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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Un cavalier, attir� par l�appel du baron, accourut � la porti�re du carrosse: c��tait Philippe de Taverney, avec un uniforme de capitaine. Le jeune homme �tait tout � la fois joyeux et splendide:

� Tiens! Gilbert! dit-il avec bonhomie en reconnaissant le jeune homme. Gilbert ici! Bonjour, Gilbert� Que d�sirez-vous de moi, mon p�re?

� Bonjour, monsieur Philippe, r�pondit le jeune homme.

� Ce que je d�sire, s��cria le baron p�le de fureur, c�est que tu prennes la gaine de ton �p�e et que tu en ch�ties ce dr�le-l�!

� Mais qu�a-t-il fait? demanda Philippe en regardant tour � tour et avec un �tonnement croissant la fureur du baron et l�effrayante impassibilit� de Gilbert.

� Il a fait, il a fait!� s��cria le baron. Frappe, Philippe, comme sur un chien.

Taverney se retourna vers sa s�ur.

� Qu�a-t-il donc fait, Andr�e? Dites, vous aurait-il insult�e?

� Moi! s��cria Gilbert.

� Non, rien, Philippe, r�pondit Andr�e, non; il n�a rien fait, mon p�re s��gare. M. Gilbert n�est plus � notre service, il a donc parfaitement le droit d��tre o� il lui pla�t d�aller. Mon p�re ne veut pas comprendre cela, et, en le retrouvant ici, il s�est mis en col�re.

� C�est l� tout? demanda Philippe.

� Absolument, mon fr�re, et je ne comprends rien au courroux de M. de Taverney, surtout � un pareil propos et quand choses et gens ne m�ritent pas m�me un regard. Voyez, Philippe, si nous avan�ons.

Le baron se tut, dompt� par la s�r�nit� toute royale de sa fille.

Gilbert baissa la t�te, �cras� par ce m�pris. Il y eut un �clair qui passa � travers son c�ur et qui ressemblait � celui de la haine. Il e�t pr�f�r� un coup mortel de l��p�e de Philippe, et m�me un coup sanglant de son fouet.

Il faillit s��vanouir.

Par bonheur, en ce moment, la harangue �tait achev�e; il en r�sulta que les carrosses reprirent leur mouvement.

Celui du baron s��loigna peu � peu, d�autres le suivirent; Andr�e s�effa�ait comme dans un r�ve.

Gilbert demeura seul, pr�t � pleurer, pr�t � rugir, incapable, il le croyait du moins, de soutenir le poids de son malheur.

Alors une main se posa sur son �paule.

Il se retourna et vit Philippe, qui, ayant mis pied � terre et donn� son cheval � tenir � un soldat de son r�giment, revenait tout souriant � lui.

� Voyons, qu�est-il donc arriv�, mon pauvre Gilbert, et pourquoi es-tu � Paris?

Ce ton franc et cordial toucha le jeune homme.

� Eh! monsieur, dit-il avec un soupir arrach� � son sto�cisme farouche, qu�euss�-je fait � Taverney? Je vous le demande. J�y fusse mort de d�sespoir, d�ignorance et de faim!

Philippe tressaillit, car son esprit impartial �tait frapp�, comme l�avait �t� Andr�e, du douloureux abandon o� l�on avait laiss� le jeune homme.

� Et tu crois donc r�ussir � Paris, pauvre enfant, sans argent, sans protection, sans ressources?

� Je le crois, monsieur; l�homme qui veut travailler meurt rarement de faim, l� o� il y a d�autres hommes qui d�sirent ne rien faire.

Philippe tressaillit � cette r�ponse. Jamais il n�avait vu dans Gilbert qu�un familier sans importance.

� Manges-tu, au moins? dit-il.

� Je gagne mon pain, monsieur Philippe, et il n�en faut pas davantage � celui qui ne s�est jamais fait qu�un reproche, c�est de manger celui qu�il ne gagnait pas.

� Tu ne dis pas cela, je l�esp�re, pour celui qu�on t�a donn� � Taverney, mon enfant? Ton p�re et ta m�re �taient de bons serviteurs du ch�teau, et toi m�me te rendais facilement utile.

� Je ne faisais que mon devoir, monsieur.

� �coute, Gilbert, continua le jeune homme; tu sais que je t�ai toujours aim�; je t�ai toujours vu autrement que les autres; est-ce � tort? est-ce � raison? l�avenir me l�apprendra. Ta sauvagerie m�a paru d�licatesse; ta rudesse, je l�appelle fiert�.

� Ah! monsieur le chevalier! fit Gilbert respirant.

� Je te veux donc du bien, Gilbert.

� Merci, monsieur.

