Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
Elle crut avoir mal entendu…
— Rassurez-vous, il y en aura un pour tout le monde.
Léanne blêmit.
— Vous voulez dire que… ?
Et là, son interlocuteur partit d’un immense éclat de rire…
— Ne me dis pas que tu lui as fait ton coup habituel, demanda Privot en se rapprochant.
— Allez, je plaisante, se rattrapa le cuisinier. C’est du porc. Maintenant, il faut savoir qu’il y a les oreilles, les pieds et la queue. Mais rassurez-vous, il y a aussi du jarret et des boudins, c’est excellent.
— Je n’en doute pas, fit Léanne, d’une voix trahissant tout le contraire.
Sonnerie de téléphone. Elle essayait de digérer, imaginant avec dégoût le flot de graisse déposée dans ses veines… Le nom du commissaire Vignon s’afficha.
— Paris vient de m’appeler. C’est bon, ils arrivent ! Il faut vous tenir prêts. Ils n’auront plus aucun contact jusqu’en France.
– Ça signifie quoi ? Il y a un problème ?
— Non. Tout le monde va être tendu. Le passage d’une frontière pour un trafiquant, c’est un peu comme le moment d’entrer dans une banque pour un braqueur, celui de toutes les incertitudes et des paranoïas. Prudence maximum !
Le cœur de Léanne se mit à battre un peu plus fort. Du côté des flics, l’approche de l’interpellation avait des effets comparables en intensité, et Vignon savait très bien ce qu’il venait de déclencher.
– Ça va être à vous de jouer. Bon courage !
Avant de raccrocher, également tendu, il ajouta :
— Tenez-moi au courant dès que vous aurez terminé.
Lui aussi serait sur le gril, assis dans son bureau dans l’incertitude de l’attente à distance. Leur travail n’étant pas une science exacte, exposés aux aléas, ils n’étaient jamais à l’abri d’un drame, surtout lorsque l’équipe adverse comptait des gens comme Eduardo, un homme dont la simple lecture de la fiche Interpol donnait le frisson.
Dans un peu plus d’une heure, tout serait terminé. Elle respira profondément avant de communiquer l’information à ses hommes et de s’assurer que le comité d’accueil était prêt. Leur dernier plan consistait à laisser passer les motos ouvreuses et la première voiture, pour taper ensuite les deux véhicules chargés. Priorité à la drogue. Il resterait ensuite à s’occuper des plus dangereux : Eduardo et les motards, avec plusieurs dispositifs, exclusivement des policiers de la BRI.
Le chef de l’antenne de Perpignan énervait Léanne autant qu’il l’amusait. Trop serein ? Pour lui, l’affaire était déjà dans le sac. Il rêvait d’être le premier à aviser Paris de l’arrestation, et avait anticipé la rédaction sur son ordinateur portable de la trame du futur message de victoire. D’une nature moins optimiste, Léanne n’en était pas encore à envisager le succès. Le reste de son équipe était disséminé au péage de l’autoroute, et d’autres Niçois avaient pris position à Cerbère. Même s’il y avait peu de risque pour que les trafiquants décident d’emprunter la nationale, il ne fallait pas exclure cette hypothèse. Elle essaya de se calmer et de penser à autre chose. La tramontane avait dégagé le ciel de tout nuage, au loin le massif du Canigou était recouvert de neige. Elle apprécia les charmes de la région, mais préférait Nice !
14
Espagne, autoroute côte méditerranéenne, fin d’après-midi.
La route s’étirait sous le soleil. Vitre ouverte, le bras appuyé sur le rebord de la portière, Roger Gautron pilotait avec une certaine nonchalance son camping-car, un Mobilvetta Euroyacht 180. Sans être immense, le « bateau » offrait une belle surface habitable ! Au volant, il se prenait pour un capitaine, il en avait d’ailleurs adopté le look avec sa casquette blanche à lisière dorée et son écusson « Yacht Club de Monaco ». Des lunettes de soleil à large monture sur le nez, une cigarette allumée, il conduisait avec deux doigts. Parti à trois heures du matin d’Estepona, il avait déjà parcouru huit cents kilomètres, et comptait bien en faire au moins cinq cents autres avant de passer la nuit sur une aire d’autoroute.
