Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Contrairement au reste du logement, dans cette pièce, le ménage n’a pas été fait depuis des lustres, odeur de renfermé, linge humide sentant le moisi. Une console de jeux XBOX 360 et un joystick de compétition croulent sous la poussière. Reste un ordinateur performant, grand écran, c’est la seule chose qui a été nettoyée, de quelques revers de manche, dirait-on. Un technicien est déjà à l’œuvre pour un premier inventaire du disque dur avant qu’on l’emporte pour analyse complète.
— Des jeux, des jeux, des jeux, dit le gars. Une connexion Internet…
Camille reste à l’écoute en détaillant le contenu d’un placard que les experts photographient.
— Et des sites de cul, complète l’informaticien. Des jeux et du cul. Mon môme, c’est pareil.
— Trente-six ans.
On se retourne vers Louis.
— C’est l’âge du fils, dit Louis.
— Évidemment, dit le technicien, ça change un peu la donne…
Dans le placard, Camille détaille l’arsenal de Trarieux. Le gardien du futur chantier d’aménagement prenait visiblement son rôle sacrément au sérieux, batte de baseball, nerfs de bœuf tressés, coup-de-poing américain, il devait faire des rondes sévères, on s’étonne même de ne pas trouver un pitbull.
— Ici, le pitbull, c’était Trarieux, dit Camille à Louis qui s’interroge à voix haute.
Puis pour le technicien :
— Et quoi d’autre ?
— Des e-mails. Un peu. Pas beaucoup. Faut dire que vu son orthographe…
— Comme ton fils ? demande Camille.
Cette fois, le technicien est vexé. Quand ça vient de lui, ça n’est pas pareil.
Camille se rapproche de l’écran. Effectivement. Pour ce qu’on peut voir, des messages anodins, en langage quasiment phonétique.
Camille enfile les gants de caoutchouc que lui tend Louis et saisit une photographie exhumée du tiroir de la commode. Un cliché pris sans doute quelques mois plus tôt parce que le garçon est dans le chantier que garde son père, de la fenêtre on reconnaît la cour avec les engins. Pas beau, assez grand et maigre, visage ingrat, nez assez long. On se souvient des photos de la fille dans la cage. Éprouvée mais jolie. Pas exactement assortis, tous les deux.
— Il a l’air con comme un balai, lâche Camille.
15
Une phrase lui est revenue, qu’elle a entendue quelque part. Quand on voit un rat, c’est qu’il y en a dix. Ils sont sept déjà. Ils se sont chamaillés pour la possession de la corde, mais surtout pour les croquettes. Curieusement, ce ne sont pas les plus gros les plus voraces. Ceux-là semblent plutôt être les stratèges. Deux, notamment. Totalement imperméables aux hurlements d’Alex, aux injures, ils restent très longuement sur le couvercle de la cage. Ce qui la terrifie, c’est quand ils se mettent debout sur leurs pattes de derrière et flairent en tous sens. Ils sont démesurés, monstrueux. À mesure que le temps passe, certains se montrent plus pressants, comme s’ils avaient compris qu’elle ne représentait pas un danger. Ils s’enhardissent. Au début de la soirée, l’un d’eux, de taille moyenne, a voulu passer par-dessus un de ses congénères et il est tombé dans la cage, sur le dos d’Alex. Ce contact l’a révulsée, elle a poussé un hurlement, il y a eu un bref instant de flottement dans la colonie des rats mais la perturbation n’a pas duré bien longtemps. Quelques minutes plus tard, ils étaient de nouveau tous là, en rangs serrés. Il y en a un, Alex pense qu’il est jeune, il est très empressé, avide, il s’approche vraiment près pour la renifler, elle recule, recule, il ne cesse d’avancer, il ne bat en retraite que lorsqu’elle hurle à pleins poumons, qu’elle lui crache dessus.
