Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Mais ce n��tait rien qu�un pareil arr�t rendu en cour de parlement, devant les int�ress�s, et inscrit aux registres: il fallait la publicit�, la notori�t� publique; il fallait ce scandale que jamais chanson ne craint de soulever en France, ce qui rend la chanson souveraine dominatrice des �v�nements et des hommes. Il fallait �lever cet arr�t du parlement � la puissance de la chanson.
Paris ne demandait pas mieux que de s�int�resser au scandale; peu dispos� pour la cour, peu pour le parlement, ce Paris, en �bullition perp�tuelle, attendait quelque bon sujet de rire comme transition � tous ces sujets de larmes qu�on lui fournissait depuis cent ans.
L�arr�t donc �tait bien et d�ment rendu; le parlement nomma des commissaires pour le faire imprimer sous leurs yeux. On tira cet arr�t � dix mille exemplaires dont la distribution fut organis�e en un moment.
Apr�s quoi, comme il �tait dans les formes que le principal int�ress� f�t inform� de ce que la cour avait fait de lui, ces m�mes commissaires se transport�rent � l�h�tel de M. le duc d�Aiguillon, qui venait de descendre � Paris pour un rendez-vous imp�rieux.
Ce rendez-vous n��tait autre chose qu�une explication nette et franche devenue n�cessaire entre le duc et son oncle le mar�chal.
Gr�ce � Raft�, tout Versailles avait su en une heure la noble r�sistance du vieux duc aux ordres du roi touchant le portefeuille de M. de Choiseul. Gr�ce � Versailles, tout Paris et toute la France avaient appris la m�me nouvelle; en sorte que M. de Richelieu se trouvait depuis quelque temps hiss� sur le pavois de la popularit�, d�o� il faisait des grimaces politiques � madame du Barry et � son cher neveu lui-m�me.
La position n��tait pas bonne pour M. d�Aiguillon, d�j� fort impopulaire. Le mar�chal, si ha� du peuple, mais redout�, parce qu�il �tait l�expression vivante de la noblesse, si respect�e et si respectable sous Louis XV; le mar�chal, si versatile, qu�apr�s avoir choisi un parti, on le voyait tirer dessus sans m�nagement, lorsque la circonstance le permettait ou qu�un bon mot en pouvait r�sulter; Richelieu disons-nous, �tait un f�cheux ennemi � conserver; d�autant mieux que le pire c�t� de son inimiti� �tait toujours celui qu�il r�servait pour faire ce qu�il appelait des surprises.
Le duc d�Aiguillon avait, depuis son entrevue avec madame du Barry, deux d�fauts � la cuirasse. Devinant tout ce que Richelieu cachait de rancune et d�app�tits de vengeance sous l�apparente �galit� de son humeur, il fit ce qu�on doit faire en cas de temp�te: il creva la trombe � coups de canon, bien assur� que le p�ril serait moindre si on s�y jetait courageusement.
Il se mit donc � rechercher partout son oncle pour avoir avec lui un entretien s�rieux; mais rien n��tait si difficile depuis que le mar�chal avait �vent� son d�sir.
Marches et contre-marches commenc�rent: du plus loin que le mar�chal voyait son neveu, il lui d�cochait un sourire et s�entourait imm�diatement de gens qui rendaient toute communication impossible; il d�fiait ainsi l�ennemi comme dans un fort imp�n�trable.
Le duc d�Aiguillon creva la trombe.
Il se pr�senta purement et simplement chez son oncle � Versailles.
Mais Raft�, en faction � sa petite fen�tre de l�h�tel donnant sur la cour, reconnut les livr�es du duc et pr�vint son ma�tre.
Le duc entra jusque dans la chambre � coucher du mar�chal; il y trouva Raft�, lequel, avec un sourire tout gros de confidences, commit l�indiscr�tion de raconter � ce neveu que son oncle avait pass� la nuit hors de l�h�tel.
M. d�Aiguillon se pin�a les l�vres et fit bonne retraite.
Rentr� chez lui, il �crivit au mar�chal pour lui demander audience.
Le mar�chal ne pouvait reculer devant une r�ponse, Il ne pouvait, s�il r�pondait, refuser l�audience, et, s�il accordait l�audience, comment refuser une bonne explication? M. d�Aiguillon ressemblait trop � ces spadassins polis et charmants qui cachent leurs mauvais desseins sous une gracieuset� adorable, am�nent leur homme avec des r�v�rences sur le terrain, et, l�, l��gorgent sans mis�ricorde.