Roger tourna la tête vers Janine. Sa femme avait chaud, c’est donc en soutien-gorge et short qu’elle regardait la route défiler. Un monceau de chairs. Comment avait-elle pu, quarante ans auparavant, attirer son regard ? Depuis, les sodas, le houblon et une nourriture aussi grasse que sucrée avaient remodelé son corps !
— Je boirais bien quelque chose. Tu ne veux pas me chercher une bière dans le frigo ?
— Une bière en conduisant ! Tu ne préfères pas plutôt un café ?
— Arrête un peu. C’est la première, ce n’est pas une petite mousse qui va me faire du mal.
— Et pour boire, tu ne veux pas te poser ?
— T’as vu l’heure ? Je préfère rouler. On s’arrêtera plus tard pour bouffer et pioncer.
Parti en pleine nuit, Miguel conduisait son dix-huit roues en professionnel. Il avait toujours rêvé de piloter un camion. Il atteignait son nirvana en bloquant sa vitesse et en écoutant des CD de country, sa musique favorite, celle des routiers américains. Un gobelet de café dans une main, un pied sur le tableau de bord, il reprenait le refrain de Mama hated diesel, une chanson dédiée à la veuve d’un routier mort dans un accident de la route. Plus que quatre-vingts kilomètres avant d’être remplacé par un équipier qui devait l’attendre sur une aire d’autoroute.
Le trafic était relativement calme, des vacanciers, des caravanes, mais rien de vraiment gênant. Au loin devant, un camping-car roulait plus lentement que lui. Probablement des bofs qui conduisaient comme des bofs. Il ne tarderait pas à le dépasser. Un coup d’œil dans le rétro, un 4 × 4 arrivait sur la file de gauche. Avec l’expérience des voyageurs au long cours, il remarqua deux jambes nues allongées sur le tableau de bord, la position favorite des gonzesses lorsqu’elles se font conduire. Il se cala un peu mieux dans son fauteuil, prêt à reluquer. Quand il s’agissait de deux filles, il n’hésitait pas à donner un petit coup de klaxon. Mais là, la tête du conducteur n’était pas celle d’un marrant. Il se contenterait d’apprécier en silence. Le museau du 4 × 4 se rapprocha tout en respectant la limitation de vitesse. Il regarda défiler les ongles vernis, nota la présence d’une chaîne de cheville sur des jambes bronzées. En short et débardeur, la tête appuyée à la vitre, elle releva les yeux vers lui sans même sourire. Il imagina un regard froid derrière les lunettes de soleil de la donzelle qui se la jouait star. Dans une bagnole comme ça, elle ne devait pas connaître de problèmes de pognon. Pendant qu’il continuait de mater, le véhicule des bofs ralentit. Il s’en approcha dangereusement et dut choisir de freiner ou de le dépasser. Mais le 4 × 4 l’empêchait de déboîter. Miguel lâcha la fille du regard et pressa légèrement sur le frein. La voiture le dépassa et commença à longer le camping-car. Personne derrière. Juan accéléra et mit son clignotant.
Roger Gautron savourait sa bière. Tout à la fraîcheur et à l’amertume de sa boisson, inconsciemment, il avait ralenti, pris par l’envie de faire durer son plaisir, comme si sa vitesse pouvait avoir un quelconque effet sur l’intensité du goût. Janine, à l’arrière, grignotait dans la cuisine.
Soudain, le drame ! Roger n’eut pas le temps de comprendre. L’éclatement de son pneu avant gauche provoqua l’affaissement brutal du véhicule et le projeta en avant. Le volant s’enfonça dans son sternum et la ceinture lui cingla le torse. Sa bière explosa sur le pare-brise. Il sentit qu’il allait s’écraser sur la route, sans pouvoir contrer la violente embardée, celle qui précéda le premier choc.