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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Souhaitez-vous que je vous accompagne ? Je la connais, cela vous facilitera peut-être la tâche. Il va de soi que je resterai en retrait.

Quentin ne s’attendait pas à cette proposition. Il réfléchit un court instant et répondit :

— Je dois avouer que cela m’aiderait, je vous en remercie. Seriez-vous libre dès à présent.

— Certainement, allons-y tout de suite.

Quelques minutes plus tard, ils sonnaient à la grille de madame Verdoux qui habitait un pavillon de fonction cossu dans un grand jardin. Une femme apparut en haut de l’escalier de pierre, emmitouflée dans un châle. En voyant le képi de Courtay, elle comprit à qui elle avait affaire et les fit entrer dans le hall. Bruchet remarqua de nombreux cartons empilés et un certain désordre.

— Excusez le fouillis, dit-elle, je prépare mon déménagement. Je dois libérer la maison. Polybois ne m’a pas encore demandé de partir, mais cela ne tardera pas. Après la cérémonie, j’irai dans notre propriété du Périgord. Le plus tôt sera le mieux. Le salon est encore présentable. Venez vous asseoir.

Bruchet et Courtay échangèrent un regard significatif en la suivant.

— Je vous présente le lieutenant Bruchet de la PJ. Il a des informations à vous communiquer.

— Je vous écoute, dit-elle d’une voix calme.

— Eh bien voilà, commença Quentin, très mal à l’aise, j’ai le pénible devoir de vous informer que votre mari n’a probablement pas été victime d’un accident…

— Comment ? s’exclama-t-elle. Que dites-vous ?

Elle était très pâle et ses mains tremblaient. C’était une femme de taille moyenne et mince, au visage agréable, plutôt une belle femme. Elle portait simplement un chandail de grosse laine et un jean.

— Mais alors ?… balbutia-t-elle en se tournant vers Courtay. Vous aviez pourtant conclu à un accident ?

— Nous avons découvert des faits nouveaux qui infirment cette hypothèse. Je dois aussi vous aviser que le corps de votre mari va être autopsié.

— Oh non ! cria-t-elle, pas ça !

Elle s’effondra dans le fauteuil derrière elle.

— J’avais commencé les démarches pour…

— …les obsèques ? demanda Bruchet, compatissant.

— Oui ! mon mari voulait être incinéré. Que vais-je dire à mes filles ?

— Nous trouverons le coupable, madame, je m’y engage… Permettez-moi à présent de me retirer. Je reviendrai vous voir plus tard. Vous comprenez certainement que j’aie besoin d’autres éléments pour établir la vérité.

Elle hocha la tête sans répondre, se tourna vers Quentin, les yeux secs, et murmura :

— Bien sûr ! J’ai hâte que tout cela soit fini…

Pendant le trajet du retour, Bruchet et Courtay ne dirent pas un mot. C’était la première fois que Quentin devait annoncer à une femme que son mari avait probablement été victime d’un meurtre. Courtay, le premier, rompit le silence.

— Qu’en pensez-vous ?

— Pour tout vous dire, je suis mal à l’aise…

— Je comprends. C’est un moment pénible. Moi qui ai plus de bouteille que vous, je suis à chaque fois chaviré. Cependant…

— Oui ?

— C’est difficile à dire. J’ai encore la même impression bizarre.

— Vous aviez déjà été surpris par sa réaction en allant lui annoncer la nouvelle tragique au petit matin.

— Précisément… Cela fait plus d’une semaine et pourtant, elle a paru cette fois-ci beaucoup plus affectée.

— C’est sans doute la fatigue…

— Peut-être, mais je l’ai bien observée. Vous vous souvenez que la semaine dernière, je l’avais trouvée plutôt stoïque. Cette fois, elle était d’abord calme, puis elle a craqué quand vous lui avez annoncé qu’il y avait présomption de meurtre. Et quand il a été question d’autopsie, elle s’est effondrée.

— Depuis le drame, elle doit avoir les nerfs à vif.

