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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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La cour, encore riche et nombreuse d��quipages et de livr�es, avait cependant diminu� depuis Compi�gne. � moins d��tre un fort grand seigneur, on ne pouvait gu�re suivre le roi doublant et triplant les �tapes ordinaires, gr�ce aux relais de chevaux qu�il avait plac�s sur la route.

Les petits �taient demeur�s � Compi�gne, ou avaient pris la poste pour revenir � Paris et laisser souffler leur attelage.

Mais, apr�s un jour de repos chez eux, ma�tres et gens rentraient en campagne et couraient Saint-Denis, autant pour voir la foule que pour revoir la dauphine, qu�ils avaient d�j� vue.

Et puis, outre la cour, n�y avait-il pas � cette �poque mille �quipages: le Parlement, les finances, le gros commerce, les femmes � la mode et l�Op�ra; n�y avait-il pas les chevaux et les carrosses de louage, ainsi que les carabas, qui, vers Saint-Denis, roulaient entass�s vingt-cinq Parisiens et Parisiennes s��touffant au petit trot et arrivant � destination plus tard, bien certainement, qu�ils n�eussent fait � pied?

On se fait donc facilement une id�e de l�arm�e formidable qui se dirigea vers Saint-Denis le matin du jour o� les gazettes et les placards avaient annonc� que madame la dauphine y devait arriver, et qui alla s�entasser juste en face du couvent des carm�lites, et, quand il n�y eut plus moyen de trouver de place dans le rayon privil�gi�, s��tendant tout le long du chemin par lequel devaient arriver et partir madame la dauphine et sa suite.

Maintenant qu�on se figure dans cette foule, �pouvantail du Parisien lui-m�me, qu�on se figure Gilbert, petit, seul, ind�cis, ignorant les localit�s, et si fier que jamais il n�e�t voulu demander un renseignement; car, depuis qu�il �tait � Paris, il tenait � passer pour un Parisien pur, lui qui n�avait jamais vu plus de cent personnes assembl�es!

D�abord, sur son chemin, les promeneurs apparurent clairsem�s, puis ils commenc�rent � multiplier � la Chapelle; puis, enfin, en arrivant � Saint-Denis, ils semblaient sortir de dessous les pav�s, et paraissaient aussi drus que des �pis de bl� dans un champ immense.

Gilbert depuis longtemps n�y voyait plus, perdu qu�il �tait dans la foule; il allait sans savoir o�, o� la foule allait; il e�t fallu s�orienter cependant. Des enfants montaient sur un arbre; il n�osa pas �ter son habit pour faire comme eux, quoiqu�il en e�t grande envie, mais il s�approcha du tronc. Des malheureux, priv�s comme lui de tout horizon, qui marchaient sur les pieds des autres, et sur les pieds desquels on marchait, eurent l�heureuse id�e d�interroger les ascensionnaires, et apprirent de l�un d�eux qu�il y avait un grand espace vide entre le couvent et les gardes.

Gilbert, encourag� par cette premi�re question, demanda � son tour si l�on voyait les carrosses.

On ne les voyait pas encore; seulement, on apercevait sur la route, � un quart de lieue au del� de Saint-Denis, une grande poussi�re. C��tait ce que voulait savoir Gilbert; les carrosses n��taient pas encore arriv�s, il ne s�agissait plus que de savoir de quel c�t� pr�cis�ment les carrosses arriveraient.

� Paris, quand on traverse toute une foule sans lier conversation avec quelqu�un, c�est qu�on est anglais ou sourd et muet.

� peine Gilbert se fut-il jet� en arri�re pour se d�gager de toute cette multitude, qu�il trouva, au revers d�un foss�, une famille de petits bourgeois qui d�jeunaient.

Il y avait la fille, grande personne blonde, aux yeux bleus, modeste et timide.

Il y avait la m�re, grosse, petite et rieuse femme, aux dents blanches et au teint frais.

Il y avait le p�re, enfoui dans un grand habit de bouracan qui ne sortait de l�armoire que tous les dimanches, qu�il avait tir� de l�armoire pour cette occasion solennelle, et dont il se pr�occupait plus que de sa femme et de sa fille, certain qu�elles se tireraient toujours d�affaire.

Il y avait une tante, grande, maigre, s�che et quinteuse.

Il y avait une servante qui riait toujours.

Cette derni�re avait apport�, dans un �norme panier, un d�jeuner complet. Sous ce poids, la vigoureuse fille n�avait pas cess� de rire et de chanter, encourag�e par son ma�tre, qui la relayait au besoin.

