Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Un cavalier, attir� par l�appel du baron, accourut � la porti�re du carrosse: c��tait Philippe de Taverney, avec un uniforme de capitaine. Le jeune homme �tait tout � la fois joyeux et splendide:
� Tiens! Gilbert! dit-il avec bonhomie en reconnaissant le jeune homme. Gilbert ici! Bonjour, Gilbert� Que d�sirez-vous de moi, mon p�re?
� Bonjour, monsieur Philippe, r�pondit le jeune homme.
� Ce que je d�sire, s��cria le baron p�le de fureur, c�est que tu prennes la gaine de ton �p�e et que tu en ch�ties ce dr�le-l�!
� Mais qu�a-t-il fait? demanda Philippe en regardant tour � tour et avec un �tonnement croissant la fureur du baron et l�effrayante impassibilit� de Gilbert.
� Il a fait, il a fait!� s��cria le baron. Frappe, Philippe, comme sur un chien.
Taverney se retourna vers sa s�ur.
� Qu�a-t-il donc fait, Andr�e? Dites, vous aurait-il insult�e?
� Moi! s��cria Gilbert.
� Non, rien, Philippe, r�pondit Andr�e, non; il n�a rien fait, mon p�re s��gare. M. Gilbert n�est plus � notre service, il a donc parfaitement le droit d��tre o� il lui pla�t d�aller. Mon p�re ne veut pas comprendre cela, et, en le retrouvant ici, il s�est mis en col�re.
� C�est l� tout? demanda Philippe.
� Absolument, mon fr�re, et je ne comprends rien au courroux de M. de Taverney, surtout � un pareil propos et quand choses et gens ne m�ritent pas m�me un regard. Voyez, Philippe, si nous avan�ons.
Le baron se tut, dompt� par la s�r�nit� toute royale de sa fille.
Gilbert baissa la t�te, �cras� par ce m�pris. Il y eut un �clair qui passa � travers son c�ur et qui ressemblait � celui de la haine. Il e�t pr�f�r� un coup mortel de l��p�e de Philippe, et m�me un coup sanglant de son fouet.
Il faillit s��vanouir.
Par bonheur, en ce moment, la harangue �tait achev�e; il en r�sulta que les carrosses reprirent leur mouvement.
Celui du baron s��loigna peu � peu, d�autres le suivirent; Andr�e s�effa�ait comme dans un r�ve.
Gilbert demeura seul, pr�t � pleurer, pr�t � rugir, incapable, il le croyait du moins, de soutenir le poids de son malheur.
Alors une main se posa sur son �paule.
Il se retourna et vit Philippe, qui, ayant mis pied � terre et donn� son cheval � tenir � un soldat de son r�giment, revenait tout souriant � lui.
� Voyons, qu�est-il donc arriv�, mon pauvre Gilbert, et pourquoi es-tu � Paris?
Ce ton franc et cordial toucha le jeune homme.
� Eh! monsieur, dit-il avec un soupir arrach� � son sto�cisme farouche, qu�euss�-je fait � Taverney? Je vous le demande. J�y fusse mort de d�sespoir, d�ignorance et de faim!
Philippe tressaillit, car son esprit impartial �tait frapp�, comme l�avait �t� Andr�e, du douloureux abandon o� l�on avait laiss� le jeune homme.
� Et tu crois donc r�ussir � Paris, pauvre enfant, sans argent, sans protection, sans ressources?
� Je le crois, monsieur; l�homme qui veut travailler meurt rarement de faim, l� o� il y a d�autres hommes qui d�sirent ne rien faire.
Philippe tressaillit � cette r�ponse. Jamais il n�avait vu dans Gilbert qu�un familier sans importance.
� Manges-tu, au moins? dit-il.
� Je gagne mon pain, monsieur Philippe, et il n�en faut pas davantage � celui qui ne s�est jamais fait qu�un reproche, c�est de manger celui qu�il ne gagnait pas.
� Tu ne dis pas cela, je l�esp�re, pour celui qu�on t�a donn� � Taverney, mon enfant? Ton p�re et ta m�re �taient de bons serviteurs du ch�teau, et toi m�me te rendais facilement utile.
� Je ne faisais que mon devoir, monsieur.
� �coute, Gilbert, continua le jeune homme; tu sais que je t�ai toujours aim�; je t�ai toujours vu autrement que les autres; est-ce � tort? est-ce � raison? l�avenir me l�apprendra. Ta sauvagerie m�a paru d�licatesse; ta rudesse, je l�appelle fiert�.
� Ah! monsieur le chevalier! fit Gilbert respirant.
� Je te veux donc du bien, Gilbert.
� Merci, monsieur.
