Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Bien sûr, il est pénible de rester à attendre le retour de Trarieux alors qu’on sait qu’il y a, à l’intérieur, une femme retenue dans des conditions qu’on n’ose pas vraiment imaginer mais selon lui, c’est tout de même le mieux.
Norbert recule d’un pas, le juge avance d’un pas.
— Ça coûte quoi d’attendre ? demande Camille.
— Du temps, dit le juge.
— Et ça coûte quoi, d’être prudent ?
— Une vie, peut-être.
Même Le Guen hésite à s’interposer. Du coup, Camille se retrouve seul. On attaque.
La charge du RAID est prévue dans dix minutes, on court se mettre en place, derniers réglages.
Camille prend à part l’agent qui a escaladé le mur d’enceinte :
— Redis-moi comment c’est à l’intérieur ?
L’agent ne voit pas trop quoi répondre.
— Je veux dire (Camille s’énerve un peu), tu as vu quoi, à l’intérieur ?
— Bah, rien, des trucs de travaux publics, un container, une baraque de chantier, des engins de démolition, je pense. Enfin, un engin…
Et ça le laisse songeur, Camille, cette histoire d’engin.
Norbert et ses équipes sont en place et envoient le signal. Le Guen va les suivre. Camille, lui, a décidé de rester dans le périmètre d’entrée.
Il note précisément l’heure à laquelle Norbert lance l’opération : 01 h 57. Au-dessus du bâtiment endormi, on aperçoit des lumières qui s’allument, par intermittence, on entend des bruits de galop.
Camille rumine. Des engins de chantier, des « trucs de travaux publics »…
— Il y a du passage ici, dit-il à Louis.
Louis fronce les sourcils à la recherche d’un éclaircissement.
— Des ouvriers, des techniciens, je ne sais pas moi, on apporte des engins en prévision des travaux, il y a peut-être déjà des réunions de chantier. Et donc…
— … ça n’est pas là qu’elle se trouve.
Camille n’a pas le temps de répondre parce qu’à cet instant précis la camionnette blanche de Trarieux se pointe au coin de la rue.
À partir de ce moment, les choses vont aller très vite. Camille va monter précipitamment dans la voiture conduite par Louis, il va appeler les quatre unités qui encerclent le périmètre. On lance la chasse. Camille jongle avec la radio de bord, informe du trajet emprunté par la camionnette qui fuit vers la banlieue. Elle n’est pas rapide, elle fume beaucoup, c’est un très vieux modèle, essoufflé, aussi vite qu’il veuille aller, Trarieux ne pourra jamais dépasser les soixante-dix kilomètres-heure. Sans compter qu’au volant, ce n’est pas un foudre de guerre. Il hésite, perd de précieuses secondes en dessinant des trajectoires absurdes qui laissent le temps à Camille de resserrer le filet. De son côté, Louis n’a aucune difficulté à lui coller au train. Gyrophares allumés, sirènes hurlantes, tous les véhicules bordent bientôt le véhicule qui tente de fuir, ça devient vite une question de secondes. Camille continue de signaler la position, Louis approche l’arrière de la camionnette, tous phares allumés, pour l’impressionner et lui faire perdre encore davantage les pédales, deux autres véhicules arrivent, l’un par la droite, l’autre par la gauche, le quatrième a traversé le périphérique par un chemin parallèle et arrive en sens inverse. La messe est dite.
Le Guen appelle Camille qui répond en se tenant fermement à la ceinture de sécurité.
— Tu l’as ? demande-t-il.
— Presque ! hurle Camille. Et toi ?
— Ne le rate pas, ton mec ! Parce que la fille n’est pas là !
— Je sais !
— Quoi ?
— Rien !
— C’est vide ici, tu m’entends ? hurle Le Guen. Personne !
