Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées
- Автор: Gersal Frédérick
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Editions de l'Opportun
- ISBN: 978-2360751815
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées». Краткое содержание книги:
Pour comprendre cette transformation, je vous emmène au cœur du Moyen Âge, vers une ville célèbre, magique, située sur les rives du Bosphore… c’est Byzance, l’actuelle Istanbul.
Réputée dans le monde entier pour ses immenses richesses, cette cité a frappé une monnaie d’or et d’argent sous le nom de « besant », rappelant ainsi son origine byzantine.
Une lettre a suffi pour transformer ce « besant » d’or, cette monnaie antique, en une expression qui n’est pas en toc, bien au contraire comme le laisse sous-entendre « valoir son pesant d’or »…
Venir pour des prunes
« Venir pour des prunes », ce qui signifie venir pour rien, avoir fait le voyage pour finalement ne rien voir ou ne rien obtenir ! Avouez que tout cela est rageant !
Pourtant… c’est étrange ! Car venir pour quelques prunes, c’est déjà mieux que rien. Cela permet au moins de confectionner des tartes ou des confitures et de manger quelques-uns de ces fruits délicieux : quetsches, mirabelles ou reines-claudes.
Mais, dans cette expression, il est question d’autres prunes, des petites prunes délicieuses qui avaient une grande réputation et qui poussaient dans l’Orient méditerranéen, notamment à Damas.
Il est question d’autres prunes, des petites prunes délicieuses qui avaient une grande réputation.
En 1148, lors de la deuxième croisade, Damas est l’enjeu de terribles combats. Les croisés font le siège de la ville, en vain. Les défenseurs sont les plus forts, les assiégeants abandonnent. Après avoir dégusté quelques prunes, ils prennent le chemin du retour. Ils n’ont pas pu voir cette ville historique, cette ancienne capitale du califat omeyyade dont la grande mosquée est un chef-d’œuvre d’architecture.
Ces chevaliers, ces combattants, sont rentrés chez eux en Europe ; ils venaient d’apprendre à leurs dépens ce que signifie « venir pour des prunes »…
Vider son sac
« Vider son sac » est une expression qui signifie « dire ce que l’on a sur le cœur », « affirmer à haute voix ce que l’on pense bien souvent tout bas », « avouer avec franchise ses passions et ses ressentiments ».
Bref, « vider son sac », c’est TOUT dire !
Mais ce « sac » dont il est question a une origine bien particulière. Jadis, un tel sac contenait toutes les pièces d’un procès. Ce sac est l’ancêtre de nos pochettes, de nos cartables et de nos dossiers !
Sur chacun de ces sacs était accrochée une étiquette sur laquelle étaient inscrits les noms des différentes parties ainsi que ceux des procureurs et des avocats.
« Vider son sac » signifiait donc « mettre toutes les pièces bien en évidence » devant la cour et devant le juge pour que justice soit rendue ! Je peux affirmer, sans me tromper, que nécessairement « l’affaire était dans le sac » !
Ce « sac » dont il est question a une origine bien particulière.
Les juges devaient alors étudier toutes les pièces avec intérêt pour découvrir qui était le coupable… C’était plus facile avec ceux qui avaient été pris la main dans le sac… Et c’était plus délicat avec ceux qui se défendaient habilement, ceux qui avaient plus d’un tour dans leur sac.
Pourtant, la justice devait être la même pour tous. Dérober un sac à main ou mettre à sac, littéralement « saccager un lieu qui appartient à autrui », ce sont des vols, ce sont des délits à mettre dans le même sac !
Alors, pour rendre justice en toute sérénité, pour dénouer ces véritables sacs de nœuds et pour ne pas rester la tête dans le sac, il était avant tout nécessaire que le suspect puisse « vider son sac »…
Vieux comme Mathusalem
« Vieux comme Mathusalem », voilà bien une très vieille expression, l’une de ces expressions qui remontent à la nuit des temps, l’une de ces expressions qui plongent leurs racines dans la Bible !
Mathusalem est le nom de l’un des patriarches de la Bible. Ce fils d’Henoch est entré dans l’Histoire, dans la légende et dans notre vocabulaire.
« Vieux comme Mathusalem » désigne quelque chose ou quelqu’un de très ancien, de très vieux. Dans la hiérarchie de l’ancienneté, Mathusalem se situe entre ce qui est « vieux comme Hérode » et ce qui est « vieux comme le monde » !
« Les jours de Mathusalem furent en tout de 969 ans… ! » Qui dit mieux ?
De nos jours, ceux que l’on appelle respectueusement les « seniors » sont des jeunes gens, par rapport à Mathusalem ! Dans le livre de la Genèse, il est écrit, je cite : « Les jours de Mathusalem furent en tout de 969 ans… ». Qui dit mieux ? Eh bien, dans la Bible, personne… et pourtant que d’exemples merveilleux. Tenez, Adam, l’un des ancêtres de Mathusalem, a vécu en tout 930 ans. Le petit-fils de Mathusalem, Noé, était âgé de 600 ans quand il entra dans son arche au moment du déluge.
Donc, depuis toujours, les plus anciens ont offert leur savoir-faire, leur expérience, leur mémoire, aux plus jeunes. Ah ! au fait… Le nom de Mathusalem a également été donné à une très grosse bouteille de champagne. Alors j’en déduis qu’avoir de la bouteille, c’est sans doute devenir « vieux comme Mathusalem »…