Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Allons, allons, dit-il, je meurs sans regret; j�ai tout poss�d� sur la terre; j�ai tout connu; j�ai pu tout ce qu�il est donn� � la cr�ature de pouvoir; j�allais atteindre � l�immortalit�.
Balsamo fit entendre un sombre rire dont le sinistre �clat rappela l�attention du vieillard.
Alors Althotas, lui lan�ant � travers les flammes qui lui faisaient comme un voile un regard empreint d�une majest� farouche:
� Oui, tu as raison, dit-il, il y a une chose que je n�avais pas pr�vue: je n�avais pas pr�vu Dieu.
Et, comme si ce mot puissant e�t d�racin� toute son �me, Althotas se renversa sur son fauteuil; il avait rendu � Dieu ce dernier soupir qu�il avait esp�r� soustraire � Dieu.
Balsamo poussa un soupir; et, sans essayer de rien soustraire au b�cher pr�cieux sur lequel cet autre Zoroastre s��tait couch� pour mourir, il redescendit pr�s de Lorenza et l�cha le ressort de la trappe, qui alla se rajuster au plafond, d�robant � ses yeux l�immense fournaise qui bouillonnait, pareille au crat�re d�un volcan.
Pendant toute la nuit, la flamme gronda au-dessus de la t�te de Balsamo comme un ouragan, sans que Balsamo fit rien pour l��teindre ou pour la fuir, insensible qu�il �tait � tout danger pr�s du corps insensible de Lorenza; mais, contre son attente, apr�s avoir tout d�vor�, apr�s avoir mis � nu la vo�te de brique dont il avait an�anti les pr�cieux ornements, le feu s��teignit, et Balsamo entendit ses derniers rugissements, qui, pareils � ceux d�Althotas, d�g�n�raient en plaintes et mouraient en soupirs.
Chapitre 135. O� l�on redescend sur la terre
M. le duc de Richelieu �tait dans la chambre � coucher de son h�tel de Versailles, o� il prenait son chocolat � la vanille, en compagnie de M. Raft�, lequel lui demandait ses comptes.
Le duc, fort occup� de son visage, qu�il regardait de loin dans une glace, ne pr�tait qu�une fort m�diocre attention aux calculs plus ou moins exacts de M. son secr�taire.
Tout � coup, un certain bruit de souliers craquant dans l�antichambre annon�a une visite, et le duc exp�dia promptement le reste de son chocolat en regardant avec inqui�tude du c�t� de la porte.
Il y avait des heures o� M. de Richelieu, comme les vieilles coquettes, n�aimait pas � recevoir tout le monde.
Le valet de chambre annon�a M. de Taverney.
Le duc allait sans doute r�pondre par quelque �chappatoire, qui eut remis � un autre jour, ou du moins � une autre heure la visite de son ami; mais, aussit�t la porte ouverte, le p�tulant vieillard se pr�cipita dans la chambre, tendit, en passant, un bout de doigt au mar�chal et courut s�ensevelir dans une immense berg�re qui g�mit sous le choc bien plus que sous le poids.
Richelieu vit passer son ami, pareil � un de ces hommes fantastiques � l�existence desquels Hoffmann nous a fait croire depuis. Il entendit le craquement de la berg�re, il entendit un soupir �norme et, se retournant vers son h�te:
� Eh! baron, dit-il, qu�y a-t-il donc de nouveau? Tu me sembles triste comme la mort.
� Triste, dit Taverney, triste!
� Pardieu! ce n�est pas un soupir de joie que tu as pouss� l�, ce me semble.
Le baron regarda le mar�chal d�un air qui voulait dire que, tant que Raft� serait l�, on n�aurait pas l�explication de ce soupir.
Raft� comprit sans avoir la peine de se retourner; car lui aussi, comme son ma�tre, regardait parfois dans les glaces.
Ayant compris, il se retira donc discr�tement.
Le baron le suivit des yeux, et, comme la porte se refermait derri�re lui:
� Ne dis pas triste, duc, fit le baron; dis inquiet, et inquiet mortellement.
� Bah!
� En v�rit�, s��cria Taverney en joignant les mains, je te conseille de faire l��tonn�. Voil� pr�s d�un grand mois que tu me prom�nes avec des mots vagues, tels que ceux-ci: �Je n�ai pas vu le roi�; ou bien encore: �Le roi ne m�a pas vu� ou bien: �Le roi me boude.� Cordieu! duc, ce n�est pas ainsi qu�on r�pond � un vieil ami. Un mois, comprends donc! mais c�est l��ternit�.
Richelieu haussa les �paules.
� Que diable veux-tu que je dise, baron? r�pliqua-t-il.
