Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
Bonnier resta silencieux mais marqua néanmoins de l’étonnement tout comme Guardac. Les trois femmes et Henri Mandrez semblaient stupéfaits.
— Mais alors, comment est-il mort ? demanda ce dernier.
— C’est ce que nous allons nous efforcer de découvrir avec mon collègue de la PJ. Compte tenu des circonstances, vous comprenez que je vais devoir entendre le personnel, et que je vous demande de col laborer du mieux que vous pourrez bien que je sache que cela va inévitablement vous perturber. Avez-vous des questions ?
— Ce sera dans la presse ? s’inquiéta Anne Daudet.
— Cela n’est pas de mon ressort, mais je le crois inévitable.
— Pourquoi le commissaire n’est pas ici ? demanda Mandrez.
— Il effectue des recherches par ailleurs.
Après un moment de silence pesant, Mandrez fit comprendre qu’il avait à faire et Quentin lui signifia qu’il pouvait disposer. Il fut suivi par les trois femmes qui semblaient très inquiètes. Bonnier, qui était revenu spécialement, ne semblait pas pressé. Guardac ne s’était même pas levé. Il demanda doucement :
— Pouvons-nous savoir pourquoi vous avez des doutes sur les causes de la mort de Verdoux, à moins que ce ne soit couvert par le secret de l’instruction… ?
Quentin invita d’un geste tout le monde à se rasseoir.
— Soyons réalistes, commença-t-il après un court silence. Certaines personnes dans cette usine sont désormais au courant d’un fait nouveau. Ainsi que je l’ai dit, un juge d’instruction a été saisi. Je vous demande instamment, et j’insiste sur ce point, de ne pas ébruiter ce que vous seriez amenés à connaître. Il est inutile de prêter le flanc aux rumeurs. J’ai pu établir avec certitude que la porte du fond de l’atelier-pilote avait été ouverte pendant que monsieur Verdoux était à l’intérieur. Jusqu’alors, la thèse de l’accident était la seule recevable, car il apparaissait que personne n’avait pu entrer ou sortir de l’atelier pendant la présence de monsieur Verdoux.
— Et si c’était lui qui avait ouvert puis refermé cette porte ? observa Guardac, en hochant la tête.
— C’est effectivement une hypothèse que j’avais envisagée. Dans ce cas, on aurait retrouvé la clé de cette porte dans l’atelier. Les seules clés que les gendarmes ont retrouvées avec le corps sont celles de sa voiture restée sur le parking de l’usine, celles de l’atelier-pilote et du labo. La possibilité d’accéder par la porte du fond est un élément nouveau très important qui justifie l’ouverture d’une instruction.
— Ne jouons pas sur les mots, intervint Bonnier, si ce n’est pas un accident, c’est un meurtre, et le criminel est quelqu’un de l’usine…
— C’est effectivement une hypothèse à ne pas négliger…
Cette dernière parole jeta un froid.
– À présent, vous pouvez avertir votre hiérarchie, monsieur Chatel.
L’ingénieur fit une grimace comme quelqu’un à qui on vient de demander une corvée.
— Si cela ne vous ennuie pas, ajouta Quentin, je vous serais obligé de ne pas fournir trop de détails.
— Heureusement que j’étais à l’autre bout de la France, ironisa Guardac, sinon j’aurais pu être suspecté.
Tandis que Guardac et Bonnier sortaient, Quentin s’adressa à Chatel.
— Tout compte fait, le bureau que vous m’avez prêté me sera très utile, bien plus que je ne le pensais. Je vais auditionner madame Crambot. Pouvez-vous lui demander de passer me voir.
— Je vous l’envoie.
Quentin s’installa et entendit bientôt quelques coups timides à la porte. Plutôt que de répondre, il alla ouvrir.
— Prenez place. J’aimerais parler avec vous de monsieur Verdoux. Depuis quand étiez-vous sa secrétaire ?
