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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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Le souffle du pneu éclaté propulsa sur Fahrid la bande de roulement et l’enjoliveur. La vitre latérale se brisa et le verre envahit l’habitacle. Le camping-car lui barra la route. Réflexe rapide, coup de volant contrôlé à gauche, coup d’accélérateur, la voiture tangua et frotta la glissière dans une gerbe d’étincelles. Le motorhome continua de gîter jusqu’à se mettre en travers. Sa cabine heurta l’arrière du Porsche Cayenne. Un choc intense, encore du verre qui volait… Mais il avait réussi à passer. Il pila jusqu’à s’arrêter. Son pare-brise ruisselait d’un liquide rouge et épais. Derrière lui, il entendit le crissement d’un bruit de gomme essayant de s’accrocher désespérément au bitume…, puis celui du choc violent d’une collision.

Roger n’avait rien pu contrôler. Son yacht, devenu bateau ivre, était livré à lui-même. Janine, poupée désarticulée en apesanteur dans un espace où se mélangaient vaisselle, casseroles et objets divers, perdit connaissance avant d’échouer imbriquée dans l’évier de la cuisine, le corps en appui sur un robinet.

Miguel, le chauffeur de poids lourd, n’était qu’à une cinquantaine de mètres. Même debout sur les freins, il ne put éviter le choc frontal avec l’essieu du camping-car. Il s’y encastra et le repoussa sur une vingtaine de mètres, dans un enchevêtrement de tôles indescriptible. Projetés alentour, disséminés parmi les ferrailles, des morceaux de Roger Gautron, les restes de Miguel. Janine, grièvement blessée, n’arrivait pas à bouger. Le robinet de l’évier l’avait transpercée de part en part au niveau de la hanche droite. Anesthésiée par l’adrénaline, elle ne sentait rien, gisant dans un débris de bloc-cuisine éventré, la tête à quelques centimètres d’une roue du camion.

Au moment où Fahrid immobilisait son 4 × 4, le camion pulvérisa le camping-car. Fasciné par le spectacle, il regarda les carcasses métalliques refluer vers lui, pensa à des images de tsunami et aux vagues géantes qui emportaient tout sur leur passage. Il ne chercha pas à se dégager, s’apprêtant à être à son tour submergé. Des éclats de bois et de tôle rebondirent sur son toit et son capot, avant que la masse ne s’échoue à proximité de la voiture. Une impression de silence. Ce n’est qu’à cet instant qu’il se tourna vers sa passagère. La tête en avant, le menton affaissé, elle était retenue par la ceinture, immobile. Son sang inondait la portière et la partie droite du pare-brise. L’enjoliveur de roue fiché dans son cou, Leïla était morte, égorgée par le disque métallique, une mort imprévisible, stupide.

Janine n’était plus que douleur. Le brouillard sensoriel dans lequel elle baignait, ne lui permit pas de comprendre l’odeur qui se dégageait. Essence, huile, gomme brûlée, gaz ? Quand explosa la nappe de butane accumulé dans les décombres, son corps s’envola avec les morceaux des deux véhicules accidentés. L’incendie qui suivit la carbonisa avec le fatras de tôles, de plastiques et de pneus.

Cette déflagration et la gerbe de flammes léchant le 4 × 4 surprirent Fahrid, jusque là habité d’une impression étrange d’invulnérabilité. La mort avait frappé tout autour de lui et il était le seul survivant. Pour autant il n’était pas au bout de ses emmerdes, un cadavre à côté de lui, des centaines de kilos de came dans son dos et une bagnole en triste état. Du raisiné partout, une vitre passager explosée… Comment s’en sortir ? Il était encore seul, d’autres voitures étaient bloquées derrière. Mais cela n’allait pas durer. Il fit le tour jusqu’à la portière passager et l’ouvrit, l’enjoliveur tomba à ses pieds, et la blessure de Leïla lui apparut dans toute son horreur. Une plaie béante au fond de laquelle apparaissaient distinctement les vertèbres. La mort ne lui faisait pas peur, cependant un profond dégoût le saisit. Il se pencha jusqu’à pouvoir libérer la ceinture qui s’enroula en projetant son lot de souillures et de sang. Le corps vacilla et Leïla tomba en boule à ses pieds. Dans un éclair, en une brève pensée pour la morte, il se revit en train de lui faire l’amour. C’était cette nuit. Fin du voyage ! Les sentiments, il les laissait aux autres. Ce n’était pas le moment.

