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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Je vous remercie. Bonne nuit ! Je vais suivre votre conseil.

Quentin n’avait plus qu’à retourner dormir à l’hôtel. Dès le lendemain, il vérifierait une idée qui venait de germer dans son esprit…

Chapitre Cinq

Vers cinq heures, Quentin fut réveillé par l’envie de retourner à l’usine pour contrôler les points qui l’avaient intrigué la veille. Mais il était encore trop tôt s’il voulait laisser à l’équipe B le temps de prendre son rythme. Il n’irait là-bas que vers six heures.

Sa couette remontée jusqu’au ras du menton, il se cala sur l’oreiller, bien détendu dans le silence de la nuit, et réfléchit sereinement à l’affaire qui l’avait conduit dans ce trou perdu et glacé.

Le procureur avait un doute sur les circonstances de cette mort étrange. Que voulait insinuer l’auteur de la lettre anonyme ? En même temps, Quentin espérait que cette affaire lui apprendrait son métier auprès de ce supérieur qui l’intimidait un peu.

Depuis qu’il enquêtait lui-même, à sa façon, il percevait dans cette usine une atmosphère lourde et trouble, une accumulation d’injustices, de rancœurs et de frustrations ? Il avait mesuré combien la victime se révélait antipathique laissant peu de regrets.

Si Verdoux s’était suicidé, quelle étrange façon de se donner la mort ! Et pourquoi ? Sans lettre d’explication, sans raison manifeste ? Une mort naturelle… ? Verdoux avait la réputation d’un homme en pleine santé… C’est alors que lui revint une remarque de Guardac au sujet de la toxicité du formol… Il aurait pu succomber à un malaise et s’effondrer sous la presse confirmant la thèse de l’accident à la suite d’une défaillance humaine. Dans ce cas, une autopsie apporterait un éclairage décisif. Pourquoi l’adjudant Vatrin ne l’avait-il pas demandée ? Quentin repensa alors à l’intention de Gradenne de rendre visite à ce gendarme à l’hôpital.

Quant à l’hypothèse d’un meurtre, il y avait un cadavre et la presse, arme du crime, était restée sur les lieux ! L’assassinat de Verdoux ne manquait pas de mobiles, mais il manquait le meurtrier !

Arrivé à l’usine, Quentin fut surpris par un relatif silence. Le bruit provenant du hall principal était plus faible que les autres jours. En réalité, la chaîne était en panne, la presse était ouverte et le tapis roulant arrêté. Seules les ponceuses « ronflaient » normalement.

Personne dans la cabine des contremaîtres ! Dans le hall principal, le personnel s’occupait à balayer et à ranger pour les uns, à graisser ou encore à changer des pièces pour les autres… De loin, on entendait le bruit sourd des hacheuses.

— Vous cherchez quelque chose ?

Un homme d’environ trente-cinq ans, couvert de poussière, le regardait avec un sourire bienveillant.

— Bonjour, je suis le lieutenant Bruchet de la PJ et…

— Je ne vous attendais pas si tôt, coupa l’homme. Mon collègue m’a parlé de vous. Je suis Francis Mollex. Vous tombez mal, nous avons une panne de séchoir. On en a encore pour une bonne heure.

Il s’éloigna un peu et donna de grandes claques sur sa combinaison pour en chasser la poussière. De taille moyenne, svelte, il portait un collier de barbe qui le faisait ressembler à un prédicateur américain.

— J’ai dû entrer dans le séchoir à copeaux, et ce n’est pas la « peuf » qui manque…, comme on dit dans le métier en parlant de la poussière ! Pour l’instant, je ne peux rien faire de mieux. Pendant que les mécanos réparent, je fais remplir le silo de copeaux verts.

— Vous avez souvent des pannes ?

— S’il n’y en avait pas, on s’ennuierait, répondit Mollex en clignant de l’œil. Au moins, cette nuit, on ne risque pas de se faire engueuler…

— Pourquoi donc ?

— Parce que Verdoux ne viendra pas nous surveiller !