— J’étais déjà la secrétaire de son prédécesseur.
— Comment était-il dans le travail ? Vous vous entendiez bien ?
— Ce n’était pas toujours facile avec lui… Il se mettait parfois en colère sans raison. De plus, il ne me donnait pas toujours son emploi du temps et cela me plaçait souvent en porte-à-faux…
— Par exemple ?…
— Il m’arrivait de recevoir des appels du siège, et je ne savais pas où il était… De plus, j’avais l’impression qu’il se méfiait de moi. C’était très désagréable…
— Je vois… L’auriez-vous trouvé différent ces derniers temps ? Préoccupé, tendu… ?
— C’est vrai qu’il avait beaucoup changé depuis environ deux mois…
— Pouvez-vous préciser un peu plus ?
— Plusieurs événements étranges se sont déroulés…
— C’est-à-dire ?
— Cela a commencé un jour de novembre quand je l’ai entendu piquer une grande colère. Je venais de lui apporter le courrier et quelques dossiers. Il parlait à voix forte comme s’il se disputait avec quelqu’un. Comme personne ne lui répondait, j’ai entrouvert la porte qui sépare nos bureaux et j’ai vu qu’il était seul. Il me tournait le dos et gesticulait. Il a pris une feuille dans le dossier ouvert sur son bureau, l’a froissée rageusement et l’a jetée dans la corbeille. C’est alors qu’il m’a vue. Il s’en est pris à moi et m’a congédiée sans ménagement.
— Avez-vous repéré de quel dossier il s’agissait ?
— Oui, c’était le dossier thana, un dossier vert à sangle, facile à reconnaître parce que je ne lui en avais donné que deux le matin. Celui-là et un autre de couleur rouge, sur les dépenses du mois.
Quentin qui prenait quelques notes sentit sa main se crisper sur son stylo en entendant parler de thana. Il maîtrisa sa surprise et d’une voix neutre demanda :
— C’est vous qui archivez ces dossiers ?
— Pas tous, mais ils m’étaient souvent transmis pour que je les donne à mon sieur Verdoux puisque c’était moi qui le voyais le plus souvent…
— Savez-vous de quoi traite le dossier thana ?
— Non, pas du tout. J’ai entendu ce mot plusieurs fois, mais je ne m’intéresse pas à la technique.
— Donc, vous ne savez pas ce qui était écrit sur ce papier qui l’avait tant irrité ?
Nicole Crambot rougit et baissa les yeux. Quentin comprit qu’elle savait quelque chose qu’elle n’osait pas dire.
— Si vous détenez une information, il faut me la communiquer, je vous rappelle que j’enquête sur une présomption de meurtre sur commission rogatoire…
Cette phrase impressionna Nicole et dissipa ses dernières résistances.
— J’étais très intriguée. Lorsque monsieur Verdoux est sorti, je suis allée chercher ce papier dans la corbeille…
— Eh bien ?
— Je n’ai pas compris, c’était la photocopie d’un article de journal…
— De quel journal ?
— Je ne sais pas.
— De quoi était-il question dans cet article ?
— De la guerre d’Algérie.
— Vous ne l’auriez pas gardé, par hasard ?
Nicole rougit une nouvelle fois jusqu’au bout des oreilles. Elle s’agitait sur sa chaise et tripotait nerveusement son pendentif, ce qui amusait intérieurement Quentin même s’il n’en laissait rien paraître.
— Je sais que je n’aurais pas dû, balbutia-t-elle, mais j’étais curieuse. Je ne comprenais pas pourquoi un article de presse qui datait de près de cinquante ans, puisque la guerre a fini en 1962, pouvait le mettre dans cet état…
— Vous n’avez rien fait de mal. Vous avez récupéré un papier dans une corbeille. Il n’y a pas de quoi vous troubler. Pourrais-je le voir ?
Nicole, soulagée de ne pas recevoir de reproche, se leva et sortit.