Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Ce mot fut magique.
Richelieu avait sond� Taverney; il le connaissait rou�, comme M. Lafare ou M. de Noc�, ses amis de jeunesse, dont la belle r�putation s��tait conserv�e intacte. Il craignait l�alliance du p�re et de la fille; il craignait quelque chose d�inconnu, enfin, qui lui causerait disgr�ce.
� Eh bien, ne te f�che pas, dit-il; je tenterai encore une d�marche. Mais il me faut un pr�texte.
� Ce pr�texte, tu l�as.
� Moi?
� Sans doute.
� Lequel?
� Le roi a fait une promesse.
� � qui?
� � mon fils. Et cette promesse�
� Eh bien?
� On peut la lui rappeler.
� En effet, c�est un biais. As-tu cette lettre?
� Oui.
� Donne-la-moi.
Taverney la tira de la poche de sa veste, et la tendit au duc en lui recommandant la hardiesse et la circonspection tout � la fois.
� Le feu et l�eau, dit Richelieu; allons, on voit bien que nous extravaguons. N�importe, le vin est tir�, il faut le boire.
Il sonna.
� Qu�on m�habille, et qu�on attelle, dit le duc.
Puis, se tournant vers Taverney:
� Est-ce que tu veux assister � ma toilette, baron? demanda-t-il d�un air inquiet.
Taverney comprit qu�il d�sobligerait fort son ami en acceptant.
� Non, mon cher, impossible, dit-il; j�ai une course � faire par la ville; donne-moi un rendez-vous quelque part.
� Mais, au ch�teau.
� Soit, au ch�teau.
� Il importe que, toi aussi, tu voies Sa Majest�.
� Tu crois? dit Taverney enchant�.
� Je l�exige; je veux que tu t�assures par toi-m�me de l�exactitude de ma parole.
� Je ne doute pas; mais enfin, puisque tu le veux�
� Tu aimes autant cela, hein?
� Mais oui, franchement.
� Eh bien, dans la galerie des Glaces, � onze heures, pendant que moi, j�entrerai chez Sa Majest�.
� Soit, adieu.
� Sans rancune, cher baron, dit Richelieu, qui, jusqu�au dernier moment, tenait � ne pas se faire un ennemi dont la force �tait encore inconnue.
Taverney remonta dans son carrosse et partit pour faire, seul et pensif, une longue promenade dans le jardin, tandis que Richelieu, laiss� aux soins de ses valets de chambre, se rajeunissait � son aise, importante occupation qui ne prit pas moins de deux heures � l�illustre vainqueur de Mahon.
C��tait, cependant, bien moins de temps encore que Taverney ne lui en avait accord� dans son esprit, et le baron aux aguets vit, � onze heures pr�cises, le carrosse du mar�chal s�arr�ter devant le perron du palais, o� les officiers de service salu�rent Richelieu tandis que les huissiers l�introduisirent.
Le c�ur de Taverney battait avec violence: il abandonna sa promenade, et lentement, plus lentement que son esprit ardent ne l�e�t permis, il se rendit dans la galerie des Glaces, o� bon nombre de courtisans peu favoris�s, d�officiers porteurs de placets et de gentill�tres ambitieux, posaient comme des statues sur le parquet glissant, pi�destal fort bien appropri� au genre de figures amoureuses de la Fortune.
Taverney se perdit en soupirant dans la foule, avec cette pr�caution, cependant, de prendre une encoignure � port�e du mar�chal, lorsqu�il sortirait de chez Sa Majest�.
� Oh! murmurait-il entre ses dents, �tre rel�gu� avec les hobereaux et ces plumets sales, moi, moi qui, il y a un mois, soupais en t�te � t�te avec Sa Majest�!
Et de son sourcil pliss� s��chappait plus d�un soup�on inf�me qui e�t fait rougir la pauvre Andr�e.
Chapitre 136. La m�moire des rois
Richelieu, comme il l�avait promis, s��tait all� poster bravement sous le regard de Sa Majest� au moment o� M. de Cond� lui tendait sa chemise.
Le roi, en apercevant le mar�chal, fit un si brusque mouvement pour se d�tourner, que la chemise faillit tomber � terre, et que le prince, tout surpris, se recula.
� Pardon, mon cousin, dit Louis XV, afin de bien prouver au prince qu�il n�y avait rien de personnel pour lui dans ce brusque mouvement.
Aussi Richelieu comprit-il parfaitement que la col�re �tait pour lui.
Mais, comme il �tait venu d�cid� � provoquer toute cette col�re, si besoin �tait, afin d�avoir une explication s�rieuse, il changea de face comme � Fontenoy, et s�alla poster � l�endroit o� le roi devait passer pour entrer dans son cabinet.
