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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Ce mot fut magique.

Richelieu avait sond� Taverney; il le connaissait rou�, comme M. Lafare ou M. de Noc�, ses amis de jeunesse, dont la belle r�putation s��tait conserv�e intacte. Il craignait l�alliance du p�re et de la fille; il craignait quelque chose d�inconnu, enfin, qui lui causerait disgr�ce.

� Eh bien, ne te f�che pas, dit-il; je tenterai encore une d�marche. Mais il me faut un pr�texte.

� Ce pr�texte, tu l�as.

� Moi?

� Sans doute.

� Lequel?

� Le roi a fait une promesse.

� � qui?

� � mon fils. Et cette promesse�

� Eh bien?

� On peut la lui rappeler.

� En effet, c�est un biais. As-tu cette lettre?

� Oui.

� Donne-la-moi.

Taverney la tira de la poche de sa veste, et la tendit au duc en lui recommandant la hardiesse et la circonspection tout � la fois.

� Le feu et l�eau, dit Richelieu; allons, on voit bien que nous extravaguons. N�importe, le vin est tir�, il faut le boire.

Il sonna.

� Qu�on m�habille, et qu�on attelle, dit le duc.

Puis, se tournant vers Taverney:

� Est-ce que tu veux assister � ma toilette, baron? demanda-t-il d�un air inquiet.

Taverney comprit qu�il d�sobligerait fort son ami en acceptant.

� Non, mon cher, impossible, dit-il; j�ai une course � faire par la ville; donne-moi un rendez-vous quelque part.

� Mais, au ch�teau.

� Soit, au ch�teau.

� Il importe que, toi aussi, tu voies Sa Majest�.

� Tu crois? dit Taverney enchant�.

� Je l�exige; je veux que tu t�assures par toi-m�me de l�exactitude de ma parole.

� Je ne doute pas; mais enfin, puisque tu le veux�

� Tu aimes autant cela, hein?

� Mais oui, franchement.

� Eh bien, dans la galerie des Glaces, � onze heures, pendant que moi, j�entrerai chez Sa Majest�.

� Soit, adieu.

� Sans rancune, cher baron, dit Richelieu, qui, jusqu�au dernier moment, tenait � ne pas se faire un ennemi dont la force �tait encore inconnue.

Taverney remonta dans son carrosse et partit pour faire, seul et pensif, une longue promenade dans le jardin, tandis que Richelieu, laiss� aux soins de ses valets de chambre, se rajeunissait � son aise, importante occupation qui ne prit pas moins de deux heures � l�illustre vainqueur de Mahon.

C��tait, cependant, bien moins de temps encore que Taverney ne lui en avait accord� dans son esprit, et le baron aux aguets vit, � onze heures pr�cises, le carrosse du mar�chal s�arr�ter devant le perron du palais, o� les officiers de service salu�rent Richelieu tandis que les huissiers l�introduisirent.

Le c�ur de Taverney battait avec violence: il abandonna sa promenade, et lentement, plus lentement que son esprit ardent ne l�e�t permis, il se rendit dans la galerie des Glaces, o� bon nombre de courtisans peu favoris�s, d�officiers porteurs de placets et de gentill�tres ambitieux, posaient comme des statues sur le parquet glissant, pi�destal fort bien appropri� au genre de figures amoureuses de la Fortune.

Taverney se perdit en soupirant dans la foule, avec cette pr�caution, cependant, de prendre une encoignure � port�e du mar�chal, lorsqu�il sortirait de chez Sa Majest�.

� Oh! murmurait-il entre ses dents, �tre rel�gu� avec les hobereaux et ces plumets sales, moi, moi qui, il y a un mois, soupais en t�te � t�te avec Sa Majest�!

Et de son sourcil pliss� s��chappait plus d�un soup�on inf�me qui e�t fait rougir la pauvre Andr�e.

Chapitre 136. La m�moire des rois

Richelieu, comme il l�avait promis, s��tait all� poster bravement sous le regard de Sa Majest� au moment o� M. de Cond� lui tendait sa chemise.

Le roi, en apercevant le mar�chal, fit un si brusque mouvement pour se d�tourner, que la chemise faillit tomber � terre, et que le prince, tout surpris, se recula.

� Pardon, mon cousin, dit Louis XV, afin de bien prouver au prince qu�il n�y avait rien de personnel pour lui dans ce brusque mouvement.

Aussi Richelieu comprit-il parfaitement que la col�re �tait pour lui.

Mais, comme il �tait venu d�cid� � provoquer toute cette col�re, si besoin �tait, afin d�avoir une explication s�rieuse, il changea de face comme � Fontenoy, et s�alla poster � l�endroit o� le roi devait passer pour entrer dans son cabinet.

