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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Ce que je vois confirme que cette porte a bien été ouverte, il n’y a pas longtemps. Regardez encore, il y a un éclat de peinture tout frais.

— En effet, reconnut l’ingénieur qui, depuis le matin, allait de surprise en surprise…

— Pour l’instant, je demande à ce que ce magasin soit bouclé. Vous comprenez maintenant pourquoi ?

— Parfaitement. Je vais faire le nécessaire.

Il sortit et revint dix minutes plus tard avec René Berlot et deux autres hommes.

— On pourrait mettre un cadenas et une chaîne, suggéra-t-il, mais un cadenas peut se crocheter. Je préfère les grands moyens. Nous allons souder la porte extérieure.

— N’est-ce pas un peu excessif ? s’inquiéta Quentin.

— Ne vous en faites pas, nous allons souder une barre de fer en travers sur deux ou trois points, et ensuite un coup de disqueuse suffira pour l’enlever.

— Il faudrait aussi condamner la porte depuis l’atelier-pilote, observa Quentin, mais là des scellés suffiront. J’ai ce qu’il faut.

Il alla chercher le nécessaire dans le coffre de la Laguna et entra dans le labo saluer Guardac.

— Ne vous étonnez pas, je vous expliquerai plus tard.

— Du moment que cela ne nous empêche pas de travailler… répondit philosophiquement Guardac.

Un peu plus tard, dans le bureau mis à sa disposition, le policier demanda à Chatel que l’on fasse venir le contremaître. Quand les trois hommes furent réunis, Bruchet prit la parole et expliqua que la découverte de ce matin constituait un fait nouveau très important. Mollex suggéra que c’était peut-être Verdoux lui-même qui avait ouvert la porte. Quentin objecta que la clé de cette porte aurait alors été retrouvée à l’intérieur. Or ce n’était pas le cas. Chatel émit pour la première fois l’hypothèse d’un meurtre.

— Ce serait donc une mise en scène pour faire croire à un accident, murmura Mollex pensif.

— Dites-moi, avez-vous eu des échos de notre découverte parmi le personnel ?

— Non ! Nous avons redémarré, il y a une heure seulement. Les compagnons n’ont pas eu le temps de bavarder. En revanche, j’ai entendu quelques remarques sur votre présence en pleine nuit.

— Peut-être, pensent-ils que vous remplacez Verdoux pour les espionner, observa Chatel, mi-figue mi-raisin.

— En attendant, je vous demande de ne rien dire à personne. Je dois informer le commissaire d’urgence et ensuite le procureur. Pendant ce temps, agissez comme d’habitude.

Lorsqu’il fut seul, Quentin appela l’hôtel du Grand Tétras.

— Désolé de vous importuner, patron, mais cette fois, j’ai la preuve formelle que quelqu’un est sorti par la porte du fond pendant que Verdoux était à l’intérieur.

Quentin informa aussi son chef des mesures qu’il avait prises pour protéger les lieux.

— Vous avez bien agi, Bruchet. Cette fois nous sommes ici pour un bout de temps. Je vais avertir immédiatement le procureur. Comme je suis sur le flanc, je vais vous trouver quelqu’un pour vous aider. Mais rassurez-vous, c’est vous qui continuerez à conduire l’enquête. Vous faites de l’excellent boulot.

— Merci, patron. Il serait temps aussi de faire procéder à l’autopsie de Verdoux. Qu’en pensez-vous ?

— Vous avez raison, cela s’impose maintenant ! Le procureur va certainement ouvrir une instruction et saisir un juge. Quant à vous, je vous fais confiance. Mais n’oubliez pas de déjeuner.

— Et les gendarmes ? On les met au courant ?