Alors, un serviteur �tait de la famille; il y avait une grande analogie entre lui et le chien de la maison: battu, quelquefois; exclu, jamais.

Gilbert contempla du coin de l��il cette sc�ne, compl�tement nouvelle pour lui. Enferm� au ch�teau de Taverney depuis sa naissance, il savait ce que c��tait que le seigneur et que la valetaille, mais il ignorait enti�rement le bourgeois.

Il vit chez ces braves gens, dans l�usage mat�riel des besoins de la vie, l�emploi d�une philosophie qui, sans proc�der de Platon ni de Socrate, participait un peu de Bias, in extenso.

On avait apport� avec soi le plus possible, et on en tirait le meilleur parti possible.

Le p�re d�coupait un de ces app�tissants morceaux de veau r�ti, si cher aux petits bourgeois de Paris. Le comestible, d�j� d�vor� par les yeux de tous, reposait dor�, friand et onctueux dans le plat de terre verniss� o� l�avait enseveli la veille, parmi des carottes, des oignons et des tranches de lard, la m�nag�re soucieuse du lendemain. Puis la servante avait port� le plat chez le boulanger, qui, tout en cuisant son pain, avait donn� asile dans son four � vingt plats pareils, tous destin�s � r�tir et � se dorer de compagnie � la chaleur posthume des fagots.

Gilbert choisit au pied d�un orme voisin une petite place dont il �pousseta l�herbe souill�e avec son mouchoir � carreaux.

Il �ta son chapeau, posa son mouchoir sur cette herbe et s�assit.

Il ne donnait aucune attention � ses voisins; ce que voyant ceux-ci, ils le remarqu�rent tout naturellement.

� Voil� un jeune homme soigneux, dit la m�re.

La jeune fille rougit.

La jeune fille rougissait toutes les fois qu�il �tait question d�un jeune homme devant elle; ce qui faisait p�mer de satisfaction les auteurs de ses jours.

� Voil� un jeune homme soigneux, avait dit la m�re.

En effet, chez la bourgeoise parisienne, la premi�re observation portera toujours sur un d�faut ou sur une qualit� morale.

Le p�re se retourna.

� Et un joli gar�on, dit-il.

La rougeur de la jeune fille augmenta.

� Il para�t bien fatigu�, dit la servante; il n�a pourtant rien port�.

� Paresseux! dit la tante.

� Monsieur, dit la m�re s�adressant � Gilbert avec cette familiarit� d�interrogation qu�on ne trouve que chez les Parisiens, est-ce que les carrosses du roi sont encore loin?

Gilbert se retourna, et, voyant que c��tait � lui que l�on adressait la parole, il se leva et salua.

� Voil� un jeune homme poli, dit la m�re.

La jeune fille devint pourpre.

� Mais je ne sais, madame, r�pondit Gilbert; seulement, j�ai entendu dire que l�on voyait de la poussi�re � un quart de lieue � peu pr�s.

� Approchez-vous, monsieur, dit le bourgeois, et si le c�ur vous en dit�

Il lui montrait le d�jeuner app�tissant �tendu sur l�herbe.

Gilbert s�approcha. Il �tait � jeun: l�odeur des mets lui paraissait s�duisante; mais il sentit ses vingt-cinq ou ses vingt-six sous dans sa poche, et, songeant que pour le tiers de sa fortune il aurait un d�jeuner presque aussi succulent que celui qui lui �tait offert, il ne voulut rien accepter de gens qu�il voyait pour la premi�re fois.

� Merci, monsieur, dit-il, grand merci, j�ai d�jeun�.

� Allons, allons, dit la bourgeoise, je vois que vous �tes homme de pr�caution, monsieur, mais vous ne verrez rien de ce c�t�-ci.

� Mais vous, dit Gilbert en souriant, vous ne verrez donc rien non plus, puisque vous y �tes comme moi?

� Oh! nous, dit la bourgeoise, c�est autre chose, nous avons notre neveu qui est sergent dans les gardes-fran�aises.

La jeune fille devint violette.

� Il se tiendra ce matin devant le Paon bleu, c�est son poste.

� Et sans indiscr�tion, demanda Gilbert, o� est le Paon bleu?

� Juste en face du couvent des carm�lites, reprit la m�re; il nous a promis de nous placer derri�re son escouade; nous aurons l� son banc, et nous verrons � merveille descendre de carrosse.

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