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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Inutile, monsieur, dit Gilbert; je les connais.

� C�est bien heureux, grommela le sergent.

Les voitures royales pass�rent.

La file se prolongeait; Gilbert regardait avec des yeux tellement avides, qu�ils en semblaient h�b�t�s. Successivement, en arrivant en face de la porte de l�abbaye, les voitures s�arr�taient, les seigneurs de la suite en descendaient, op�ration qui, de cinq minutes en cinq minutes, occasionnait un mouvement de halte sur toute la ligne.

� l�une de ces haltes, Gilbert sentit comme un feu br�lant qui lui e�t travers� le c�ur. Il eut un �blouissement, pendant lequel toutes choses s�effac�rent � ses yeux, et un tremblement si violent s�empara de lui, qu�il fut forc� de se cramponner � sa branche pour ne pas tomber.

C�est qu�en face de lui, � dix pas au plus, dans l�une de ces voitures � fleurs de lis que le sergent lui avait recommand� de saluer, il venait d�apercevoir la resplendissante, la lumineuse figure d�Andr�e v�tue toute de blanc, comme un ange ou comme un fant�me.

Il poussa un faible cri, puis, triomphant de toutes ces �motions qui s��taient empar�es de lui � la fois, il commanda � son c�ur de cesser de battre, � son regard de se fixer sur le soleil.

Et la puissance du jeune homme sur lui-m�me �tait si grande qu�il y r�ussit.

De son c�t�, Andr�e, qui voulait voir pourquoi les voitures avaient cess� de marcher, Andr�e se pencha hors de la porti�re et, en �tendant autour d�elle son beau regard d�azur, elle aper�ut Gilbert et le reconnut.

Gilbert se doutait qu�en l�apercevant, Andr�e allait s��tonner, se retourner et parler � son p�re, assis dans la voiture � ses c�t�s.

Il ne se trompait point, Andr�e s��tonna, se retourna et appela sur Gilbert l�attention du baron de Taverney, qui, orn� de son grand cordon rouge, posait fort majestueusement dans le carrosse du roi.

� Gilbert! s��cria le baron r�veill� comme en sursaut; Gilbert ici! Et qui donc aura soin de Mahon l�-bas?

Gilbert entendit parfaitement ces paroles. Il se mit aussit�t � saluer avec un respect �tudi� Andr�e et son p�re.

Il lui fallut toutes ses forces pour accomplir ce salut.

� C�est pourtant vrai! s��cria le baron en apercevant notre philosophe. C�est ce dr�le-l� en personne.

L�id�e que Gilbert f�t � Paris se trouvait si loin de son esprit, qu�il n�avait pas voulu en croire d�abord les yeux de sa fille, et qu�il avait en ce moment encore toutes les peines du monde � en croire ses propres yeux.

Quant au visage d�Andr�e, que Gilbert observait alors avec une attention soutenue, il n�exprimait qu�un calme parfait apr�s un l�ger nuage d��tonnement.

Le baron pench� hors la porti�re appela Gilbert du geste.

Gilbert voulut aller � lui, le sergent l�arr�ta.

� Vous voyez bien que l�on m�appelle, dit-il.

� O� cela?

� De cette voiture.

Les regards du sergent suivirent la direction indiqu�e par le doigt de Gilbert, et se fix�rent sur le carrosse de M. de Taverney.

� Permettez, sergent, dit le baron, je voudrais parler � ce gar�on, deux mots seulement.

� Quatre, monsieur, quatre, dit le sergent; vous avez du temps de reste; on lit une harangue sous le porche; vous en avez pour une bonne demi-heure. Passez, jeune homme.

� Venez �a, dr�le! dit le baron � Gilbert, qui affectait de marcher de son pas ordinaire; dites-moi par quel hasard, quand vous devriez �tre � Taverney, on vous trouve � Saint-Denis?

Gilbert salua une seconde fois Andr�e et le baron et r�pondit:

� Ce n�est point le hasard, monsieur, qui m�am�ne ici; c�est l�acte de ma volont�.

� Comment! de votre volont�, maroufle! Auriez-vous une volont�, par hasard?

� Pourquoi pas? Tout homme libre a le droit d�en avoir une.

� Tout homme libre! Ah ��! vous vous croyez donc libre, petit malheureux?

� Oui, sans doute, puisque je n�ai encha�n� ma libert� � personne.

� Voil�, sur ma foi, un plaisant maraud! s��cria M. de Taverney, interdit de l�aplomb avec lequel parlait Gilbert. Quoi! vous � Paris, et comment venu, je vous prie?� et avec quelles ressources, s�il vous pla�t?

