Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Bien, grommela le baron; il ne nous manque plus que cela� malade!
Puis, entre ses dents:
� Peste soit des b�gueules! ajouta-t-il.
Et il rentra dans la chambre de sa fille, o� minutieusement il s�occupa de chercher tout ce qui pouvait aider ses conjectures et lui faire une opinion.
Pendant ce temps, Andr�e traversait l�esplanade et longeait les parterres. Elle levait parfois la t�te pour chercher en l�air de plus vigoureuses aspirations; car le parfum des fleurs nouvelles montait trop violemment � son cerveau et en �branlait chaque fibre.
Ainsi frapp�e, chancelante sous le soleil, et cherchant un appui autour d�elle, la jeune fille parvint, en combattant un malaise inconnu, jusqu�aux antichambres de Trianon, o� madame de Noailles, debout sur le seuil du cabinet de la dauphine, fit comprendre du premier mot � Andr�e qu�il �tait l�heure et qu�on l�attendait.
En effet, l�abb� ***, lecteur en titre de la princesse, d�jeunait avec Son Altesse royale, qui admettait souvent � de pareilles faveurs les personnes de son intimit�.
L�abb� vantait l�excellence de ces pains au beurre que les m�nag�res allemandes savent entasser si industrieusement autour d�une tasse de caf� � la cr�me.
L�abb� parlait au lieu de lire et racontait � la dauphine toutes les nouvelles de Vienne qu�il avait recueillies chez les gazetiers et chez les diplomates; car, � cette �poque, la politique se faisait en plein air, aussi bonne, ma foi, que dans les antres les plus secrets des chancelleries, et il n��tait point rare, au minist�re, d�apprendre des nouvelles que ces messieurs du Palais-Royal ou des quinconces de Versailles avaient devin�es, sinon forg�es.
L�abb� causait surtout des derni�res rumeurs d�une �meute clandestine � propos de la chert� des grains, �meute, disait-il, que M. de Sartine avait arr�t�e tout net en faisant conduire � la Bastille cinq des plus forts accapareurs.
Andr�e entra: la dauphine, elle aussi, avait ses jours de fantaisie et de migraine; l�abb� l�avait int�ress�e: le livre d�Andr�e arrivant apr�s la causerie l�ennuya.
En cons�quence, elle dit � sa lectrice en second de faire en sorte de ne pas manquer l�heure, ajoutant que telle chose bonne en soi l��tait surtout dans son opportunit�.
Andr�e, confuse du reproche et p�n�tr�e surtout de l�injustice, ne r�pliqua rien, quoiqu�elle e�t pu dire qu�elle avait �t� retenue par son p�re et forc�e de venir lentement, attendu qu�elle �tait souffrante.
Non, troubl�e, oppress�e, elle pencha la t�te, et, comme ci elle allait mourir, ferma les yeux et perdit l��quilibre.
Sans madame de Noailles, elle tombait.
� Que vous avez peu de maintien, mademoiselle! murmura madame l��tiquette.
Andr�e ne r�pondit pas.
� Mais, duchesse, elle se trouve mal! s��cria la dauphine en se levant pour courir � Andr�e.
� Non, non, r�pliqua vivement Andr�e, les yeux pleins de larmes, non, Votre Altesse, je suis bien, ou plut�t je suis mieux.
� Mais elle est blanche comme son mouchoir, duchesse, voyez donc. Au fait, c�est ma faute, je l�ai grond�e. Pauvre enfant, asseyez-vous, je le veux.
� Madame�
� Voyons, quand j�ordonne!� Donnez-lui votre pliant, l�abb�.
Andr�e s�assit, et peu � peu, sous la douce influence de cette bont�, son esprit se rass�r�na, les couleurs remont�rent � ses joues.
� Eh bien, mademoiselle, pouvez-vous lire, maintenant? demanda la dauphine.
� Oh! oui, bien certainement; je l�esp�re, du moins.
Et Andr�e ouvrit le livre � l�endroit o� elle avait abandonn� sa lecture de la veille, et, d�une voix qu�elle essayait de poser pour la rendre la plus intelligible et la plus agr�able possible, elle commen�a.
Mais � peine ses regards eurent-ils parcouru la valeur de deux ou trois pages, que des petits atomes noirs voltigeant devant ses yeux se mirent � tourbillonner, � trembloter, et devinrent ind�chiffrables.
Andr�e p�lit de nouveau; une sueur froide monta de sa poitrine � son front, et ce cercle noir que Taverney reprochait si am�rement aux paupi�res de sa fille s�agrandit, s�agrandit de telle fa�on, que la dauphine, � qui l�h�sitation d�Andr�e avait fait lever la t�te, s��cria:
� Encore!� Voyez, duchesse, en v�rit� cette enfant est malade, elle perd connaissance.
