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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Ce fut au tour de Gilbert sentir le rouge lui monter au visage; il nosait se mettre table avec ces braves gens, mais il mourait denvie de les suivre.

Cependant sa philosophie, ou plutt cet orgueil dont Rousseau lavait tant engag se dfier, lui souffla tout bas:

Cest bon pour des femmes davoir besoin de quelquun; mais moi, un homme! nai-je pas des bras et des paules?

Tous ceux qui ne seront pas l, continua la mre, comme si elle et devin la pense de Gilbert et quelle y rpondt, tous ceux qui ne seront pas l ne verront rien que les carrosses vides, et, ma foi! les carrosses vides, on peut les voir quand on veut; ce nest point la peine de venir Saint-Denis pour cela.

Mais, madame, dit Gilbert, beaucoup de gens, ce me semble, auront la mme ide que vous.

Oui; mais tous nauront pas un neveu aux gardes pour les faire passer.

Ah! cest vrai, dit Gilbert.

Et, en prononant ce cest vrai, sa figure exprima un dsappointement que remarqua bien vite la perspicacit parisienne.

Mais, dit le bourgeois, habile deviner tout ce que dsirait sa femme, monsieur peut bien venir avec nous, sil lui plat.

Oh! monsieur, dit Gilbert, je craindrais de vous gner.

Bah! au contraire, dit la femme, vous nous aiderez parvenir jusque-l. Nous navions quun homme pour nous soutenir, nous en aurons deux.

Aucun argument ne valait celui-l pour dterminer Gilbert. Lide quil serait utile et payerait ainsi, par cette utilit, lappui quon lui offrait, mettait sa conscience couvert et lui tait davance tout scrupule.

Il accepta.

Nous verrons un peu qui il offrira son bras, dit la tante.

Ce secours tombait, pour Gilbert, bien vritablement du ciel. En effet, comment franchir cet insurmontable obstacle dun rempart de trente mille personnes toutes plus recommandables que lui par le rang, les richesses, la force, et surtout lhabitude de se placer dans ces ftes, o chacun prend la place la plus large quil peut se faire!

Cet t, au reste, pour notre philosophe, sil et t moins thoricien et plus pratique, une admirable tude dynamique de la socit.

Le carrosse quatre chevaux passait comme un boulet de canon dans la masse, et chacun se rangeait devant le coureur au chapeau plumes, au justaucorps bariol de couleurs vives et la grosse canne, qui lui-mme se faisait prcder parfois par deux chiens irrsistibles.

Le carrosse deux chevaux donnait une espce de mot de passe loreille dun garde, et venait prendre son rang dans le rond-point attenant au couvent.

Les cavaliers au pas, mais dominant la foule, arrivaient au but lentement, aprs mille chocs, mille heurts, mille murmures essuys.

Enfin le piton, foul, refoul, harcel, flottant comme une vague pousse par des milliers de vagues, se haussant sur la pointe des pieds, soulev par ses voisins, sagitant comme Ante, pour retrouver cette mre commune quon appelle la terre, cherchant son chemin pour sortir de la multitude, le trouvant et tirant aprs lui sa famille, compose presque toujours dune troupe de femmes que le Parisien, seul entre tous les peuples, sait et ose conduire tout, partout, toujours, et faire respecter sans rodomontades.

Par-dessus tout, ou plutt par-dessus tous, lhomme de la lie du peuple, lhomme la face barbue, la tte coiffe dun reste de bonnet, aux bras nus, la culotte maintenue avec une corde; infatigable, ardent, jouant des coudes, des paules, des pieds, riant de son rire qui grince en riant, se frayait un chemin parmi les gens de pied aussi facilement que Gulliver dans les bls de Lilliput.

Gilbert, qui ntait ni grand seigneur quatre chevaux, ni parlementaire en carrosse, ni militaire cheval, ni parisien, ni homme du peuple, et immanquablement t cras, meurtri, broy dans cette foule. Mais, une fois quil fut sous la protection du bourgeois, il se sentit fort.

Il offrit rsolument le bras la mre de famille.

Limpertinent! dit la tante.

