Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées
- Автор: Gersal Frédérick
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Editions de l'Opportun
- ISBN: 978-2360751815
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «Façon de parler ! : Petites et grandes histoires de nos expressions préférées». Краткое содержание книги:
Pour prendre ces décisions, il y a même un sélectionneur qui doit sans doute aussi être choisi pour ses qualités. Le sélectionneur doit être sélectionné, il a été « trié sur le volet »….
À propos de volet, ne pensez pas à nos persiennes, nos contrevents et autres jalousies, car il s’agit d’un mot utilisé au Moyen Âge pour parler d’un voile, d’un tissu ajouré qui permettait de trier, comme un tamis.
Que ce soit pour les semences, pour les graines ou pour les invitations à envoyer, il faut sans cesse « trier sur le volet »…
Tuer la poule aux œufs d’or
« Tuer la poule aux œufs d’or », c’est se priver de revenus importants et immédiats. Mais attention, surtout pas de confusion, on parle bien des œufs et pas des yeux !
Cette poule est devenue un gallinacé très précieux en pondant ses œufs d’or ! On retrouve la poule à toutes les sauces : depuis la poule au pot, si chère au bon roi Henri IV, jusqu’à la peureuse poule mouillée… en passant par la chair de poule, après un coup de froid, ou la mère poule qui réchauffe, qui couve, peut-être un peu trop ses enfants.
On retrouve la poule à toutes les sauces.
Et puis il y a les expressions : « être comme une poule qui a trouvé un couteau », quand on a un air embarrassé, ou bien encore : « Quand les poules auront des dents », c’est-à-dire jamais ! Mais revenons aux origines de l’expression « tuer la poule aux œufs d’or ». Si Ésope, le grand fabuliste grec, fut sans doute l’un des premiers à écrire sur cette véritable légende, c’est avec Jean de La Fontaine qu’elle va entrer dans le langage courant. Dans une fable intitulée La Poule aux œufs d’or, La Fontaine écrit :
En tuant sa poule pour chercher ce trésor, cet homme venait de « tuer sa poule aux œufs d’or » !…
Un bouc émissaire
Le « bouc émissaire » est celui ou celle sur qui retombent toutes les fautes ; celui ou celle qui est montré du doigt ; qui est désigné à la vindicte publique.
Bref… celui ou celle qui est accusé de tous les maux !
Pour comprendre cette expression, il faut savoir qu’un émissaire désigne en général un personnage chargé d’une mission. Soit il sert d’intermédiaire et de représentant dans une discussion, soit il n’est qu’un simple messager transportant une missive ou quelques informations.
Le bouc doit être lâché en direction d’une terre aride, vers Azazel, un démon du désert.
Maintenant, voyons ce qu’un bouc vient faire dans cette histoire ! Pour le comprendre, il faut nous plonger dans la Bible, et plus exactement dans le troisième livre, intitulé Le Lévitique !
Au chapitre 16, le texte sacré nous explique que Dieu s’adresse à Moïse : « Ton frère, Aaron, pour expier ses fautes et celles de toute la communauté, doit notamment choisir deux boucs ! »
Par tirage au sort, le premier est offert en sacrifice à Yahvé. Quant au second, Aaron doit s’en approcher, appuyer ses deux mains sur sa tête pour lui transmettre et lui confier toutes les fautes et tous les péchés des fils d’Israël !
Une fois chargé de tous ces forfaits, le bouc doit être lâché en direction d’une terre aride, vers Azazel, un démon du désert !
Cet animal transportant symboliquement tous les péchés d’Israël, cet animal portant le poids des fautes de tout un peuple, devient tout à coup, pour l’histoire religieuse et pour l’histoire linguistique : le « bouc émissaire »…
Un colosse aux pieds d’argile
« Un colosse aux pieds d’argile » est un monstre, un géant qui semble inébranlable, inattaquable, indestructible tant il paraît robuste, fort, résistant ! Et pourtant…
Oui… et pourtant ! Car ce titan, cette armoire à glace, ce colosse possède des pieds d’argile, comme nous le rappelle cette expression. Or l’argile est une roche terreuse qui n’est pas dure, qui n’est pas solide et qui semble très friable.
Mais tout cela n’est qu’une image que l’on retrouve dans l’un des textes de la Bible. Il nous plonge en l’an 568 avant notre ère, lorsque le roi Nabuchodonosor, qui a succédé à son père Nabopolassar sur le trône de Babylone, envahit l’Égypte et le royaume de Juda détruisant la ville et le temple de Jérusalem.
Mais tout cela n’est qu’une image que l’on retrouve dans l’un des textes de la Bible.
Nabuchodonosor se prend pour un dieu vivant, il s’imagine représenté par une statue gigantesque. Daniel, l’un des déportés de Babylone, en parle dans son Livre, contenu dans la Bible.
Je vous cite un extrait du chapitre 2 du livre de Daniel : « Cette statue, sa tête était d’or fin, sa poitrine et ses bras d’argent, son ventre et ses cuisses de bronze, ses jambes de fer, ses pieds en partie de fer et en partie d’argile… »
Dans la suite de cette histoire, le prophète Daniel nous parle d’une pierre qui s’est détachée et qui est venue frapper et briser les pieds si fragiles de cette statue qui s’est entièrement effondrée sur elle-même ! Comme Babylone sera à son tour détruite, emportée dans la tourmente, cette statue imposante a été réduite en poussière. Finalement, ce n’était rien d’autre qu’un « colosse aux pieds d’argile »…
Un cordon-bleu
Dans le langage courant, « un cordon-bleu » désigne une excellente cuisinière ou un talentueux maître queux… Bref, une personne douée pour mijoter de bons petits plats !
À l’origine de cette expression il y a un homme, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du roi de France Henri III. Ce fils de Catherine de Médicis et d’Henri II est né à Fontainebleau en septembre 1551.
À l’âge de 22 ans, le jeune Henri, duc d’Anjou, devient roi de Pologne. À peine est-il arrivé à Cracovie qu’il apprend la mort de son frère le roi Charles IX. Immédiatement Henri repart pour Paris où l’attend le trône de France ! Trois ans après son sacre, nous sommes alors en 1578, Henri III décide de créer un nouvel ordre de chevalerie baptisé « l’ordre du Saint-Esprit », en souvenir de ses accessions aux deux trônes, les jours de Pentecôte !