Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
La cour, encore riche et nombreuse d��quipages et de livr�es, avait cependant diminu� depuis Compi�gne. � moins d��tre un fort grand seigneur, on ne pouvait gu�re suivre le roi doublant et triplant les �tapes ordinaires, gr�ce aux relais de chevaux qu�il avait plac�s sur la route.
Les petits �taient demeur�s � Compi�gne, ou avaient pris la poste pour revenir � Paris et laisser souffler leur attelage.
Mais, apr�s un jour de repos chez eux, ma�tres et gens rentraient en campagne et couraient Saint-Denis, autant pour voir la foule que pour revoir la dauphine, qu�ils avaient d�j� vue.
Et puis, outre la cour, n�y avait-il pas � cette �poque mille �quipages: le Parlement, les finances, le gros commerce, les femmes � la mode et l�Op�ra; n�y avait-il pas les chevaux et les carrosses de louage, ainsi que les carabas, qui, vers Saint-Denis, roulaient entass�s vingt-cinq Parisiens et Parisiennes s��touffant au petit trot et arrivant � destination plus tard, bien certainement, qu�ils n�eussent fait � pied?
On se fait donc facilement une id�e de l�arm�e formidable qui se dirigea vers Saint-Denis le matin du jour o� les gazettes et les placards avaient annonc� que madame la dauphine y devait arriver, et qui alla s�entasser juste en face du couvent des carm�lites, et, quand il n�y eut plus moyen de trouver de place dans le rayon privil�gi�, s��tendant tout le long du chemin par lequel devaient arriver et partir madame la dauphine et sa suite.
Maintenant qu�on se figure dans cette foule, �pouvantail du Parisien lui-m�me, qu�on se figure Gilbert, petit, seul, ind�cis, ignorant les localit�s, et si fier que jamais il n�e�t voulu demander un renseignement; car, depuis qu�il �tait � Paris, il tenait � passer pour un Parisien pur, lui qui n�avait jamais vu plus de cent personnes assembl�es!
D�abord, sur son chemin, les promeneurs apparurent clairsem�s, puis ils commenc�rent � multiplier � la Chapelle; puis, enfin, en arrivant � Saint-Denis, ils semblaient sortir de dessous les pav�s, et paraissaient aussi drus que des �pis de bl� dans un champ immense.
Gilbert depuis longtemps n�y voyait plus, perdu qu�il �tait dans la foule; il allait sans savoir o�, o� la foule allait; il e�t fallu s�orienter cependant. Des enfants montaient sur un arbre; il n�osa pas �ter son habit pour faire comme eux, quoiqu�il en e�t grande envie, mais il s�approcha du tronc. Des malheureux, priv�s comme lui de tout horizon, qui marchaient sur les pieds des autres, et sur les pieds desquels on marchait, eurent l�heureuse id�e d�interroger les ascensionnaires, et apprirent de l�un d�eux qu�il y avait un grand espace vide entre le couvent et les gardes.
Gilbert, encourag� par cette premi�re question, demanda � son tour si l�on voyait les carrosses.
On ne les voyait pas encore; seulement, on apercevait sur la route, � un quart de lieue au del� de Saint-Denis, une grande poussi�re. C��tait ce que voulait savoir Gilbert; les carrosses n��taient pas encore arriv�s, il ne s�agissait plus que de savoir de quel c�t� pr�cis�ment les carrosses arriveraient.
� Paris, quand on traverse toute une foule sans lier conversation avec quelqu�un, c�est qu�on est anglais ou sourd et muet.
� peine Gilbert se fut-il jet� en arri�re pour se d�gager de toute cette multitude, qu�il trouva, au revers d�un foss�, une famille de petits bourgeois qui d�jeunaient.
Il y avait la fille, grande personne blonde, aux yeux bleus, modeste et timide.
Il y avait la m�re, grosse, petite et rieuse femme, aux dents blanches et au teint frais.
Il y avait le p�re, enfoui dans un grand habit de bouracan qui ne sortait de l�armoire que tous les dimanches, qu�il avait tir� de l�armoire pour cette occasion solennelle, et dont il se pr�occupait plus que de sa femme et de sa fille, certain qu�elles se tireraient toujours d�affaire.
Il y avait une tante, grande, maigre, s�che et quinteuse.
Il y avait une servante qui riait toujours.
Cette derni�re avait apport�, dans un �norme panier, un d�jeuner complet. Sous ce poids, la vigoureuse fille n�avait pas cess� de rire et de chanter, encourag�e par son ma�tre, qui la relayait au besoin.