Le roi, ne voyant plus le mar�chal, se remit � parler librement et gracieusement; il s�habilla, projeta une chasse � Marly, et consulta longuement son cousin; car MM. de Cond� ont toujours eu la r�putation d��tre grands chasseurs.

Mais, au moment de passer dans son cabinet, alors que tout le monde �tait d�j� parti, il aper�ut Richelieu posant avec toutes ses gr�ces pour la plus charmante r�v�rence qu�on e�t faite depuis Lauzun, qui, on se le rappelle, saluait si bien.

Louis XV s�arr�ta presque d�contenanc�.

� Encore ici, monsieur de Richelieu? dit-il.

� Aux ordres de Sa Majest�; oui, sire.

� Mais vous ne quittez donc pas Versailles?

� Depuis quarante ans, sire, il est bien rare que je m�en sois �loign� pour autre chose que pour le service de Votre Majest�.

Le roi s�arr�ta en face du mar�chal.

� Voyons, dit-il, vous me voulez quelque chose, n�est-ce pas?

� Moi, sire? fit Richelieu souriant; eh! quoi donc?

� Mais vous me poursuivez, duc, morbleu! Je m�en aper�ois bien, ce me semble.

� Oui! sire, de mon amour et de mon respect; merci, sire.

� Oh! vous faites semblant de ne pas m�entendre; mais vous me comprenez � merveille. Eh bien, moi, sachez-le, monsieur le mar�chal, je n�ai rien � vous dire.

� Rien, sire?

� Absolument rien.

Richelieu s�arma d�une profonde indiff�rence.

� Sire, dit-il, j�ai toujours eu le bonheur de me dire, en mon �me et conscience, que mon assiduit� pr�s du roi �tait d�sint�ress�e: un grand point, sire, depuis ces quarante ans dont je parlais � Votre Majest�; aussi, les envieux ne diront pas que jamais le roi m�ait accord� quelque chose. L� dessus, heureusement, ma r�putation est faite.

� Eh! duc, demandez pour vous si vous avez besoin de quelque chose, mais demandez vite.

� Sire, je n�ai absolument besoin de rien et, pour le pr�sent, je me borne � supplier Votre Majest�

� De quoi?

� De vouloir bien admettre � la remercier�

� Qui cela?

� Sire, quelqu�un qui a une bien grande obligation au roi.

� Mais enfin?

� Quelqu�un, sire, � qui Votre Majest� a fait l�honneur insigne� Ah! c�est que, quand on a eu l�honneur de s�asseoir � la table de Votre Majest�, lorsqu�on a go�t� de cette conversation si d�licate, de cette gaiet� si charmante, qui fait de Votre Majest� le plus divin convive, c�est qu�alors, sire, on n�oublie jamais, et qu�on prend vite une si douce habitude.

� Vous �tes une langue dor�e, monsieur de Richelieu.

� Oh! sire�

� En somme, de qui voulez-vous parler?

� De mon ami Taverney.

� De votre ami? s��cria le roi.

� Pardon, sire.

� Taverney! reprit le roi avec une esp�ce d��pouvante qui �tonna fort le duc.

� Que voulez-vous, sire! un vieux camarade�

Il s�arr�ta un instant.

� Un homme qui a servi sous Villars avec moi.

Il s�arr�ta encore.

� Vous le savez, sire, on appelle ami, en ce monde, tout ce qu�on conna�t, tout ce qui n�est pas ennemi; c�est un mot poli qui ne couvre souvent pas grand-chose.

� C�est un mot compromettant, duc, reprit le roi avec aigreur; c�est un mot dont il convient d�user avec r�serve.

� Les conseils de Votre Majest� sont des pr�ceptes de sagesse. M. de Taverney, donc�

� M. de Taverney est un homme immoral.

� Eh bien, sire, dit Richelieu, foi de gentilhomme, je m�en �tais dout�.

� Un homme sans d�licatesse, monsieur le mar�chal.

� Quant � sa d�licatesse, sire, je n�en parlerai pas devant Sa Majest�; je ne garantis que ce que je connais.

� Comment! vous ne garantissez pas la d�licatesse de votre ami, d�un vieux serviteur, d�un homme qui a servi avec vous sous Villars, d�un homme que vous m�avez pr�sent�, enfin? Vous le connaissez, cependant, lui!

� Lui, certainement, sire; mais sa d�licatesse, non. Sully disait � votre a�eul Henri IV qu�il avait vu sortir sa fi�vre habill�e d�une robe verte; moi, j�avoue bien humblement, sire, que je n�ai jamais su comment s�habillait la d�licatesse de Taverney.

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