Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Malheureusement pour Nicole, elle n��tait pas irr�prochable, et, l�e�t-elle �t� pour le pr�sent, il y avait toujours dans son pass� quelque pierre d�achoppement sur laquelle on pouvait la faire chanceler.
C�est ce qui arriva au bout de huit jours. Gilbert, en guettant le soir, en guettant la nuit, finit par entrevoir � travers les grilles un plumet qui ne lui �tait pas inconnu. Ce plumet causait � Nicole des distractions incessantes, car c��tait celui de M. Beausire, qui, suivant la cour, avait �migr� de Paris � Trianon.
Longtemps Nicole fit la cruelle, longtemps elle laissa M. Beausire grelotter au froid ou fondre au soleil, et cette vertu d�sesp�rait Gilbert; mais, un beau soir, M. Beausire ayant d�pass� sans doute les limites de l��loquence mimique et trouv� la persuasion, Nicole profita du moment o� Andr�e d�nait dans le pavillon avec madame de Noailles, pour rejoindre M. Beausire, qui aidait son ami, le surveillant des �curies, � dresser un petit cheval d�Irlande.
De la cour, on passa au jardin, et, du jardin, � l�avenue ombreuse qui conduit � Versailles.
Gilbert suivit le couple amoureux avec la joie f�roce d�un tigre qui �vente une piste. Il compta leurs pas, leurs soupirs, apprit par c�ur ce qu�il entendit de leurs paroles, et il faut croire qu�il fut heureux du r�sultat, car, le lendemain, affranchi de toute g�ne, il se montra chantonnant et d�lib�r� � sa mansarde, sans plus redouter d��tre vu de Nicole, mais, au contraire, ayant l�air de braver son regard.
Celle-ci reprisait une mitaine de soie brod�e � sa ma�tresse; au bruit de la chanson, elle leva la t�te et vit Gilbert.
Sa premi�re manifestation fut une certaine moue d�daigneuse qui tournait � l�aigre et sentait son hostilit� d�une lieue� Mais Gilbert soutint ce regard et cette moue avec un si singulier sourire, il mit tant de provocation dans son maintien et dans sa fa�on de chanter, que Nicole baissa la t�te et rougit.
� Elle a compris, se dit Gilbert; c�est tout ce que je demandais.
Depuis, il recommen�a le m�me man�ge, et ce fut Nicole qui trembla; elle en vint au point de d�sirer une entrevue avec Gilbert, pour se soulager le c�ur de ce poids qu�avaient lanc� les regards ironiques du jeune jardinier.
Gilbert remarqua qu�on le recherchait. Il ne pouvait se m�prendre aux petites toux s�ches qui r�sonnaient pr�s de la fen�tre, lorsque Nicole le savait dans sa mansarde; aux all�es et venues de la jeune fille dans le corridor, lorsqu�elle pouvait supposer qu�il allait descendre ou monter.
Un moment il fut heureux de ce triomphe, qu�il attribuait tout entier � sa force de caract�re et � son esprit de conduite. Nicole le guetta si bien, qu�elle le vit une fois monter son escalier: elle l�appela, il ne r�pondit pas.
La jeune fille poussa plus loin sa curiosit� ou sa crainte; elle �ta un soir ses jolies mules � talon, h�ritage d�Andr�e, et se hasarda tremblante et rapide dans l�appentis au fond duquel on voyait la porte de Gilbert.
Il faisait encore assez jour pour que ce dernier, pr�venu de l�approche de la jeune fille, p�t voir Nicole distinctement � travers les jointures ou plut�t les disjonctions des planches.
Elle vint heurter � sa porte, sachant bien qu�il �tait dans sa chambre.
Gilbert ne r�pondit pas.
C��tait pourtant pour lui une dangereuse tentation. Il pouvait humilier � son aise celle qui revenait ainsi demander son pardon. Il �tait seul, ardent et frissonnant chaque nuit au souvenir de Taverney, l��il coll� � la porte, d�vorant la beaut� fascinatrice de cette voluptueuse fille; surexcit� par la sensation de son amour-propre, il levait d�j� la main pour tirer le verrou, qu�avec sa pr�voyance et sa circonspection habituelles, il avait pouss� pour n��tre pas surpris.
� Non, se dit-il, non; il n�y a que calcul chez elle; c�est par besoin et par int�r�t qu�elle vient me solliciter. Donc, elle y gagnerait quelque chose; qui sait, moi, ce que j�y perdrais?
Et, sur ce raisonnement, il laissa retomber sa main � son c�t�. Nicole, apr�s avoir frapp� deux ou trois fois � la porte, s��loigna en fron�ant le sourcil.