On se mit en marche; le pre tait entre sa sur et sa fille; derrire venait la servante, le panier au bras.

Messieurs, je vous prie, disait la bourgeoise avec son rire franc; messieurs, de grce! messieurs, soyez assez bons

Et lon scartait, et on la laissait passer, elle et Gilbert, et dans leur sillage glissait tout le reste de la socit.

Pas pas, pied pied, on conquit les cinq cents toises de terrain qui sparaient la place du djeuner de la place du couvent, et lon parvint jusqu la haie de ces redoutables gardes-franaises dans lesquels le bourgeois et sa famille avaient mis tout leur espoir.

La jeune fille avait repris peu peu ses couleurs naturelles.

Arriv l, le bourgeois se haussa sur les paules de Gilbert, et aperut vingt pas de lui le neveu de sa femme qui se tortillait la moustache.

Le bourgeois fit avec son chapeau des gestes si extravagants, que son neveu finit par lapercevoir, vint lui, et demanda un peu despace ses camarades, qui dessoudrent les rangs sur un point.

Aussitt, par cette gerure se glissrent Gilbert et la bourgeoise, le bourgeois, sa sur et sa fille, puis la servante, qui jeta bien dans la traverse quelques gros cris en se retournant avec des yeux froces, mais qui ses patrons ne songrent pas mme demander la raison de ses cris.

Une fois la chausse franchie, Gilbert comprit quil tait arriv. Il remercia le bourgeois; le bourgeois le remercia. La mre essaya de le retenir: la tante linvita sen aller, et lon se spara pour ne plus se revoir.

Dans lendroit o se trouvait Gilbert, il ny avait que des privilgis; il gagna donc facilement le tronc dun gros tilleul, monta sur une pierre, se fit un appui de la premire branche et attendit.

Une demi-heure environ aprs cette installation, le tambour roula, le canon retentit, et la cloche majestueuse de la cathdrale lana un premier bourdonnement dans les airs.

Chapitre 49. Les carrosses du roi

Un murmure criard dans le lointain, mais qui devint plus grave et plus ample en se rapprochant, fit dresser loreille Gilbert, qui sentit tout son corps se hrisser sous un frisson aigu.

On criait: Vive le roi!

Ctait encore lusage alors.

Une nue de chevaux hennissants, dors, couverts de pourpre, slana sur la chausse: ctaient les mousquetaires, les gendarmes et les Suisses cheval.

Puis un carrosse massif et magnifique apparut.

Gilbert aperut un cordon bleu, une tte couverte et majestueuse. Il vit lclair froid et pntrant du regard royal, devant lequel tous les fronts sinclinaient et se dcouvraient.

Fascin, immobile, enivr, pantelant, il oublia dter son chapeau.

Un coup violent le tira de son extase; son chapeau venait de rouler terre.

Il fit un bond, ramassa son chapeau, releva la tte, et reconnut le neveu du bourgeois qui le regardait avec ce sourire narquois particulier aux militaires.

Eh bien! dit-il, on nte donc pas son chapeau au roi?

Gilbert plit, regarda son chapeau couvert de poussire et rpondit:

Cest la premire fois que je vois le roi, monsieur, et jai oubli de le saluer, cest vrai. Mais je ne savais pas

Vous ne saviez pas? dit le soudard en fronant le sourcil.

Gilbert craignit quon ne le chasst de cette place o il tait si bien pour voir Andre; lamour qui bouillonnait dans son cur brisa son orgueil.

Excusez-moi, dit-il, je suis de province.

Et vous tes venu faire votre ducation Paris, mon petit bonhomme?

Oui, monsieur, rpondit Gilbert dvorant sa rage.

Eh bien, puisque vous tes en train de vous instruire, dit le sergent en arrtant la main de Gilbert, qui sapprtait remettre son chapeau sur sa tte, apprenez encore ceci: cest quon salue madame la dauphine comme le roi, messeigneurs les princes comme madame la dauphine; cest quon salue enfin toutes les voitures o il y a des fleurs de lis Connaissez-vous les fleurs de lis, mon petit, ou faut-il vous les faire connatre?

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