Il attrapa le sac de la jeune femme pour y dénicher des fringues. Avec un chemisier, il réussit à faire disparaître une partie du sang sur le pare-brise. Il frotta également le siège passager. Maintenant, il fallait filer. Il claqua les portières sans aucun regard pour la dépouille de Leïla. Il démarra dans un crissement de pneus… Cet événement allait imposer un changement de rythme au go slow.

Derrière, au loin, se profilait la BM d’Yves. Devant le nuage de fumée noire, celui-ci pressentit que cet accident pourrait bien les concerner. Il était le premier sur place, tout au moins dans ce sens. De l’autre côté, des voyeurs quittaient leur véhicule pour traverser la chaussée. Pas bon du tout, du tout ! Il leva instinctivement le pied réveillant sa passagère légèrement assoupie.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Des emmerdes.

Rien d’autre à faire que de ralentir et d’approcher, autant être devant. Ils découvrirent de longues traces de freinage s’étirant jusqu’à une remorque de camion. D’un coup de volant, il bifurqua sur la file de droite, puis sur la bande d’arrêt d’urgence. Avec les warnings et au pas, il parcourut les derniers mètres. Comment contourner l’accident et passer ? D’un geste brusque, il attrapa le coussin avec lequel sa passagère se calait pour dormir.

— Qu’est-ce que tu fabriques ?

Sans la regarder, il lui colla l’oreiller sur le ventre.

— Fous ça sous ton tee-shirt. Magne-toi !

— T’es pas bien ou quoi ?

— Ferme-la, fais ce que je te dis.

Cette fois, le ton de sa voix ne supportait pas la discussion.

— Mets encore un truc ! Enfile ta veste, et vite !

Un péquin s’avança vers eux. La bonne cinquantaine, short, chaussettes tombantes sur une paire de savates en corde, il arborait une langue des Rolling Stones imprimée sur un sweat tendu à l’extrême, preuve que les fans du groupe ne vieillissaient pas tous aussi bien que leurs idoles.

— Vous ne pouvez pas passer, il faut attendre les secours, c’est dangereux, ça peut exploser et, en plus, les policiers devront faire des constatations. Reculez et garez-vous plus loin.

Yves regarda avec des yeux ronds ce bon citoyen, fier de se rendre responsable et d’étaler ses certitudes. Toujours étonnant, ces gens qui se prennent pour des flics. Il jeta un œil faussement affolé vers sa passagère et prit un ton qu’il espérait convaincant, un brin implorant :

— Je ne peux pas rester là. Ma femme est enceinte. On doit se rendre à l’hôpital.

La passagère lui adressa un regard plein de détresse.

— Justement, c’est dangereux. Arrêtez-vous, il faut attendre les pompiers. Ils ne vont pas tarder. Ils s’occuperont de vous.

— Je dois passer.

La langue des Rolling Stones se tendit encore jusqu’à ce qu’un nombril généreux jaillisse de sous le tissu.

— Ce n’est pas prudent, garez-vous !

Tout en parlant, l’homme gesticulait pour intimer l’ordre aux nouveaux véhicules de ralentir et de rester sur place. Se doutant qu’il était en face d’un récalcitrant, le fan des Stones décida de se placer devant le capot de la voiture.

— Quel con ! fulmina la jeune femme.

Yves passa la première et embraya doucement. Le 4 × 4 glissa vers lui jusqu’à le toucher. Le visage du cerbère improvisé s’assombrit. Sur la pointe des pieds, il frappa du plat de la main un grand coup sur le capot. Le moteur monta dans les tours, les regards s’affrontèrent. Un témoin avisé choisit de laisser passer ce conducteur pressé, et attrapa le gros par le bras. Sous les insultes, Yves se dégagea. D’un coup de volant sur la droite, il quitta la route à l’attaque d’un dévers herbeux. Poussé par le vent, un halo de fumée à l’odeur âcre enveloppa soudain son véhicule. Plus de visibilité, il laissa glisser la voiture, et c’est là qu’ils aperçurent un corps gisant presqu’au milieu de la voie de gauche.

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