Gilbert conserva donc tous ses avantages; Nicole alors redoubla de ruse pour ne pas perdre enti�rement les siens. Enfin, tant de projets et de contremines se r�duisirent � ces mots que les deux parties bellig�rantes �chang�rent un soir � la porte de la chapelle, o� le hasard les avait mises en pr�sence:
� Tiens! bonsoir, monsieur Gilbert; vous �tes donc ici?
� Eh! bonsoir, mademoiselle Nicole; vous voil� donc � Trianon?
� Comme vous voyez, femme de chambre de mademoiselle.
� Et moi aide-jardinier.
L�-dessus, Nicole fit une belle r�v�rence � Gilbert, qui la salua en homme de cour; et ils se s�par�rent.
Gilbert remontait chez lui, il feignit de continuer sa route.
Nicole sortait de chez elle, elle poursuivit son chemin; seulement, Gilbert redescendit � pas de loup et suivit Nicole, comptant bien qu�elle allait retrouver M. Beausire.
Il y avait en effet, sous les ombrages de l�all�e, un homme qui attendait; Nicole s�en approcha; il faisait trop sombre d�j� pour que Gilbert reconn�t M. Beausire et l�absence du plumet l�intrigua tellement, qu�il laissa revenir Nicole au logis et suivit l�homme au rendez-vous jusqu�� la grille de Trianon.
Ce n��tait pas M. Beausire, mais un homme d�un certain �ge ou plut�t d�un �ge certain, tournure de grand seigneur et d�marche fringante, malgr� la vieillesse; en s�approchant, Gilbert, qui passa presque sous le nez de ce personnage avec une impudente audace, reconnut M. le duc de Richelieu.
� Peste! dit-il, apr�s l�exempt le mar�chal de France; mademoiselle Nicole monte en grade!
Chapitre 96. Les parlements
Tandis que toutes ces intrigues subalternes, couv�es et �closes sous les tilleuls et dans les fleurs de Trianon, composaient une existence anim�e aux cirons de ce petit monde, les grandes intrigues de la ville, temp�tes mena�antes, ouvraient leurs vastes ailes au-dessus du palais de Th�mis, comme l��crivait mythologiquement M. Jean du Barry � sa s�ur.
Les parlements, reste d�g�n�r� de l�ancienne opposition fran�aise, avaient repris haleine sous la main capricieuse de Louis XV; mais, depuis que leur protecteur, M. de Choiseul, �tait tomb�, ils sentaient le danger s�approcher d�eux et s�appr�taient � le conjurer par des mesures aussi �nergiques que la circonstance le permettait.
Toute grande commotion g�n�rale s�embrase par une question personnelle, comme les grandes batailles de corps arm�s d�butent par des engagements de tirailleurs isol�s.
Depuis que M. de La Chalotais, prenant au corps M. d�Aiguillon, avait personnifi� la lutte du tiers contre la f�odalit�, l�esprit public s�en tenait l� et ne souffrait pas que la question f�t d�plac�e.
Or, le roi, que le parlement de Bretagne et ceux de la France enti�re avaient noy� sous un d�luge de repr�sentations plus ou moins soumises et filiales, le roi venait, gr�ce � madame du Barry, de donner raison contre le tiers parti � la f�odalit�, en nommant M. d�Aiguillon au commandement de ses chevau-l�gers.
M. Jean du Barry l�avait formul� avec exactitude: c��tait un rude soufflet sur la joue des am�s et f�aux conseillers tenant cour de parlement.
Comment ce soufflet serait-il accept�? Telle �tait la question que la cour et la ville se posaient chaque matin au lever du soleil.
Les gens du parlement sont d�habiles gens et, l� o� beaucoup d�autres sont embarrass�s, ils voient clair.
Ils commenc�rent par bien s�entendre entre eux sur l�application et le r�sultat du soufflet; apr�s quoi, ils prirent la d�termination suivante, lorsqu�il fut bien arr�t� que le soufflet avait �t� donn� et re�u:
�La cour du parlement d�lib�rera sur la conduite de l�ex-gouverneur de Bretagne, et donnera son avis.�
Mais le roi para le coup en intimant aux pairs et aux princes la d�fense de se rendre au palais pour assister � quelque d�lib�ration que ce f�t touchant M. d�Aiguillon; ceux-ci ob�irent � la lettre.
Alors le parlement, r�solu de faire sa besogne lui-m�me, rendit un arr�t dans lequel, d�clarant que le duc d�Aiguillon �tait gravement inculp� et pr�venu de soup�on, m�me de faits qui entachaient son honneur, ce pair �tait suspendu des fonctions de la pairie jusqu�� ce que, par un jugement rendu en la cour des pairs dans les formes et avec les solennit�s prescrites par les lois et ordonnances du royaume, que rien ne peut suppl�er, il se f�t pleinement purg� des accusations et soup�ons entachant son honneur.