Le roi, ne voyant plus le mar�chal, se remit � parler librement et gracieusement; il s�habilla, projeta une chasse � Marly, et consulta longuement son cousin; car MM. de Cond� ont toujours eu la r�putation d��tre grands chasseurs.
Mais, au moment de passer dans son cabinet, alors que tout le monde �tait d�j� parti, il aper�ut Richelieu posant avec toutes ses gr�ces pour la plus charmante r�v�rence qu�on e�t faite depuis Lauzun, qui, on se le rappelle, saluait si bien.
Louis XV s�arr�ta presque d�contenanc�.
� Encore ici, monsieur de Richelieu? dit-il.
� Aux ordres de Sa Majest�; oui, sire.
� Mais vous ne quittez donc pas Versailles?
� Depuis quarante ans, sire, il est bien rare que je m�en sois �loign� pour autre chose que pour le service de Votre Majest�.
Le roi s�arr�ta en face du mar�chal.
� Voyons, dit-il, vous me voulez quelque chose, n�est-ce pas?
� Moi, sire? fit Richelieu souriant; eh! quoi donc?
� Mais vous me poursuivez, duc, morbleu! Je m�en aper�ois bien, ce me semble.
� Oui! sire, de mon amour et de mon respect; merci, sire.
� Oh! vous faites semblant de ne pas m�entendre; mais vous me comprenez � merveille. Eh bien, moi, sachez-le, monsieur le mar�chal, je n�ai rien � vous dire.
� Rien, sire?
� Absolument rien.
Richelieu s�arma d�une profonde indiff�rence.
� Sire, dit-il, j�ai toujours eu le bonheur de me dire, en mon �me et conscience, que mon assiduit� pr�s du roi �tait d�sint�ress�e: un grand point, sire, depuis ces quarante ans dont je parlais � Votre Majest�; aussi, les envieux ne diront pas que jamais le roi m�ait accord� quelque chose. L� dessus, heureusement, ma r�putation est faite.
� Eh! duc, demandez pour vous si vous avez besoin de quelque chose, mais demandez vite.
� Sire, je n�ai absolument besoin de rien et, pour le pr�sent, je me borne � supplier Votre Majest�
� De quoi?
� De vouloir bien admettre � la remercier�
� Qui cela?
� Sire, quelqu�un qui a une bien grande obligation au roi.
� Mais enfin?
� Quelqu�un, sire, � qui Votre Majest� a fait l�honneur insigne� Ah! c�est que, quand on a eu l�honneur de s�asseoir � la table de Votre Majest�, lorsqu�on a go�t� de cette conversation si d�licate, de cette gaiet� si charmante, qui fait de Votre Majest� le plus divin convive, c�est qu�alors, sire, on n�oublie jamais, et qu�on prend vite une si douce habitude.
� Vous �tes une langue dor�e, monsieur de Richelieu.
� Oh! sire�
� En somme, de qui voulez-vous parler?
� De mon ami Taverney.
� De votre ami? s��cria le roi.
� Pardon, sire.
� Taverney! reprit le roi avec une esp�ce d��pouvante qui �tonna fort le duc.
� Que voulez-vous, sire! un vieux camarade�
Il s�arr�ta un instant.
� Un homme qui a servi sous Villars avec moi.
Il s�arr�ta encore.
� Vous le savez, sire, on appelle ami, en ce monde, tout ce qu�on conna�t, tout ce qui n�est pas ennemi; c�est un mot poli qui ne couvre souvent pas grand-chose.
� C�est un mot compromettant, duc, reprit le roi avec aigreur; c�est un mot dont il convient d�user avec r�serve.
� Les conseils de Votre Majest� sont des pr�ceptes de sagesse. M. de Taverney, donc�
� M. de Taverney est un homme immoral.
� Eh bien, sire, dit Richelieu, foi de gentilhomme, je m�en �tais dout�.
� Un homme sans d�licatesse, monsieur le mar�chal.
� Quant � sa d�licatesse, sire, je n�en parlerai pas devant Sa Majest�; je ne garantis que ce que je connais.
� Comment! vous ne garantissez pas la d�licatesse de votre ami, d�un vieux serviteur, d�un homme qui a servi avec vous sous Villars, d�un homme que vous m�avez pr�sent�, enfin? Vous le connaissez, cependant, lui!
� Lui, certainement, sire; mais sa d�licatesse, non. Sully disait � votre a�eul Henri IV qu�il avait vu sortir sa fi�vre habill�e d�une robe verte; moi, j�avoue bien humblement, sire, que je n�ai jamais su comment s�habillait la d�licatesse de Taverney.