— Vous avez sans doute raison…

— Vous ne semblez pas convaincu…

— C’est difficile à expliquer. Je l’ai trouvée plus contrariée que chagrinée… Elle n’a pas versé une larme.

— Cela ne veut rien dire…

— Oui…, répondit le gendarme sans conviction. J’avoue ne pas comprendre. Alors qu’elle s’était faite à l’idée que son mari finirait réduit en cendres, l’annonce de l’autopsie l’a bouleversée…

— Dans une situation aussi exceptionnelle, je ne sais pas moi-même comment je réagirais…

— Pourtant, l’autopsie, si désagréable soit-elle, ne peut que faire progresser l’enquête ; c’est son intérêt à elle aussi…

Bruchet raccompagna le chef à la gendarmerie, avant de reprendre le chemin de l’usine pour informer Chatel de la situation.

— Après concertation avec mon supérieur, nous sommes convenus d’annoncer officiellement l’orientation nouvelle de l’enquête. Je souhaiterais réunir l’ensemble des cadres et une représentation du personnel. Enfin… tous ceux qui peuvent venir.

— Très bien. Je m’en occupe. Nous irons dans la salle de réunion. C’est dommage que le délégué syndical Michel Petrod soit en congé car il serait le plus apte à représenter le personnel. Je vais faire venir Bonnier qui adhère au même syndicat.

Lorsqu’il entra avec Chatel dans la salle, tout le monde n’était pas encore arrivé. Il vit Guardac, un peu crispé, à côté de deux femmes.

— Je vous présente mademoiselle Anne Daudet, dit Chatel, c’est notre responsable administrative et voici madame Flora Nortout, notre comptable. Nous attendons monsieur Mandrez, le chef de maintenance. J’ai fait prévenir monsieur Bonnier qui va venir. Nicole Crambot va nous rejoindre aussi.

Les deux femmes bavardaient à voix basse et Guardac donnait l’impression de s’ennuyer. Mademoiselle Daudet avait une bonne trentaine d’années mais la mise en valeur appuyée de sa personne ne pouvait cacher qu’elle était une vieille fille. Elle se donnait du mal pour paraître élégante, mais il lui manquait l’étincelle de bon goût pour convaincre. Flora Nortout, au contraire, bien qu’elle ait aussi un « certain âge », reflétait la douceur. Sans maquillage, son visage était souriant. Elle était sim plement vêtue d’un jean et d’une veste en tricot.

Bruchet sourit en voyant entrer un homme trapu, brun, le visage rougeaud. C’était Mandrez, les bras légèrement écartés du corps comme s’il tenait une orange sous chaque aisselle. En prenant place, celui-ci regarda ostensiblement sa montre, pour faire savoir que son temps était précieux. Il fut bientôt rejoint par un Bonnier plutôt tendu. Manifestement, il n’aimait pas les réunions !

Enfin, parut Nicole Crambot un peu contractée. Elle hésitait à entrer. Chatel referma la porte et Quentin prit la parole.

— Je vous remercie de venir à cette réunion improvisée mais indispensable. Bien que chacun ici sache certainement qui je suis, je vais néanmoins me présenter. Je suis le lieutenant Quentin Bruchet de la PJ. J’accompagne le commissaire Gradenne qui a été chargé par le procureur de la République de poursuivre l’enquête sur le décès de monsieur Verdoux, votre directeur…

— Je croyais que l’enquête était terminée, coupa Mandrez, et que les gendarmes avaient conclu à un accident…

— C’est exact. Je vous ai fait venir pour vous parler de faits nouveaux, dit Quentin d’un ton ferme.

Mandrez fit une moue signifiant qu’il ne comprenait plus rien, et, à l’exception de Bonnier et Chatel, les participants exprimèrent de l’étonnement. Quentin poursuivit :

— Je serai bref, car je sais qu’en fin de semaine, vous avez beaucoup de travail et je ne voudrais pas abuser de votre temps. Les causes de la mort de monsieur Verdoux ne sont plus établies. Une instruction a été ouverte et un juge a été saisi. L’enquête va donc se prolonger et nous devrons poursuivre l’exécution de la commission rogatoire.

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