Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Ah ! voilà un détail intéressant, coupa Quentin. Y en avait-il dans la colle fournie à monsieur Verdoux ?
— Absolument pas, reprit Mollex. Le BAST est ajouté après les encolleuses juste avant les distributeurs. Le plus simple est que je vous montre, suivez-moi. Viens, toi aussi, Ahmed. Les encolleuses sont de gros cylindres, longs d’environ deux mètres légèrement inclinés. À l’intérieur, des pales actionnées par un axe central malaxent les copeaux.
— Je vois, observa Quentin. La colle ne peut pas contenir de BAST, à moins de le mettre exprès… Je comprends pourquoi il faut deux encolleuses. Une pour la CE et une pour la CI. Avez-vous encore un moment à me consacrer ?
— Quand le séchoir sera réparé, il faudra encore attendre environ vingt minutes pour remplir le silo de copeaux secs. Nous avons le temps.
— Vous avez fabriqué beaucoup de ce panneau « flamme » ?
— Non, ainsi que je vous le disais, c’est un produit assez peu demandé. J’étais juste repassé en « 19 standard » quand Pourtaud a pris la relève à quatre heures.
— Lorsque les panneaux sortent de la presse, ils sont stockés pendant combien de temps avant d’être poncés ?
— Cela dépend de la demande, ils attendent au moins huit jours.
— Cela veut dire que les fameux « 19 flamme » sont encore ici ?
— Pour ceux-là, j’en suis sûr parce que la demande est faible et qu’on ne les ponce que certains jours.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est une vacherie. Voyez-vous, la poussière de ponçage est généralement récupérée pour alimenter la chaudière grâce à un brûleur spécial qui économise du fuel. Mais à cause du BAST qui ne brûle pas, la poussière de ponçage des panneaux « flamme » ne peut pas être récupérée. Elle est envoyée dehors dans une benne. Comme la poussière est rouge, de la couleur des panneaux, les jours de grand vent, c’est-à-dire souvent, toute l’usine et la campagne alentour tournent au rouge. C’est pourquoi on ne peut les poncer que les jours de calme plat.
— Il y a quelque chose qui m’intrigue, observa Quentin. Si le BAST est supposé être toxique, la poussière de ponçage l’est forcément elle aussi. Ce n’est donc pas salubre si elle est éparpillée dans la nature, vous ne croyez pas ?
— Vous avez parfaitement raison. L’ingénieur Guardac a même fait un rapport là-dessus, mais l’hygiène et la sécurité ne sont pas le principal souci de la direction…
— Leur couleur devrait nous aider à retrouver ces panneaux, suggéra Quentin.
— En effet, les « flamme » sont toujours stockés au même endroit. Ahmed va vous les montrer.
De retour près du lieu du drame, le cariste saisit la grosse poignée de la porte et la tira latéralement pour dégager un espace afin d’entrer. Il s’échappa une forte odeur, mélange d’effluves de bois et de formol.
Ahmed entraîna le policier au fond du magasin. Les deux piles de panneaux qu’il avait vus la veille étaient effectivement roses. Les étiquettes confirmaient bien qu’ils avaient été fabriqués dans la nuit du mercredi au jeudi de la semaine précédente.
— Vous savez ce qu’il y a derrière ces piles ? demanda Quentin.
Ahmed regarda le policier avec étonnement, ne semblant pas comprendre la question.
— Derrière ?… mais le mur, forcément…
— N’y aurait-il pas aussi la porte qui donne sur l’atelier-pilote ?
— Ah ! oui, c’est vrai. Comme elle est toujours fermée, on finit par l’oublier. Je ne l’ai jamais vue ouverte.
Les idées se bousculaient dans la tête de Quentin.
— Récapitulons, reprit-il. Les panneaux sont forcément empilés en commençant par le bas. Voyons ces étiquettes. Le paquet du bas est donc le premier à avoir été fabriqué ? C’est bien ça ?