� Eh! la v�rit�.
� Mordieu! je te l�ai dite, la v�rit�; mordieu! je te la corne aux oreilles, la v�rit�; seulement, tu ne veux pas la croire, voil� tout.
� Comment, toi, un duc et pair, un mar�chal de France, un gentilhomme de la chambre, tu veux me faire accroire que tu ne vois pas le roi, toi qui vas tous les matins au lever? Allons donc!
� Je te l�ai dit et je te le r�p�te, cela n�est pas croyable, mais c�est ainsi; depuis trois semaines, je vais tous les jours au lever, moi duc et pair, moi mar�chal de France, moi gentilhomme de la chambre!
� Et le roi ne te parle pas, interrompit Taverney, et tu ne parles pas au roi? Et tu veux me faire avaler une pareille bourde?
� Eh! baron, mon cher, tu deviens impertinent; tendre ami, tu me d�mens, en v�rit�, comme si nous avions quarante ans de moins et le coup de pointe facile.
� Mais c�est � enrager, duc.
� Ah! cela, c�est autre chose; enrage, mon cher; j�enrage bien, moi.
� Tu enrages?
� Il y a de quoi. Puisque je te dis que, depuis ce jour, le roi ne m�a pas regard�! Puisque je te dis que Sa Majest� m�a constamment tourn� le dos! Puisque, chaque fois que j�ai cru devoir lui sourire agr�ablement, le roi m�a r�pondu par une affreuse grimace! Puisque enfin je suis las d�aller me faire bafouer � Versailles! Voyons, que veux-tu que j�y fasse?
Taverney se mordait cruellement les ongles pendant cette r�plique du mar�chal.
� Je n�y comprends rien, dit-il enfin.
� Ni moi, baron.
� En v�rit�, c�est � croire que le roi s�amuse de tes inqui�tudes; car enfin�
� Oui, c�est ce que je me dis, baron. Enfin!�
� Voyons, duc, il s�agit de nous sortir de cet embarras; il s�agit de tenter quelque adroite d�marche par laquelle tout s�explique.
� Baron, baron, reprit Richelieu, il y a du danger � provoquer les explications des rois.
� Tu penses?
� Oui. Veux-tu que je te dise?
� Parle.
� Eh bien, je me d�fie de quelque chose.
� Et de quoi? demanda le baron fi�rement.
� Ah! voil� que tu te f�ches.
� Il y a de quoi, ce me semble.
� Alors, n�en parlons plus.
� Au contraire, parlons-en; mais explique-toi.
� Tu as le diable au corps avec tes explications; en v�rit�, c�est une monomanie. Prends-y garde.
� Je te trouve charmant, duc; tu vois tous nos plans arr�t�s, tu vois une stagnation inexplicable dans la marche de mes affaires, et tu me conseilles d�attendre!
� Quelle stagnation? Voyons.
� D�abord, tiens.
� Une lettre?
� Oui, de mon fils.
� Ah! le colonel.
� Beau colonel!
� Bon! qu�y a-t-il encore par l�?
� Il y a que, depuis pr�s d�un mois aussi, Philippe attend � Reims la nomination que le roi lui a promise, que cette nomination n�arrive pas, et que le r�giment va partir dans deux jours.
� Diable! le r�giment part?
� Oui, pour Strasbourg. De sorte que, si dans deux jours Philippe n�a pas re�u ce brevet�
� Eh bien?
� Dans deux jours, Philippe sera ici.
� Oui, je comprends, on l�a oubli�, le pauvre gar�on: c�est l� l�ordinaire dans les bureaux organis�s comme ceux du nouveau minist�re. Ah! si j�eusse �t� ministre, le brevet serait parti!
� Hum! reprit Taverney.
� Tu dis?
� Je dis que je n�en crois pas un mot.
� Comment?
� Si tu eusses �t� ministre, tu eusses envoy� Philippe aux cinq cents diables.
� Oh!
� Et son p�re aussi.
� Oh! oh!
� Et sa s�ur encore plus loin.
� Il y a du plaisir � causer avec toi, Taverney; tu es rempli d�esprit; mais brisons l�.
� Je ne demande pas mieux pour moi; mais mon fils ne peut briser l�, lui! sa position n�est pas tenable. Duc, il faut absolument voir le roi.
� Eh! je ne fais que cela, te dis-je.
� Lui parler.
� Eh! mon cher, on ne parle pas au roi, s�il ne vous parle pas.
� Le forcer.
� Ah! je ne suis pas le pape, moi.
� Alors, dit Taverney, je vais me d�cider � parler � ma fille; car il y a dans tout ceci du louche, monsieur le duc.