Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Bordel de merde…
Camille lance le téléphone à Louis, comme s’il craignait de se brûler.
— Trouve la date et l’heure.
Camille, lui, ces trucs-là… Louis met quatre secondes.
— La dernière photo remonte à trois heures.
— Et les appels ? Les appels !
Louis tapote à toute vitesse. Il y a peut-être moyen de trianguler l’appareil, de situer l’endroit d’où il a appelé.
— Le dernier appel remonte à dix jours…
Pas un seul appel depuis qu’il a enlevé la fille.
Silence.
Personne ne sait ni qui est cette fille, ni où elle se trouve.
Et le seul à le savoir vient de mourir écrasé sous un semi-remorque.
Dans le téléphone de Trarieux, Camille choisit deux photos de la jeune femme, dont celle qui montre les trois énormes rats.
Il rédige un MMS pour le juge, copie à Le Guen :
« Maintenant que le “coupable” est mort, on fait comment pour sauver la victime ? »
13
Quand Alex a ouvert les yeux, le rat était en face d’elle, à quelques centimètres de son visage, tellement près qu’elle le voyait trois ou quatre fois plus gros qu’il n’était en réalité.
Elle a hurlé, il s’est brusquement reculé jusque dans le panier puis il est remonté à toute vitesse sur la corde mais il est resté là un long moment, hésitant sur la conduite à adopter, flairant tout autour pour mesurer le danger. Et l’intérêt de la situation. Elle lui a lancé des injures ; le rat, insensible à ses efforts, restait sur la corde, la tête en bas, penchée vers elle. Ce nez presque rose, ces yeux brillants, ce poil luisant, ces moustaches longues et blanches et cette queue interminable. Alex était transie de peur, incapable de reprendre son souffle. Elle s’est époumonée mais comme elle est maintenant très faible, elle a dû s’arrêter et ils sont restés un long moment ainsi à se dévisager.
Il est à une quarantaine de centimètres d’elle, immobile, puis, prudemment, il descend dans la corbeille et commence à manger les croquettes en jetant sur Alex de fréquents coups d’œil. De temps à autre, pris d’une crainte soudaine, il se recule d’un mouvement vif, comme pour se mettre à l’abri mais assez vite il revient, il semble comprendre qu’il n’a rien à craindre d’elle. Il a faim. C’est un rat adulte, il doit mesurer pas loin de trente centimètres. Alex est blottie au fond de la cage, le plus loin possible. Elle fixe le rat avec une intensité d’autant plus dérisoire qu’elle est censée le tenir à distance. Il a mangé des croquettes mais il n’est pas remonté tout de suite sur la corde. Il s’est avancé vers elle. Cette fois Alex n’a pas hurlé, elle a fermé les yeux, elle a pleuré les yeux fermés. Quand elle les a rouverts, le rat était parti.
Le père de Pascal Trarieux. Comment l’a-t-il retrouvée ? Si son cerveau n’était devenu aussi lent, elle pourrait peut-être répondre à ça, mais ses pensées ne sont que des images figées, comme des photos, rien de dynamique. D’ailleurs, à cet instant, quelle importance ? Négocier, voilà ce qu’il faut faire. Il faut trouver une histoire, quelque chose de crédible, qu’il la laisse sortir de cette caisse, après elle se débrouillera. Alex rassemble toutes les données dont elle est capable mais sa réflexion n’a pas le temps d’aller plus loin. Un second rat vient d’apparaître.
Plus gros.
Le chef, peut-être. Pelage bien plus sombre.
Et il n’est pas venu par la corde qui soutient le panier en osier, non, lui est venu par la corde qui tient la cage, il est arrivé juste au-dessus de la tête d’Alex, et lui, contrairement à celui qui l’a précédé, n’a eu aucun mouvement de recul lorsqu’elle a hurlé et l’a injurié. Il a continué à descendre à l’aplomb de la cage, par petits mouvements vifs, saccadés, il a posé les deux pattes de devant sur la planche du couvercle, Alex a senti son odeur forte, c’est un rat très gros, très luisant, avec des moustaches très longues, des yeux très noirs, sa queue est si longue qu’elle est passée un instant à travers les planches et qu’elle a touché l’épaule d’Alex.
Hurlement. Le rat s’est retourné vers elle, sans précipitation, puis il a marché le long de la planche, faisant ainsi plusieurs allers-retours. De temps en temps, il s’attarde, la fixe, reprend sa marche. On dirait qu’il relève les mesures. Alex le suit des yeux, entièrement contractée, le souffle lui manque, son cœur bat à se rompre.
C’est mon odeur, pense-t-elle. Je sens la crasse, la pisse, le vomi. Il a flairé la charogne.
Le rat est debout sur ses pattes de derrière, reniflant au-dessus de lui.
Alex suit des yeux la corde.
Deux autres rats viennent, à leur tour, d’entamer la descente vers la cage.
14
On dirait que le chantier de l’ancien hôpital a été investi par une équipe de cinéma. Le RAID a abandonné les lieux, les services techniques ont tiré des dizaines de mètres de câbles, des projecteurs sur pied inondent la cour de lumière. On est en pleine nuit et pas un seul centimètre carré d’ombre. Des chemins stériles, que l’on peut emprunter sans risque d’altérer les lieux, ont été aménagés avec des rubans de plastique rouge et blanc. Les techniciens procèdent aux relevés.
La question est de savoir si Trarieux a fait transiter la fille par ici quand il l’a enlevée.
Armand aime bien quand il y a du monde. Une foule, pour lui, est d’abord une réserve de cigarettes. Il slalome avec assurance entre ceux qu’il a déjà tapés trop souvent et, avant qu’ils aient le temps de prévenir les nouveaux venus, il a fait le plein pour quatre jours.
Planté dans la cour, il achève une cigarette dont les derniers millimètres lui ont entamé les doigts et pose sur toute cette agitation un regard perplexe.
— Eh ben ? demande Camille, le juge n’est pas resté sur place ?
Armand tenterait bien de l’arrêter mais il est assez philosophe, il connaît les vertus de la patience.
— Il n’est pas venu non plus sur le périphérique, tu me diras, poursuit Camille. C’est dommage parce qu’un coupable arrêté par un semi-remorque, on ne voit pas ça tous les jours. En même temps…
Camille consulte ostensiblement sa montre, Armand, imperturbable, compte ses lacets, Louis semble littéralement absorbé par la morphologie d’un engin de chantier.
— En même temps, à trois heures du matin, il doit pioncer, le juge, faut comprendre. Vu son taux de connerie, ça doit lui faire de sacrées journées.
Armand laisse tomber son mégot infinitésimal en poussant un soupir.
— Quoi ! Qu’est-ce que j’ai dit ? demande Camille.
— Rien, lâche Armand, t’as rien dit. Bon, on bosse, oui ou merde ?
Il a raison. Camille et Louis se frayent un passage jusqu’au logement de Trarieux, lui aussi investi par l’Identité, et comme le lieu n’est pas très grand, on tâche de cohabiter.
Verhœven jette d’abord un œil circulaire. Appartement modeste, pièces propres, la vaisselle plutôt bien rangée, les outils alignés comme dans la vitrine d’un magasin de bricolage et des réserves de bière impressionnantes. De quoi torcher le Nicaragua. À part ça, pas un papier, pas un livre, ni un carnet, l’appartement d’un analphabète.
Seule curiosité dans le tableau, une chambre d’adolescent.
— Le fils, Pascal…, dit Louis en consultant ses notes.