— Plus tard… On verra…

Depuis deux jours, Quentin vivait des moments intenses. Après tout, la grippe du commissaire qui avait commencé par l’inquiéter, était peut-être une chance pour lui. Il prenait confiance et les compliments de Gradenne l’avaient stimulé. Cependant, il avait conscience de n’être qu’au début de ses peines, et que désormais tout faux pas lui était interdit. À ce propos, n’aurait-on pas dû commencer par faire venir une équipe de l’Identité judiciaire pour fouiner dans tous les coins du magasin, et qui sait… peut-être trouver d’autres indices… ? Mais n’était-ce pas trop tard ? Il se reprocha de ne pas en avoir touché un mot à Gradenne. Il n’entendit pas immédiatement les coups frappés à sa porte.

— Entrez, dit-il en sursautant.

— Je voudrais savoir si je peux informer ma hiérarchie des faits nouveaux ? demanda Chatel.

— Ah ! Je comprends…

Quentin se leva et se détendit les jambes.

— Laissez-moi encore une journée. Je vais en discuter avec le commissaire. Pour l’instant, je préfère ne pas ébruiter ce que nous avons découvert. Après tout, vous n’êtes pas censé savoir ce que j’ai trouvé… Imaginez, ajouta-t-il avec un petit sourire, que je sois un flic un peu renfermé qui ne dise rien…

— Très bien. Je vous laisse.

Chatel sourit à son tour, soulagé de ne pas avoir à rapporter à sa direction ce rebondissement qui, à coup sûr, ne plairait pas.

À nouveau seul, Bruchet repensa en souriant à Lambard et à son « bon retour… » Maintenant, la thèse de l’accident avait du plomb dans l’aile : la porte du fond de l’atelier avait été ouverte pendant un court moment, à l’instant même où Verdoux perdait la vie à l’intérieur. Difficile de ne pas voir une relation entre ces évidences.

Celui qui avait emprunté cette porte devait connaître avec précision la durée pendant laquelle elle serait dégagée. Qui savait que les panneaux « flamme » seraient déplacés cette nuit-là ? Ce ne pouvait être qu’une personne de l’usine.

Chatel devrait pouvoir le renseigner. Il partait à sa recherche quand il entendit sa voix au bout du couloir, discutant avec une femme devant un panneau garni de fiches multicolores.

— Vous me cherchiez ? demanda l’ingénieur en le voyant.

— Oui, auriez-vous encore un moment ?

— Je suis à vous. Pendant que vous êtes là, je vous présente madame Triolet, Josiane pour les intimes, qui s’occupe de gérer le planning de production en fonction des commandes.

— Bonjour, madame. Inutile que je me présente, je pense. Vous êtes peut-être la personne susceptible de me renseigner.

Elle échangea un regard inquiet avec Chatel. Bruchet le remarqua mais ne releva pas. Il savait qu’un policier peut inspirer la méfiance, surtout dans le cadre d’une enquête criminelle. Même si le mot meurtre n’avait pas encore été prononcé en public, l’événement tragique de la semaine passée avait suffisamment perturbé les esprits.

— Si je le peux, ce sera avec plaisir, répondit-elle.

— Voilà. Je voudrais savoir qui établit le programme de fabrication.

— Ah ! Ce n’est que ça ! fit-elle soulagée. En principe, c’est moi. Je l’établis pour la semaine en fonction des commandes et des stocks. Il est rare que nous soyons en rupture, mais cela peut arriver. Dans ce cas, nous lançons une fabrication en urgence.

— Nous faisons en sorte, intervint Chatel, de faire les campagnes les plus longues possibles. Chaque changement de fabrication implique un arrêt plus ou moins important et de nouveaux réglages. En moyenne, chaque modification de produit entraîne une perte de production de plus d’une heure.

— En dehors de madame Triolet, qui élabore le planning ?

— Il m’arrive de donner un avis, voire de modifier le programme, intervint Chatel. Pour des raisons techniques, dans quelques cas, certaines machines sont davantage sollicitées. Si elles sont un peu défaillantes, il est préférable de différer des fabrications.

— Monsieur Verdoux prenait connaissance du planning quand il était là, mais il était rare qu’il le modifie. À présent, je ne consulte que monsieur Chatel.

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