Cette affaire sera féconde en images, Camille va l’apprendre bientôt. La toute première, l’image inaugurale, en quelque sorte, c’est celle du pont qui enjambe le boulevard périphérique où la camionnette de Trarieux s’arrête en catastrophe en travers de la chaussée. Derrière lui, deux véhicules de la police, devant lui un troisième qui lui barre la route. Les agents sont descendus et le mettent en joue à l’abri de leurs portières ouvertes. Camille sort lui aussi, il a dégainé son arme, il s’apprête à hurler les sommations quand il voit l’homme sortir de sa camionnette et courir lourdement vers le parapet du pont où, aussi étrange que cela paraisse, il s’assoit, face à eux, comme s’il les invitait.
Tout le monde comprend immédiatement, à le voir comme ça, assis sur le parapet en béton, dos au boulevard périphérique, les jambes ballantes, face aux policiers qui avancent à sa rencontre lentement, leurs armes tendues vers lui. C’est cette première image qui va rester. L’homme regarde les policiers qui approchent.
Il écarte les bras, comme s’il voulait faire une déclaration historique.
Puis il lève les jambes, très haut.
Et bascule vers l’arrière.
Avant d’arriver au parapet, les policiers entendent le choc de son corps qui s’écrase sur la voie rapide, le bruit du camion qui le percute aussitôt, les coups de frein, les klaxons, les tôles froissées des véhicules qui ne parviennent pas à s’éviter.
Camille regarde. Sous lui, des voitures arrêtées, tous phares allumés, des feux de détresse, il se retourne, traverse le pont en courant, se penche sur l’autre parapet, l’homme est passé sous un semi-remorque, on voit la moitié de son corps, sa tête notamment, écrasée, et le sang qui se répand lentement sur le bitume.
La seconde image, pour Camille, arrive environ vingt minutes plus tard. Le boulevard périphérique est entièrement bouclé, tout le secteur est une féerie de gyrophares, de lumières, de sirènes, d’avertisseurs, d’ambulances, de pompiers, de policiers, de conducteurs, de badauds. Ça se passe sur le pont, dans la voiture. Louis note, au téléphone, sous la dictée d’Armand, les éléments d’information réunis sur Trarieux. À côté de lui, Camille a enfilé des gants de caoutchouc, il tient en main le téléphone portable recueilli sur le cadavre et qui a miraculeusement échappé aux roues du semi-remorque.
Des photos. Six. Elles montrent une sorte de caisse en bois dont les planches sont largement espacées, suspendue au-dessus du sol. Et dedans, enfermée, une femme, jeune, elle peut avoir trente ans, les cheveux plats, gras et sales, totalement nue, recroquevillée dans cet espace évidemment trop petit pour elle. Sur chaque image, elle regarde vers le photographe. Ses yeux sont profondément cernés, son regard halluciné. Traits fins pourtant, beau regard sombre, elle est dans un état de délabrement avancé, ça ne masque pourtant pas le fait qu’en temps normal, elle doit être assez jolie. Mais pour le moment, toutes les photos affirment la même chose, jolie ou pas, cette fille enfermée est en train de mourir.
— C’est une fillette, dit Louis.
— T’es pas bien ? Elle a au moins trente ans !
— Non, pas la fille. La cage. Ça s’appelle une « fillette ».
Et comme Camille fronce les sourcils, interrogatif :
— Une cage où on ne peut tenir ni assis ni debout.
Louis s’est arrêté. Il n’aime pas étaler ses connaissances, il sait qu’avec Camille… Mais cette fois, Camille lui fait un signe agacé, allez, magne-toi.
— Le supplice a été créé sous Louis XI, pour l’évêque de Verdun, je crois. Il y serait resté plus de dix ans. C’est une sorte de torture passive très efficace. Les articulations se soudent, les muscles s’atrophient… Et ça rend fou.
On voit les mains de la jeune femme agrippées à la planche. Ces images vous retournent le ventre. Sur la dernière, on ne voit que le haut de son visage et trois énormes rats qui marchent sur le couvercle de la cage.