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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— La semaine dernière, s’est-il passé quelque chose de particulier ?

— Non, mais je vais vérifier.

Josiane Triolet, la trentaine, les cheveux courts à la garçonne, pas très grande et menue, était pétillante de dynamisme. En un instant, elle avait consulté un classeur.

— Tiens ! J’avais oublié ! Il y a eu un changement au dernier moment. Une commande de « 19 flamme » urgente devait arriver. Il a fallu modifier le programme le jour même.

— Qui était le client ? demanda Chatel.

— Je n’ai pas encore reçu sa commande. C’est Monsieur Verdoux qui avait été prévenu et qui m’a aussitôt informée. Je me souviens à présent. Il est passé me voir le jour même et c’est lui qui a corrigé le planning…

1 Dans le jargon de l’usine, CI et CE signifiaient Couche Intérieure et Couche Extérieure.

Chapitre Six

Quentin allait de surprise en surprise. Il avait besoin de respirer un peu d’air frais, autant pour ses poumons que pour son cerveau. Avisant un petit chemin, il s’y engagea. Marcher lui libérait l’esprit et le froid stimulait ses neurones. Le meurtrier était obligatoirement une personne de l’usine. Quelqu’un au courant que la porte du fond de l’atelier pourrait être accessible pendant un court moment, et aussi que Verdoux reviendrait le soir.

Il avait probablement déjà côtoyé l’assassin. Il lui faudrait interroger tout le personnel, comparer les emplois du temps, vérifier les alibis. En attendant le renfort hypothétique promis par Gradenne, il devait poursuivre son enquête en continuant à faire confiance à son intuition.

Alors que tout le monde, sauf le meurtrier bien entendu, s’était fait à l’idée d’un accident, comment un interrogatoire de tout le personnel allait-il être perçu ? Le secret ne serait pas gardé longtemps. Et très vite, les commentaires et la rumeur feraient bientôt jaser tout le pays. Gradenne, bien qu’affaibli, devrait pouvoir le conseiller dans un domaine où il manquait d’expérience.

À l’hôtel, celui-ci avait toujours mauvaise mine. Les joues creusées, des cernes sous les yeux et une barbe grise de trois jours ne donnaient pas de lui l’image habituelle de l’élégant commissaire soigné de sa personne. Bruchet remarqua la petite machine à écrire sur sa table de nuit. En dépit de la grippe, le commissaire était actif et essayait de tenir la barre.

— Vous ne pouvez plus vous passer de moi, Bruchet, plaisanta-t-il. Pourtant vous vous débrouillez très bien. J’ai déjà envoyé un rapport au procureur. Je l’avais auparavant contacté par téléphone.

— J’ai besoin de faire le point avec vous, patron, si votre état le permet.

Le commissaire sourit et son œil brilla de satisfaction. Il était, tout compte fait, flatté que son subordonné le sollicite. Il écouta longuement le lieutenant reprendre le récit des événements du matin.

— Vous avez raison, mon petit Bruchet, il vaut mieux jouer carte sur table. Mais vous avez bien fait de rester discret. Il fallait d’abord en parler au procureur, ce que j’ai fait. Il n’a pas été vraiment surpris, mais il est content de vous. Il m’a aussi félicité pour vous avoir bien cornaqué… Non ! je plaisante. Le procureur est une vieille connaissance. Je lui ai confirmé que vous faisiez un excellent boulot et tout seul. Alors ne me faites pas regretter ce que j’ai écrit… Mon rapport est déjà parti. À présent, nous sommes chargés d’une enquête pour présomption d’homicide sur la personne de Bernard Verdoux. Un juge d’instruction a été saisi. C’est le juge Soutier-Duval, Hervé de son prénom, ajouta Gradenne en lisant un papier qu’il prit sur sa table de nuit.

— Vous le connaissez ?

— Non, d’après ce que j’ai compris, c’est un jeune.

— Ah !