� � pied, dit laconiquement Gilbert.

� � pied! r�p�ta Andr�e avec une certaine expression de piti�.

� Et que viens-tu faire � Paris? Je te le demande, s��cria le baron.

� Mon �ducation d�abord, ma fortune ensuite.

� Ton �ducation?

� J�en suis s�r.

� Ta fortune?

� Je l�esp�re.

� Et que fais-tu en attendant? Tu mendies?

� Mendier! fit Gilbert avec un superbe d�dain.

� Tu voles, alors?

� Monsieur, dit Gilbert avec un accent de fermet� fi�re et sauvage qui fixa un instant sur l��trange jeune homme l�attention de mademoiselle de Taverney, est-ce que je vous ai jamais vol�?

� Que fais-tu alors avec tes mains de fain�ant?

� Ce que fait un homme de g�nie auquel je veux ressembler, ne f�t-ce que par ma pers�v�rance, r�pondit Gilbert. Je copie de la musique.

Andr�e tourna la t�te de son c�t�.

� Vous copiez de la musique? dit-elle.

� Oui, mademoiselle.

� Vous la savez donc? ajouta-t-elle d�daigneusement et du m�me ton qu�elle e�t dit: �Vous mentez.�

� Je connais mes notes, et c�est assez pour �tre copiste, r�pondit Gilbert.

� Et o� diable les as-tu apprises, tes notes, dr�le?

� Oui, fit en souriant Andr�e.

� Monsieur le baron, j�aime profond�ment la musique, et, comme tous les jours mademoiselle passait une heure ou deux � son clavecin, je me cachais pour �couter.

� Fain�ant!

� J�ai d�abord retenu les airs; puis, comme ces airs �taient �crits dans une m�thode, j�ai peu � peu, et � force de travail, appris � lire dans cette m�thode.

� Dans ma m�thode! fit Andr�e au comble de l�indignation, vous osiez toucher � ma m�thode?

� Non, mademoiselle, jamais je ne me fusse permis cela, dit Gilbert; mais elle restait ouverte sur votre clavecin, tant�t � une place, tant�t � une autre. Je n�y touchais pas; j�essayais de lire, voil� tout: mes yeux ne pouvaient en salir les pages.

� Vous allez voir, dit le baron, que ce coquin-l� va nous annoncer tout � l�heure qu�il joue du piano comme Haydn.

� J�en saurais jouer probablement, dit Gilbert, si j�avais os� poser mes doigts sur les touches.

Et Andr�e, malgr� elle, jeta un second regard sur ce visage anim� par un sentiment dont rien ne peut donner l�id�e, si ce n�est le fanatisme avide du martyre.

Mais le baron, qui n�avait point dans l�esprit la calme et intelligente lucidit� de sa fille, avait senti s�allumer sa col�re en songeant que ce jeune homme avait raison, et que l�on avait eu avec lui, en le laissant � Taverney en compagnie de Mahon, des torts d�inhumanit�.

Or, on pardonne difficilement � un inf�rieur le tort dont il peut nous convaincre; de sorte que, s��chauffant � mesure que sa fille s�adoucissait:

� Ah! brigandeau! s��cria-t-il; tu d�sertes, tu vagabondes; et lorsqu�on te demande compte de ta conduite, tu as recours � des balivernes comme celles que nous venons d�entendre! Eh bien, comme je ne veux pas que, par ma faute, le pav� du roi soit embarrass� de filous et de boh�mes�

Andr�e fit un mouvement pour calmer son p�re; elle sentait que l�exag�ration excluait la sup�riorit�.

Mais le baron �carta la main protectrice de sa fille et continua:

� Je te recommanderai � M. de Sartine, et tu iras faire un tour � Bic�tre, mauvais garnement de philosophe!

Gilbert fit un pas de retraite, enfon�a son chapeau, et, p�le de col�re:

� Monsieur le baron, dit-il, apprenez que, depuis que je suis � Paris, j�ai trouv� des protecteurs qui lui font faire antichambre, � votre M. de Sartine!

� Ah! oui-da! s��cria le baron; eh bien, si tu �chappes � Bic�tre, tu n��chapperas point aux �trivi�res. Andr�e, Andr�e, appelez votre fr�re, qui est l� tout pr�s.

Andr�e se baissa vers Gilbert et lui dit imp�rieusement:

� Voyons, monsieur Gilbert, retirez-vous!

� Philippe, Philippe! cria le vieillard.

� Retirez-vous, dit Andr�e au jeune homme, qui demeurait muet et immobile � sa place, comme dans une contemplation extatique.

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