— Tout à fait.
— Et c’est vous-même qui l’avez entreposé puisque c’est votre équipe qui a démarré la fabrication du « 19 flamme ». Pouvez-vous me dire à quelle heure vous l’avez placé ?
Ahmed regarda l’étiquette et confirma :
– À une heure du matin.
— Rappelez-moi pourquoi ces panneaux sont toujours déposés ici.
— Dans le fond du magasin, on met toujours les produits peu demandés, de façon à limiter les manutentions délicates. Il n’est pas facile de manœuvrer. Je suis souvent obligé de sortir en marche arrière.
— Quels sont les panneaux qui sont stockés là, à part le « flamme » ?
Ahmed se demandait où Bruchet voulait en venir avec ce genre de questions.
— Il faudrait demander à Berlot, le magasinier. Il vous expliquera. Moi, je fais en fonction de la place…
— Bon ! Je verrai avec Berlot. Excusez-moi d’insister mais c’est très important. Si vous avez déposé les panneaux ici, c’est parce que la place était libre. Depuis quand était-elle libre ?
— J’ai commencé à dégager l’emplacement vers vingt-deux heures, de façon à stocker les « 19 flamme » dès qu’ils sortiraient de la chaîne.
— Essayez de vous souvenir, demanda Quentin d’une voix calme, pendant combien de temps la porte a-t-elle été libérée ?
Ahmed venait de comprendre ce qui intéressait tant le policier.
— Je ne sais pas, balbutia-t-il, désarçonné, à la limite de la panique, peut-être un quart d’heure, peut-être plus… Je manipule tellement de panneaux dans le travail… Et cette nuit-là, j’ai navigué entre plusieurs magasins.
— Pour résumer, pouvez-vous au moins affirmer que cette porte a été dégagée, même un court moment ?
— Oui, ça c’est sûr… mais alors… ? vous croyez que… ? bredouilla Ahmed avec des yeux effarés
– Écoutez-moi bien, Ahmed, et faites-moi confiance. Je ne sais pas ce que je vais trouver derrière ces piles, mais je vous demande de ne rien dire à personne. Vous entendez bien, à personne !
Quentin avait forcé un peu le ton de façon à impressionner son interlocuteur.
– À présent, continua-t-il, je vais revoir Mollex. Je compte sur vous. Pas un mot !
Dès qu’il fut entré dans la cabine, Quentin en ferma la porte. Son visage devait refléter l’excitation intérieure qui le gagnait.
— Que vous arrive-t-il ? demanda Mollex, intrigué.
En quelques phrases débitées en rafale, Quentin lui expliqua ce qu’il venait de constater. Il dut cependant répéter plusieurs fois certains détails.
— Si je m’attendais à ça, s’étonna le contremaître en hochant la tête… Cela veut dire que quelqu’un aurait pu sortir par la porte arrière de l’atelier-pilote au moment où Verdoux était à l’intérieur… Alors… ? Vous pensez que… ?
— Ne nous affolons pas, tempéra Quentin. Jusqu’ici, ce ne sont que des suppositions. Vous comprenez que j’aie besoin de jeter un coup d’œil derrière ces piles… Pour cela il va falloir les évacuer.
— En effet, murmura Mollex, on va le faire. Mais vous allez accaparer Ahmed au moment où on va redémarrer. Comment vais-je faire sans lui ? Ça va prendre un bon bout de temps pour déménager le fond du magasin… J’ai une idée. Êtes-vous à une demi-heure près ?
— Ma foi, non…
— Alors, je vous propose de faire appel à l’un des caristes de jour, aux expéditions. Berlot ne devrait pas tarder.
— Bonne idée. J’irai le voir, mais en attendant, ne dites rien à qui que ce soit. Il faut que j’en parle aussi à Chatel que je vois arriver.
— Bonjour, plaisanta celui-ci. Il semble que vous vous plaisiez chez nous, au point d’y passer une partie de la nuit…