— Il me semble déceler une pointe de déception, Bruchet… Auriez-vous quel que chose contre les jeunes qui débutent dans le métier ?

— Non, non, pas du tout…

– À la bonne heure ! À présent, nous travaillons sur commission rogatoire. Comme on est vendredi, je crois bien que je vais rester ici le week-end. De toute façon, ma femme est partie chez sa sœur. Elle a l’habitude, comme toute femme de flic, d’attendre son mari. Je me suis bien gardé de lui faire savoir que j’avais la grippe. Je lui dirai que je suis retenu ici pour l’enquête, ce qui ne sera qu’un demi-mensonge. Et vous, que comptez-vous faire, Bruchet ?

Quentin regarda le commissaire, surpris qu’il lui pose une telle question.

— Mais, patron… Je reste, bien entendu…

— Cela ne m’étonne pas de vous. Je vous conseille de prendre quand même un peu de repos, la semaine risque d’être pénible.

— Merci, comme l’usine tourne même pendant le week-end, je pourrai être au cœur du sujet et fouiner à mon aise. De plus, ajouta Quentin avec un soupçon de tristesse, personne ne m’attend.

— Je pense que ce serait bon de lâcher le morceau dès aujourd’hui. Cela limitera peut-être les ragots, à défaut de les éviter… Vous allez hériter d’une corvée. Je vous l’aurais bien épargnée, mais…

— Laquelle ?

— Informer la veuve. Il serait plus convenable de la prévenir avant qu’elle ne l’apprenne chez l’épicier, vous ne croyez pas ?

— C’est aussi mon avis. Je pensais retourner à la gendarmerie pour les informer que nous gardions le dossier encore un moment. Nous avons une bonne raison pour cela. Ensuite, j’irai voir madame Verdoux…

— Bonne idée. Quant à votre renfort, j’y pense, croyez-le bien, mais je ne veux pas faire de promesses en l’air, comme un politicien en campagne électorale. Si je peux dégager quelqu’un, ce ne sera pas avant lundi.

— Pas de problème, je tiendrai jusque-là…

– À présent, allez manger et bon courage !

Quentin redescendit ragaillardi. Ainsi, il n’avait pas fait d’impair et son chef l’approuvait. Ce compliment stimula son moral et son appétit.

Tout en déjeunant, Quentin ne cessait de regarder le panneau coulissant au fond de la salle, en repensant alors aux piles qui bloquaient la porte du fond de l’atelier-pilote. Son inconscient lui avait sans doute soufflé que ces piles de panneaux avaient pu, elles aussi, être déplacées…

À la gendarmerie, après le préambule des civilités habituelles, le chef Courtay s’enquit de la santé de Gradenne.

— Avec une bonne grippe, il en a pour quelques jours, mais il garde le moral, répondit Quentin. La semaine prochaine, il sera sur pied.

— J’en déduis que vous serez encore là… Puis-je savoir comment avance votre enquête ?

— Certainement, je venais pour vous en parler.

Curieusement, Courtay ne semblait ni surpris, ni contrarié par ce revirement. Son petit sourire en disait long.

— Vous prendrez bien un café, proposa le chef en se levant pour sortir.

À son retour, il ferma soigneusement la porte du bureau et, la tasse à la main, il commença à s’expliquer.

— Pour tout vous dire, et que cela reste entre nous, j’étais un peu frustré. Je ne sais pas si j’aurais été aussi perspicace que vous, mais j’aurais au moins creusé un peu plus… Malheureusement, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Nous n’avons que des urgences et sommes la plupart du temps obligés de parer au plus pressé…

D’un geste vague signifiant à la fois qu’il en avait trop dit et qu’il convenait de passer à autre chose, il poursuivit :

— Je vous remercie de m’avoir prévenu en premier. Qui va instruire le dossier ?

— C’est un jeune juge, Hervé Soutier-Duval.

— Je ne le connais pas.

— Je vais devoir aussi prévenir la veuve. Je n’aime guère ce genre de formalité.

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