Et, cette fois, la dauphine elle-m�me recourut � un flacon de sels qu�elle fit respirer � sa lectrice. Ainsi ranim�e, Andr�e voulut essayer de ramasser le livre, mais ce fut en vain; ses mains avaient conserv� un tremblement nerveux que rien ne put apaiser durant quelques minutes.
� D�cid�ment, duchesse, dit la dauphine, Andr�e est souffrante, et je ne veux pas qu�elle aggrave son mal en restant ici.
� Alors il faut que mademoiselle retourne promptement chez elle, fit la duchesse.
� Et pourquoi cela, madame? demanda la dauphine.
� Parce que, r�pliqua la dame d�honneur avec une profonde r�v�rence, parce que c�est ainsi que commence la petite v�role.
� La petite v�role?�
� Oui, des �vanouissements, des syncopes, des frissons.
L�abb� se crut essentiellement compromis dans le danger que signalait madame de Noailles, car il leva le si�ge et, gr�ce � la libert� que lui donnait cette indisposition d�une femme, il s�esquiva sur la pointe du pied et si adroitement, que personne ne remarqua sa disparition.
Lorsque Andr�e se vit pour ainsi dire entre les bras de la dauphine, la honte d�avoir incommod� � ce point une aussi grande princesse lui rendit des forces, ou plut�t du courage; elle s�approcha donc de la fen�tre pour respirer.
� Ce n�est pas ainsi qu�il faut prendre l�air, ma ch�re demoiselle, dit madame la dauphine; retournez chez vous, je vous ferai accompagner.
� Oh! je vous assure, madame, dit Andr�e, que me voil� tout � fait remise; j�irai bien chez moi seule, puisque Votre Altesse veut bien me donner la permission de me retirer.
� Oui, oui et, soyez tranquille, reprit la dauphine, on ne vous grondera plus, puisque vous �tes si sensible, petite rus�e.
Andr�e, touch�e de cette bont�, qui ressemblait � une amiti� de s�ur, baisa la main de sa protectrice et sortit de l�appartement, tandis que la dauphine la suivait des yeux avec inqui�tude.
Lorsqu�elle fut au bas des degr�s, la dauphine lui cria de la fen�tre:
� Ne rentrez pas tout de suite, mademoiselle, promenez-vous un peu dans les parterres, ce soleil vous fera du bien.
� Oh! mon Dieu, madame, que de gr�ces! murmura Andr�e.
� Et puis faites-moi le plaisir de me renvoyer l�abb�, qui fait l�-bas son cours de botanique dans un carr� de tulipes de Hollande.
Andr�e, pour aller joindre l�abb�, fut contrainte de faire un d�tour; elle traversa le parterre.
Elle allait t�te baiss�e, un peu lourde encore du poids des �tourdissements �tranges qui la faisaient souffrir depuis le matin; elle ne donnait aucune attention aux oiseaux qui se poursuivaient effarouch�s sur les haies et les charmilles en fleurs, ni aux abeilles bourdonnant sur le thym et le lilas.
Elle ne remarquait pas m�me, � vingt pas d�elle, deux hommes qui causaient ensemble, et dont l�un la suivait d�un regard troubl� et inquiet.
C��taient Gilbert et M. de Jussieu.
Le premier, appuy� sur sa b�che, �coutait le savant professeur, qui lui expliquait la mani�re d�arroser les plantes l�g�res, de fa�on � ce que l�eau pass�t seulement par les terres sans y s�journer.
Gilbert semblait �couter la d�monstration avec avidit�, et M. de Jussieu ne trouvait rien que de naturel dans cette ardeur pour la science, car la d�monstration �tait de celles qui soul�vent les applaudissements sur les bancs des �coliers, dans un cours public; or, pour un pauvre gar�on jardinier, n��tait-ce point une bonne fortune inappr�ciable que la le�on d�un si grand ma�tre donn�e en pr�sence m�me de la nature?
� Vous avez, voyez-vous, mon enfant, vous avez ici quatre sortes de terrains, disait M. de Jussieu, et, si je voulais, j�en d�couvrirais dix autres m�l�s � ces quatre principaux. Mais, pour l�apprenti jardinier, la distinction serait un peu subtile. Toujours est-il que le fleuriste doit go�ter la terre, comme le jardinier doit go�ter les fruits. Vous m�entendez bien, n�est-ce pas, Gilbert?