Alors, un serviteur �tait de la famille; il y avait une grande analogie entre lui et le chien de la maison: battu, quelquefois; exclu, jamais.
Gilbert contempla du coin de l��il cette sc�ne, compl�tement nouvelle pour lui. Enferm� au ch�teau de Taverney depuis sa naissance, il savait ce que c��tait que le seigneur et que la valetaille, mais il ignorait enti�rement le bourgeois.
Il vit chez ces braves gens, dans l�usage mat�riel des besoins de la vie, l�emploi d�une philosophie qui, sans proc�der de Platon ni de Socrate, participait un peu de Bias, in extenso.
On avait apport� avec soi le plus possible, et on en tirait le meilleur parti possible.
Le p�re d�coupait un de ces app�tissants morceaux de veau r�ti, si cher aux petits bourgeois de Paris. Le comestible, d�j� d�vor� par les yeux de tous, reposait dor�, friand et onctueux dans le plat de terre verniss� o� l�avait enseveli la veille, parmi des carottes, des oignons et des tranches de lard, la m�nag�re soucieuse du lendemain. Puis la servante avait port� le plat chez le boulanger, qui, tout en cuisant son pain, avait donn� asile dans son four � vingt plats pareils, tous destin�s � r�tir et � se dorer de compagnie � la chaleur posthume des fagots.
Gilbert choisit au pied d�un orme voisin une petite place dont il �pousseta l�herbe souill�e avec son mouchoir � carreaux.
Il �ta son chapeau, posa son mouchoir sur cette herbe et s�assit.
Il ne donnait aucune attention � ses voisins; ce que voyant ceux-ci, ils le remarqu�rent tout naturellement.
� Voil� un jeune homme soigneux, dit la m�re.
La jeune fille rougit.
La jeune fille rougissait toutes les fois qu�il �tait question d�un jeune homme devant elle; ce qui faisait p�mer de satisfaction les auteurs de ses jours.
� Voil� un jeune homme soigneux, avait dit la m�re.
En effet, chez la bourgeoise parisienne, la premi�re observation portera toujours sur un d�faut ou sur une qualit� morale.
Le p�re se retourna.
� Et un joli gar�on, dit-il.
La rougeur de la jeune fille augmenta.
� Il para�t bien fatigu�, dit la servante; il n�a pourtant rien port�.
� Paresseux! dit la tante.
� Monsieur, dit la m�re s�adressant � Gilbert avec cette familiarit� d�interrogation qu�on ne trouve que chez les Parisiens, est-ce que les carrosses du roi sont encore loin?
Gilbert se retourna, et, voyant que c��tait � lui que l�on adressait la parole, il se leva et salua.
� Voil� un jeune homme poli, dit la m�re.
La jeune fille devint pourpre.
� Mais je ne sais, madame, r�pondit Gilbert; seulement, j�ai entendu dire que l�on voyait de la poussi�re � un quart de lieue � peu pr�s.
� Approchez-vous, monsieur, dit le bourgeois, et si le c�ur vous en dit�
Il lui montrait le d�jeuner app�tissant �tendu sur l�herbe.
Gilbert s�approcha. Il �tait � jeun: l�odeur des mets lui paraissait s�duisante; mais il sentit ses vingt-cinq ou ses vingt-six sous dans sa poche, et, songeant que pour le tiers de sa fortune il aurait un d�jeuner presque aussi succulent que celui qui lui �tait offert, il ne voulut rien accepter de gens qu�il voyait pour la premi�re fois.
� Merci, monsieur, dit-il, grand merci, j�ai d�jeun�.
� Allons, allons, dit la bourgeoise, je vois que vous �tes homme de pr�caution, monsieur, mais vous ne verrez rien de ce c�t�-ci.
� Mais vous, dit Gilbert en souriant, vous ne verrez donc rien non plus, puisque vous y �tes comme moi?
� Oh! nous, dit la bourgeoise, c�est autre chose, nous avons notre neveu qui est sergent dans les gardes-fran�aises.
La jeune fille devint violette.
� Il se tiendra ce matin devant le Paon bleu, c�est son poste.
� Et sans indiscr�tion, demanda Gilbert, o� est le Paon bleu?
� Juste en face du couvent des carm�lites, reprit la m�re; il nous a promis de nous placer derri�re son escouade; nous aurons l� son banc, et nous verrons � merveille descendre de carrosse.