Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées
- Автор: Gersal Frédérick
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Editions de l'Opportun
- ISBN: 978-2360751815
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées». Краткое содержание книги:
« Séparer le bon grain de l’ivraie » signifie trier pour ne conserver que le meilleur, que le haut du panier, que la fine fleur.
Car à l’origine il est bien question de plantes et de plusieurs plantes. À la fois le blé avec ses épis et les grains qui s’y trouvent, et puis l’ivraie.
Il est vrai que l’ivraie est une mauvaise herbe qui n’a qu’une seule idée : s’installer et coloniser les champs semés de céréales ! C’est donc l’éternel combat entre les belles plantes et les mauvaises herbes, entre le bien et le mal.
C’est donc l’éternel combat entre les belles plantes et les mauvaises herbes, entre le bien et le mal.
Cette particularité naturelle est symboliquement reprise dans la Bible, dans l’Évangile selon saint Matthieu au chapitre 13 où il est écrit « … le champ, c’est le monde, la bonne semence, ce sont les fils du Royaume ; l’Ivraie, ce sont les fils du Mauvais… ».
Dans cette parabole du bon grain et de l’ivraie se pose une question primordiale : comment détruire ces mauvaises herbes sans abîmer, déraciner ou emporter le blé ?
La réponse est simple, il suffit de récolter d’abord l’ivraie pour la détruire, et il ne reste plus qu’à moissonner le blé pour le rentrer. Vous venez de « séparer le bon grain de l’ivraie »…
Tenir le haut du pavé
« Tenir le haut du pavé », c’est tenir le premier rang… c’est jouir d’une grande considération… et pendant longtemps, cette expression a indiqué une position sociale élevée.
Toute cette histoire a commencé au Moyen Âge, lorsque le roi de France Philippe Auguste décide de faire paver les premières rues de Paris avec, je cite : « de fortes et dures pierres ! » en grès. Mais ce n’est qu’au XVe siècle qu’apparaissent les pavés de forme cubique !
Ces rues étaient pavées de telle façon qu’elles formaient deux petites pentes autour d’un caniveau central. Ces légères inclinaisons des deux côtés de la rue permettaient l’évacuation des eaux de pluie et des eaux usées qui étaient jetées par les fenêtres…
C’est justement pour éviter d’être arrosés par ces chutes inopinées que les dames et les gentilshommes préféraient marcher sur la partie haute de la rue : ils tenaient le haut du pavé !
Aujourd’hui, les choses ont changé, le pavé est devenu une pièce de viande, un fromage ou un livre trop volumineux ; les rues ont été aplanies, il est devenu impossible de « tenir le haut du pavé »…
Pour éviter d’être arrosés par ces chutes inopinées, les dames et les gentilshommes préféraient marcher sur la partie haute de la rue.
Tirer à boulets rouges
« Tirer à boulets rouges », mais quelle violence ! Cette expression désigne de nos jours une terrible attaque, verbale ou écrite, dans le but évident de détruire une idée, un argument, une réputation !
C’est dans le vocabulaire militaire que l’on découvre l’origine de cette expression. Avec l’invention des armes à feu apparaissent les premiers canons et leurs munitions : les boulets !
Ces boules de métal lancées à grande distance et à grande vitesse expliquent parfaitement la naissance de l’expression « arriver comme un boulet de canon » ! En tombant, ce projectile faisait énormément de dégâts et de victimes !
Mais ce n’était pas suffisant. Et si ce boulet pouvait également provoquer un incendie pour détruire encore plus ?
Et si ce boulet pouvait également provoquer un incendie pour détruire encore plus ?
Alors on installe ces boulets sur la forge, on les fait rougir au feu et immédiatement on les place dans les canons.
Ces boulets rouges deviennent des projectiles incendiaires qui embrasent les navires ou les maisons en bois…
Échauffer les esprits, attiser les querelles, allumer le feu entre deux parties ou deux personnes, par des réflexions ou des reproches enflammés… c’est justement cela, « tirer à boulets rouges »…
Tirer les marrons du feu
« Tirer les marrons du feu » signifie de nos jours obtenir pour soi-même un réel avantage d’une situation délicate, voire dangereuse.
Pourtant, à l’origine, pour « tirer les marrons du feu », il fallait être deux !
Pour le comprendre, relisons la fable de La Fontaine intitulée Le Singe et le Chat. Ces deux amis, ces deux compères, ont la fâcheuse habitude de tout voler. Un beau jour, installés au coin du feu, ils regardent rôtir des marrons.
Pour le comprendre, relisons la fable de La Fontaine intitulée Le Singe et le Chat.
Le singe, incontestablement le plus malin, demande au chat, le plus gourmand, d’attraper ces marrons. Et le singe d’affirmer que Dieu ne l’a pas fait naître « propre à tirer marrons du feu ! ».
Se léchant les babines, le chat s’exécute. Très délicatement, d’un coup de patte, il retire un à un quelques marrons… Pendant qu’il est à l’œuvre, le singe en profite pour les croquer bien chauds. Il a su utiliser les talents de son comparse à son profit !
Ah ! au fait, dernière précision, ces marrons devaient être en fait des châtaignes, plus comestibles. Mais qu’importe le fruit, c’est le résultat qui compte, que l’on soit deux ou tout seul à « tirer les marrons du feu »…
Tomber dans les bras de Morphée
« Tomber dans les bras de Morphée » est une belle et poétique expression qui signifie : s’endormir, se laisser emporter vers le monde merveilleux du sommeil, sombrer vers d’autres rivages.
Personnage légendaire de la mythologie grecque, Morphée est l’un des mille enfants d’Hypnos, le dieu du Sommeil, qui vivait, d’après le poète Ovide, dans un palais merveilleux où tout dormait.
Le nom de Morphée signifie « forme » en grec. Car Morphée doit prendre la forme des êtres humains et se montrer en songe aux femmes et aux hommes endormis.
D’ailleurs, cette origine grecque nous a donné d’autres mots en français comme « morphologie » ou « morphopsychologie ».
Morphée est représenté tenant à la main une poignée de fleurs de pavot.
Ce Morphée a également l’avantage d’être ailé, ce qui lui permet de se déplacer à la fois très rapidement et sans aucun bruit, pour ne réveiller personne ! Mais ce n’est pas tout ! Depuis la nuit des temps, Morphée est représenté tenant à la main une poignée de fleurs de pavot. Car en plus d’être le dieu des songes, il est chargé de procurer le sommeil aux Terriens en leur caressant tendrement le visage avec l’une de ces fleurs. Le suc des capsules du pavot nous donne l’opium dont l’un des composés les plus actifs est la morphine, qui possède notamment des propriétés soporifiques qui provoquent le sommeil. Vous l’avez sans doute compris, devant ce personnage, il est inutile de jouer les gros bras, de lever les bras en l’air ou de rester les bras ballants… À un moment ou un autre, vous vous laisserez « tomber dans les bras de Morphée ».