ceux qui ont tué sans intention, débordés par leur colère, leur aveuglement, il en a arrêté des dizaines. Des hommes qui ont étranglé leur femme, des femmes qui ont poignardé leur mari, des fils qui ont poussé leur père par la fenêtre, des amis qui ont tiré sur leurs amis, des voisins qui ont écrasé le fils d’un autre voisin, et il cherche dans sa mémoire le cas d’un commandant de police ayant sorti son arme de service pour tirer sur un juge, au milieu du front. Au lieu de ça, il ne dit rien. Il hoche simplement la tête. Ça lui coûte immensément de ne rien dire, parce que le magistrat vient de faire une ignoble référence à Irène, mais c’est justement au nom de ça qu’il se force à se taire, parce qu’une femme a été enlevée et qu’il a juré de la retrouver vivante. Le juge le sait, le juge le comprend et visiblement, de ce mutisme, le juge prend avantage.

— Bien, dit-il avec une satisfaction prononcée. Maintenant que les ego ont cédé la place au sens du service, je crois que vous pouvez vous remettre au travail.

Camille va le tuer. Il en est certain. Ça prendra le temps qu’il faudra mais ce type, il va le tuer. De ses propres mains.

Le juge se tourne vers Le Guen en soignant sa sortie :

— Bien sûr monsieur le divisionnaire, dit-il d’une voix finement pesée, vous me tenez étroitement informé.

— Deux urgences, explique Camille à son équipe. D’abord, faire un portrait de ce Trarieux, comprendre sa vie. C’est dans sa vie qu’on va trouver la trace de cette fille, et peut-être son identité. Parce que le premier problème est là, on ne sait toujours rien d’elle, ni qui elle est ni, à plus forte raison, pourquoi il l’a enlevée. Ce qui amène au second point, le seul fil que nous pouvons tirer, ce sont les contacts connus de Trarieux qui figurent dans son téléphone, sur l’ordinateur de son fils et dont il s’est servi. A priori, c’est déjà ancien, plusieurs semaines si on en croit les historiques, mais c’est tout ce qu’on a.

C’est peu. Les seules certitudes dont on dispose à cette heure sont alarmantes. Personne ne peut dire ce que Trarieux avait l’intention de faire de cette fille pour l’avoir ainsi enfermée dans cette cage suspendue mais, maintenant qu’il est mort, aucun doute, elle n’a plus beaucoup de temps à vivre. Personne ne met les mots sur la nature du danger, ça s’appelle la déshydratation, l’inanition, on sait que ce sont des morts douloureuses, interminables. Sans compter les rats. Marsan intervient le premier. C’est le technicien qui servira d’intermédiaire entre la brigade Verhœven et les équipes techniques qui travaillent sur le dossier.

— Même si on la retrouve vivante, dit-il, la déshydratation peut laisser des séquelles neurologiques irréversibles. Vous risquez de trouver un légume.

Lui ne prend pas de gants. Il a raison, pense Camille. Moi, je n’ose pas parce que j’ai peur et ce n’est pas avec de la peur que je vais retrouver cette fille. Il s’ébroue.

— Le fourgon ? demande-t-il.

— Passé au peigne fin la nuit dernière, répond Marsan en consultant ses notes. On a trouvé des cheveux et du sang, on a donc l’ADN de la victime mais comme elle n’est pas fichée, on ne sait toujours pas qui elle est.

— Le portrait-robot ?

Trarieux portait, dans une poche intérieure, une photo de son fils, prise dans une fête foraine. Il est accompagné d’une fille qu’il tient par le cou mais la photo a baigné dans le sang et, de toute manière, elle est prise d’un peu loin. La fille est assez grosse, pas sûr qu’il s’agisse de la même. Les clichés stockés dans le téléphone sont plus prometteurs.

— On devrait obtenir un assez bon résultat, dit Marsan. C’est un téléphone bas de gamme mais on a de bons plans du visage, sous différents angles, à peu près tout ce qu’il nous faut. Vous aurez ça dans l’après-midi.

L’analyse des lieux aura son importance. Sauf que les photos sont prises en plan rapproché ou très rapproché, on voit très peu de chose du local dans lequel la jeune femme est enfermée. Les techniciens les ont scannées, ils ont fait des mesures, des analyses, des projections, des recherches…

— La nature du bâtiment reste inconnue, commente Marsan. En fonction de l’heure où les images ont été prises et de la qualité de la lumière, on a la certitude qu’il est orienté nord-est. C’est extrêmement courant. Les photos n’offrent aucune perspective, aucune profondeur, impossible donc d’évaluer la dimension des pièces. La lumière est plongeante, on estime la hauteur des plafonds à au moins quatre mètres. Peut-être plus, on ne sait pas. Le sol est en béton, il y a sans doute des fuites d’eau. Toutes les images sont prises à la lumière naturelle, il n’y a peut-être pas d’alimentation électrique. Pour ce qui est du matériel utilisé par le ravisseur, vu le peu qu’on en voit, rien de notable. La caisse est en bois brut, courant, elle est montée par vissage simple, l’anneau en Inox qui la retient est standard, tout comme la corde qu’on aperçoit, chanvre classique, rien à signaler. Les rats, a priori, ne sont pas des animaux d’élevage. On penche donc pour un bâtiment vide, désaffecté.

— La date et l’heure des photos prouvent que Trarieux y allait au moins deux fois par jour, dit Camille. Le périmètre est donc limité à la banlieue parisienne.

Autour de lui, on hoche la tête, on approuve, Camille voit bien que ce qu’il vient de dire, tout le monde le savait déjà. Fugitivement, il se voit chez lui, avec Doudouche, il n’a plus envie d’être là, il aurait dû accepter de passer la main quand Morel est rentré. Il ferme les yeux. Se reprendre.

Louis propose qu’Armand soit chargé d’établir un descriptif sommaire du lieu sur la base des éléments dont on dispose et de le diffuser dans toute l’Île-de-France en insistant sur son caractère urgent. Camille dit qu’il est d’accord, oui, bien sûr. On ne se fait pas d’illusions. Les informations sont tellement succinctes qu’elles pourraient correspondre à trois bâtiments sur cinq, que, renseignements pris par Armand auprès des préfectures, il existe, en région parisienne, soixante-quatre sites classés « friche industrielle », sans compter plusieurs centaines d’immeubles et de bâtiments divers désaffectés.

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