Trarieux n’est pas venu depuis très longtemps, une journée au moins, deux, peut-être plus. Maintenant une autre journée défile, si seulement elle pouvait savoir l’heure, le jour… Elle trouve ça étonnant qu’il ne vienne pas, qu’il manque trois, quatre rendez-vous de suite. Ce qui la perturbe, c’est qu’elle risque de ne plus avoir d’eau. Elle économise énormément et par bonheur, hier, elle n’a pas beaucoup bu, il lui reste presque une demi-bouteille, mais elle comptait sur lui pour renouveler sa provision. Les rats aussi sont moins excités quand ils ont des croquettes, quand ils n’en ont plus, ils s’énervent, ils s’impatientent.
Paradoxalement, ce qui panique Alex, c’est que Trarieux l’abandonne. Qu’il la laisse dans sa cage, à mourir de faim, de soif, sous le regard aiguisé de ces rats qui ne vont pas tarder à s’aventurer davantage. Les plus gros la détaillent déjà d’un œil inquiétant, elle leur prête des intentions, à ces rats.
Depuis que le premier est apparu, il ne s’est jamais passé plus de vingt minutes sans que l’un ou l’autre vienne cavaler sur la cage, grimpe le long de la corde, pour vérifier qu’il ne reste plus de croquettes.
Certains se balancent dans le panier en osier en la regardant fixement.
16
Sept heures du matin.
Le divisionnaire a pris Camille à part :
— Bon, cette fois, tu me la joues lifté, hein ?
Camille ne promet rien.
— Ça promet…, conclut Le Guen.
De fait. À l’arrivée du juge Vidard, Camille ne peut s’empêcher d’ouvrir la porte, de désigner les photos de la jeune femme affichées sur le mur en déclarant :
— Vous qui adorez les victimes, monsieur le juge, vous allez être comblé. Celle-ci est vraiment très bien.
Elles sont agrandies et, ainsi placardées, ça ressemble à du voyeurisme sadique. Ce sont des photos qui font vraiment mal. Ici, le regard quasi délirant de la jeune femme limité à une ligne horizontale formée par deux planches disjointes, là son corps entier pelotonné et contraint, comme cassé, la tête penchée et coincée contre le couvercle de la cage, ici encore le gros plan de ses mains dont les ongles saignent à force, sans doute, de gratter le bois. Puis les mains à nouveau, la bouteille d’eau dont elle dispose est trop volumineuse pour passer entre les planches, on imagine la prisonnière boire dans le creux de sa paume avec une avidité de naufragée, elle n’est certainement jamais libérée de sa cage parce qu’elle y fait tous ses besoins, elle est d’ailleurs souillée. Et sale, contusionnée, on voit qu’elle a été frappée, battue, violée sans doute. L’ensemble est d’autant plus éprouvant qu’elle est encore vivante. On n’ose pas imaginer ce qui l’attend.
Pourtant, devant ce spectacle, malgré la provocation de Camille, le juge Vidard reste calme, il regarde les clichés un à un.
Tout le monde reste silencieux. Tout le monde, c’est Armand, Louis, et les six enquêteurs que Le Guen a fait venir. Dégager un effectif comme ça au pied levé, ça n’est pas rien.
Le juge marche le long des photos, visage simple et grave. On dirait un secrétaire d’État inaugurant une exposition. C’est un jeune con avec des idées de sale con, pense Camille mais il n’est pas lâche parce qu’il se retourne vers lui.
— Commandant Verhœven, dit-il, vous contestez ma décision d’investir le domicile de Trarieux et moi, je conteste la manière dont vous conduisez cette enquête depuis le début.
Et comme Camille ouvre la bouche, le juge le coupe en levant la main bien haut, paume en avant :
— Nous avons un différend mais je propose que nous remettions son règlement à plus tard. Il me semble que l’urgence, quoique vous en pensiez, c’est de trouver rapidement… cette victime.
Sale con mais habile, indéniablement. Le Guen laisse filer deux ou trois secondes de silence puis il tousse. Mais le juge reprend rapidement la parole en se tournant vers l’équipe :