� J��tais jeune comme toi, malheureux comme toi dans ma position; de l� vient peut-�tre que je t�ai compris. La fortune un jour m�a souri; eh bien, laisse-moi t�aider, Gilbert, en attendant que la fortune te sourie � ton tour.

� Merci, merci, monsieur.

� Que veux-tu faire? Voyons, tu es trop sauvage pour te mettre en condition.

Gilbert secoua la t�te avec un m�prisant sourire.

� Je veux �tudier, dit-il.

� Mais, pour �tudier, il faut des ma�tres, et, pour payer des ma�tres, il faut de l�argent.

� J�en gagne, monsieur.

� Tu en gagnes! dit Philippe en souriant; et combien gagnes-tu? Voyons!

� Je gagne vingt-cinq sous par jour, et j�en puis gagner trente et m�me quarante.

� Mais c�est tout juste ce qu�il faut pour manger.

Gilbert sourit.

� Voyons, je m�y prends mal peut-�tre pour t�offrir mes services.

� Vos services � moi, monsieur Philippe?

� Sans doute, mes services. Rougis-tu de les accepter?

Gilbert ne r�pondit point.

� Les hommes sont ici-bas pour s�entraider, continua Maison-Rouge; ne sont-ils pas fr�res?

Gilbert releva la t�te et attacha ses yeux si intelligents sur la noble figure du jeune homme.

� Ce langage t��tonne? dit Philippe.

� Non, monsieur, dit Gilbert, c�est le langage de la philosophie; seulement, je n�ai pas l�habitude de l�entendre chez des gens de votre condition.

� Tu as raison, et cependant ce langage est celui de notre g�n�ration. Le dauphin lui-m�me partage ces principes. Voyons, ne fais pas le fier avec moi, continua Philippe, et ce que je t�aurai pr�t�, tu me le rendras plus tard. Qui sait si tu ne seras pas un jour un Colbert ou un Vauban?

� Ou un Tronchin, dit Gilbert.

� Soit. Voici ma bourse, partageons.

� Merci, monsieur, dit l�indomptable jeune homme, touch�, sans vouloir en convenir, de cette admirable expansion de Philippe; merci, je n�ai besoin de rien; seulement� seulement, je vous suis reconnaissant bien plus que si j�eusse accept� votre offre, soyez-en s�r.

Et l�-dessus, saluant Philippe stup�fait, il regagna vivement la foule, dans laquelle il se perdit.

Le jeune capitaine attendit plusieurs secondes, comme s�il ne pouvait en croire ni ses yeux ni ses oreilles; mais, voyant que Gilbert ne reparaissait point, il remonta sur son cheval et regagna son poste.

Chapitre 50. La poss�d�e

Tout le fracas de ces chars retentissants, tout le bruit de ces cloches chantant � pleines vol�es, tous ces roulements de tambours joyeux, toute cette majest�, reflet des majest�s du monde perdu pour elle, gliss�rent sur l��me de Madame Louise et vinrent expirer, comme le flot inutile, au pied des murs de sa cellule.

Quand le roi fut parti, apr�s avoir inutilement essay� de rappeler en p�re et en souverain, c�est-�-dire par un sourire auquel succ�d�rent des pri�res qui ressemblaient � des ordres, sa fille au monde; quand la dauphine, que frappa du premier coup d��il cette grandeur d��me v�ritable de son auguste tante, eut disparu avec son tourbillon de courtisans, la sup�rieure des carm�lites fit descendre les tentures, enlever les fleurs, d�tacher les dentelles.

De toute la communaut� encore �mue, elle seule ne sourcilla point quand les lourdes portes du couvent, un instant ouvertes sur le monde, roul�rent pesamment et se referm�rent avec bruit entre le monde et la solitude.

Puis elle fit venir la tr�sori�re.

� Pendant ces deux jours de d�sordre, demanda-t-elle, les pauvres ont-ils re�u les aum�nes accoutum�es?

� Oui, Madame.

� Les malades ont-ils �t� visit�s comme de coutume?

� Oui, Madame.

� A-t-on cong�di� les soldats un peu rafra�chis?

� Tous ont re�u le pain et le vin que Madame avait fait pr�parer.

� Ainsi rien n�est en souffrance dans la maison?

� Rien, Madame.

Madame Louise s�approcha de la fen�tre et aspira doucement la fra�cheur embaum�e qui montait du jardin sur l�aile humide des heures voisines de la nuit.

La tr�sori�re attendait respectueusement que l�auguste abbesse donn�t un ordre ou un cong�.

Madame Louise, Dieu seul sait � quoi songeait la pauvre recluse royale en ce moment, Madame Louise effeuillait des roses � haute tige qui montaient jusqu�� sa fen�tre, et des jasmins qui tapissaient les murailles de la cour.

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