Ils s’installèrent dans le local où un radiateur électrique dispensait une douce chaleur. Mollex s’assit sur la table et invita Quentin à prendre la chaise. Contrairement à ce qu’on lui avait dit, le contremaître n’était pas le dernier à avoir vu Verdoux vivant. Il l’avait bien rencontré vers vingt-trois heures, en effet, lorsque celui-ci lui avait demandé de lui faire apporter un seau de colle et un sac de copeaux pour CI et CE.1 Mais le tout dernier à l’avoir vu était l’opérateur qui lui avait apporté le matériel à l’atelier-pilote.

— Puis-je lui parler ? demanda Quentin.

— Sans problème, je vais le faire appeler.

Mollex sortit de la cabine et, avisant un ouvrier, il lui cria :

— Tu peux demander à Ahmed de venir ?

En attendant que ce dernier les rejoigne, Quentin et le contremaître firent plus ample connaissance. Mollex était chez Polybois depuis une dizaine d’années. Il venait de se marier avec une institutrice et ne cachait pas que le travail « posté » en 3x8 lui pesait.

— Ce n’est pas le Pérou, mais je suis bien content d’avoir ce travail. Il y a quelques mois, la rumeur a couru que l’usine pourrait fermer, alors cela refroidit. Dans le coin, les emplois ne courent pas les rues.

Un quart d’heure plus tard, un homme brun, trapu, la peau basanée, lui aussi couvert de poussière, vint frapper à la porte.

— Entre, Ahmed, on va se serrer un peu. Monsieur l’inspecteur voudrait te parler.

— Bonjour, je suis le lieutenant Bruchet de la PJ. J’enquête sur les circonstances de la mort de monsieur Verdoux.

Ahmed semblait impressionné.

— Voulez-vous que je vous laisse ? proposa Mollex.

— Non, pas du tout, mes questions n’ont rien de secret. Vers quelle heure avez-vous apporté les copeaux à monsieur Verdoux ? demanda Quentin à Ahmed.

— Vers onze heure trente, à peu près…

— Avez-vous remarqué quelque chose de particulier ?

Ahmed réfléchit un moment, les yeux baissés.

— Non, dit-il enfin. Je l’ai à peine vu. J’ai posé les copeaux et le seau de colle à l’entrée de l’atelier et c’est tout.

– Était-ce une colle particulière ?

Mollex sourit, tandis qu’Ahmed regardait Bruchet, surpris.

— Non, j’ai pris la colle normale, avant les encolleuses…

— Quelle est votre fonction dans l’usine ?

— Je suis cariste. Mais quand il y a une panne sur la chaîne, je donne un coup de main ailleurs. J’étais dans le séchoir quand on m’a appelé.

Bruchet regarda Ahmed avec un intérêt évident.

— Cela tombe bien, dit-il, je voulais justement vous rencontrer. J’aimerais savoir où sont stockés les panneaux de la nuit du mercredi de la semaine dernière.

— La fameuse nuit ! intervint Mollex. Tu t’en rappelles ?

Ahmed était perplexe. Il fit une moue dubitative.

— Ma foi, j’ai dû les mettre là où il y avait de la place… Il faudrait vérifier les étiquettes, cela va prendre du temps…

— C’est important ?

— Je ne sais pas, peut-être, répondit Quentin.

— Il faudrait d’abord s’assurer de ce qu’on a fabriqué, dit Mollex en saisissant un classeur… Voyons… mercredi dernier… Ah ! fit-il, je m’en souviens… Nous avons fabriqué du « 19 flamme ». C’est moi qui ai commencé, je me suis tapé tous les réglages.

— Que veut dire « 19 flamme » ? demanda Quentin.

— « 19 », c’est l’épaisseur en millimètres et « flamme » signifie que c’est un panneau qui résiste au feu… enfin un peu mieux que les autres. On n’en fabrique pas souvent de ceux-là… C’est un peu plus compliqué à réaliser.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il faut ajouter du BAST, un produit ignifugeant inséré sous forme de poudre rouge, avec une vis sans fin, juste après les encolleuses. Parfois la vis se coince, alors il faut tout arrêter. C’est une vraie calamité, ce produit. Et en plus, on ne sait pas ce qu’il contient. Cela vient d’Allemagne… Il paraît qu’il faut mettre un masque pour le manipuler parce qu’il serait toxique…

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