Le mar�chal n�avait pas assez d�amour-propre pour se faire une illusion, il savait toute la force de son neveu. Une fois en face de lui, cet antagoniste lui arracherait soit un pardon, soit une concession. Or, Richelieu ne pardonnait jamais, et des concessions � un ennemi sont toujours une faute mortelle en politique.
Il feignit donc, au re�u de la lettre de M. d�Aiguillon, d�avoir quitt� Paris pour plusieurs jours.
Raft�, qu�il consulta sur ce point, lui donna l�avis suivant:
� Nous sommes en chemin de ruiner M. d�Aiguillon. Nos amis des parlements font la besogne. Si M. d�Aiguillon, qui s�en doute, peut avant l�explosion mettre la main sur vous, il vous arrachera une promesse de le servir en cas de malheur, car votre ressentiment est de ceux que vous ne pouvez hautement faire passer avant un int�r�t de famille; si vous refusez, au contraire, M. d�Aiguillon s�en va en vous nommant son ennemi, en vous attribuant le mal, et il s�en va soulag�, comme on l�est toujours chaque fois qu�on a trouv� la cause du mal, bien que le mal ne soit pas gu�ri.
� C�est parfaitement juste, r�pliqua Richelieu; mais je ne puis me celer �ternellement. Combien de jours avant l�explosion?
� Six jours, monseigneur.
� C�est s�r?
Raft� tira de sa poche une lettre d�un conseiller au parlement; cette lettre contenait seulement les deux lignes que voici:
�Il a �t� d�cid� que l�arr�t serait rendu. Il le sera jeudi, dernier d�lai fix� par la compagnie.�
� Alors, rien de plus simple, r�pliqua le mar�chal. Renvoie au duc sa lettre avec un billet de ta main.
�Monsieur le duc,
Vous aurez appris le d�part de M. le mar�chal pour ***. Ce changement d�air a �t� jug� indispensable par le m�decin de M. le mar�chal, qu�il trouve un peu fatigu�. Si, comme je le crois d�apr�s ce que vous m�avez fait l�honneur de me dire l�autre jour, vous d�sirez de parler � M. le mar�chal, je puis vous certifier que jeudi au soir M. le duc couchera, revenant de ***, en son h�tel � Paris; vous l�y trouverez donc sans faute.�
� Et maintenant, ajouta le mar�chal, cache-moi quelque part jusqu�� jeudi.
Raft� suivit ponctuellement ces instructions. Le billet fut �crit et envoy�, la cachette fut trouv�e. Seulement, M. le duc de Richelieu, qui s�ennuyait fort, sortit un soir pour aller � Trianon parler � Nicole. Il ne risquait rien ou croyait ne rien risquer, sachant M. le duc d�Aiguillon au pavillon de Luciennes.
Il r�sulta de cette man�uvre que, si M. d�Aiguillon se douta de quelque chose, il ne put du moins pr�venir le coup dont il �tait menac�, faute de rencontrer l��p�e de son ennemi.
Le d�lai de jeudi le satisfit; il partit ce jour-l� de Versailles avec l�espoir de rencontrer enfin et de combattre cet antagoniste impalpable.
C��tait, nous l�avons dit, le jour o� le parlement venait de rendre son arr�t.
Une fermentation sourde encore, mais parfaitement intelligible pour le Parisien, qui conna�t si bien le niveau de ses ondes, r�gnait dans les rues que traversa le carrosse de M. d�Aiguillon.
On ne fit pas attention � lui, car il avait eu la pr�caution de voyager dans une voiture sans armes, avec deux grisons, comme s�il allait en bonne fortune.
Il vit bien �� et l� des gens affair�s qui se montraient un papier, le lisaient avec force gesticulations et tourbillonnaient en groupes comme des fourmis autour d�une parcelle de sucre tomb�e � terre; mais c��tait le temps des agitations inoffensives: le peuple se groupait ainsi pour une taxe sur les bl�s, pour un article de la Gazette de Hollande, pour un quatrain de Voltaire ou pour une chanson contre la du Barry ou M. de Maupeou.