� J��tais jeune comme toi, malheureux comme toi dans ma position; de l� vient peut-�tre que je t�ai compris. La fortune un jour m�a souri; eh bien, laisse-moi t�aider, Gilbert, en attendant que la fortune te sourie � ton tour.
� Merci, merci, monsieur.
� Que veux-tu faire? Voyons, tu es trop sauvage pour te mettre en condition.
Gilbert secoua la t�te avec un m�prisant sourire.
� Je veux �tudier, dit-il.
� Mais, pour �tudier, il faut des ma�tres, et, pour payer des ma�tres, il faut de l�argent.
� J�en gagne, monsieur.
� Tu en gagnes! dit Philippe en souriant; et combien gagnes-tu? Voyons!
� Je gagne vingt-cinq sous par jour, et j�en puis gagner trente et m�me quarante.
� Mais c�est tout juste ce qu�il faut pour manger.
Gilbert sourit.
� Voyons, je m�y prends mal peut-�tre pour t�offrir mes services.
� Vos services � moi, monsieur Philippe?
� Sans doute, mes services. Rougis-tu de les accepter?
Gilbert ne r�pondit point.
� Les hommes sont ici-bas pour s�entraider, continua Maison-Rouge; ne sont-ils pas fr�res?
Gilbert releva la t�te et attacha ses yeux si intelligents sur la noble figure du jeune homme.
� Ce langage t��tonne? dit Philippe.
� Non, monsieur, dit Gilbert, c�est le langage de la philosophie; seulement, je n�ai pas l�habitude de l�entendre chez des gens de votre condition.
� Tu as raison, et cependant ce langage est celui de notre g�n�ration. Le dauphin lui-m�me partage ces principes. Voyons, ne fais pas le fier avec moi, continua Philippe, et ce que je t�aurai pr�t�, tu me le rendras plus tard. Qui sait si tu ne seras pas un jour un Colbert ou un Vauban?
� Ou un Tronchin, dit Gilbert.
� Soit. Voici ma bourse, partageons.
� Merci, monsieur, dit l�indomptable jeune homme, touch�, sans vouloir en convenir, de cette admirable expansion de Philippe; merci, je n�ai besoin de rien; seulement� seulement, je vous suis reconnaissant bien plus que si j�eusse accept� votre offre, soyez-en s�r.
Et l�-dessus, saluant Philippe stup�fait, il regagna vivement la foule, dans laquelle il se perdit.
Le jeune capitaine attendit plusieurs secondes, comme s�il ne pouvait en croire ni ses yeux ni ses oreilles; mais, voyant que Gilbert ne reparaissait point, il remonta sur son cheval et regagna son poste.
Chapitre 50. La poss�d�e
Tout le fracas de ces chars retentissants, tout le bruit de ces cloches chantant � pleines vol�es, tous ces roulements de tambours joyeux, toute cette majest�, reflet des majest�s du monde perdu pour elle, gliss�rent sur l��me de Madame Louise et vinrent expirer, comme le flot inutile, au pied des murs de sa cellule.
Quand le roi fut parti, apr�s avoir inutilement essay� de rappeler en p�re et en souverain, c�est-�-dire par un sourire auquel succ�d�rent des pri�res qui ressemblaient � des ordres, sa fille au monde; quand la dauphine, que frappa du premier coup d��il cette grandeur d��me v�ritable de son auguste tante, eut disparu avec son tourbillon de courtisans, la sup�rieure des carm�lites fit descendre les tentures, enlever les fleurs, d�tacher les dentelles.
De toute la communaut� encore �mue, elle seule ne sourcilla point quand les lourdes portes du couvent, un instant ouvertes sur le monde, roul�rent pesamment et se referm�rent avec bruit entre le monde et la solitude.
Puis elle fit venir la tr�sori�re.
� Pendant ces deux jours de d�sordre, demanda-t-elle, les pauvres ont-ils re�u les aum�nes accoutum�es?
� Oui, Madame.
� Les malades ont-ils �t� visit�s comme de coutume?
� Oui, Madame.
� A-t-on cong�di� les soldats un peu rafra�chis?
� Tous ont re�u le pain et le vin que Madame avait fait pr�parer.
� Ainsi rien n�est en souffrance dans la maison?
� Rien, Madame.
Madame Louise s�approcha de la fen�tre et aspira doucement la fra�cheur embaum�e qui montait du jardin sur l�aile humide des heures voisines de la nuit.
La tr�sori�re attendait respectueusement que l�auguste abbesse donn�t un ordre ou un cong�.
Madame Louise, Dieu seul sait � quoi songeait la pauvre recluse royale en ce moment, Madame Louise effeuillait des roses � haute tige qui montaient jusqu�� sa fen�tre, et des jasmins qui tapissaient les murailles de la cour.