Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— J’ai du nouveau, lança-t-il, et j’ai besoin de votre aide.
— Diable ! Qu’allez-vous m’annoncer ?
Bruchet exposa à l’ingénieur le résultat de ses découvertes du petit matin. Chatel resta figé, regardant fixement Bruchet, la bouche entrouverte. Enfin, il articula quelques mots.
— Voilà qui laisse pantois. Personne n’y a pensé. Il a donc été possible à quelqu’un d’entrer ou de sortir de l’atelier-pilote la fameuse nuit. Mais qui ?
— Pas de déduction hâtive. On sait seulement que cela a été possible. Vous devinez que j’ai besoin d’examiner les lieux de près. Pour cela il faut déménager les panneaux « flamme ».
— Qui est au courant ? s’inquiéta l’ingénieur.
— Ahmed, le cariste, Mollex et vous. Nous ne sommes que quatre.
— Pourvu qu’ils tiennent leur langue. Mollex, lui, ne dira rien…
— Je pense avoir impressionné Ahmed. En attendant que Berlot nous prête un cariste pour dégager le magasin, j’aimerais jeter un coup d’œil dans le bureau de Verdoux. Quelqu’un en possédait-il la clé en dehors de lui ?
— Non, lui seul avait un passe qui ouvrait toutes les portes.
— Quelqu’un y est-il entré depuis ?…
— Je pense que non. La porte du couloir est restée fermée mais sa secrétaire peut y accéder. Allons-y, elle est toujours matinale.
Nicole Crambot, grande brune et mince aux yeux noisette, était une femme plutôt timide, vêtue avec simplicité mais néanmoins élégance. Chatel fit les présentations.
— Savez-vous si quelqu’un est retourné dans le bureau de monsieur Verdoux depuis que… ? demanda Quentin.
— Moi, j’y suis retournée. J’avais besoin de documents pour monsieur Chatel et je savais où ils étaient.
— Et à part vous ?
— Personne ! Le bureau donne dans le couloir mais la porte est restée fermée à clé. Celui qui voudrait y entrer devrait d’abord passer chez moi… Avant c’était différent, monsieur Verdoux sortait et laissait sa porte ouverte.
— Je vois. J’aimerais y jeter un coup d’œil.
Quentin, accompagné de ses deux témoins, entra dans le bureau du directeur. La pièce était grande et l’intérieur cossu. Le mobilier de qualité, en chêne massif, comprenait une grande table entourée de chaises, une vitrine avec des livres et des dossiers, une armoire et le bureau proprement dit. Celui-ci, très grand, ne supportait qu’un sous-main de cuir, un téléphone et une lampe de style empire avec un pied de bronze. Derrière le bureau, un fauteuil de cuir noir au haut dossier, et devant, deux fauteuils à dossier bas.
Quentin s’assit à la place qu’occupait Verdoux et ouvrit le premier tiroir de droite. Il ne contenait que des agendas et un répertoire de téléphone. Dans le tiroir du dessous, trois dossiers : un bleu et deux rouges.
— Que contiennent ces dossiers ? demanda-t-il à Nicole.
— Le bleu concerne le commercial et toutes les références des clients. Les deux autres consignent les dépenses, investissements et commandes de colle.
Le tiroir du bas était fermé à clé.
— Nous verrons cela plus tard, dit Quentin avec regret.
Les tiroirs de gauche ne contenaient que de la paperasse sans intérêt. Cependant, Quentin examina soigneusement chaque papier et remit tout en place. Ensuite, sous l’œil de Nicole, il entreprit de vider méthodiquement le contenu de la vitrine. Il n’y avait là que des dossiers que la secrétaire lui commentait et des livres techniques.
L’armoire était également fermée à clé et il n’était pas possible de l’ouvrir sans la forcer. Il se baissa et regarda attentivement autour de la serrure.
— Tout a l’air en ordre, conclut le policier. Je reviendrai éventuellement pour ouvrir ce qui est fermé. Allons voir si le magasinier est arrivé. Je vous remercie, madame. Je vous verrai plus tard.
Le magasin des expéditions recevait deux camions qu’il fallait charger dans l’heure qui suivait. Chatel était contrarié mais Bruchet le rassura.
— Nous ne sommes pas à une heure près, lui dit-il à voix basse. Je vais en profiter pour consulter le commissaire.
À l’hôtel, Moutiers l’accueillit.
— Votre collègue s’est inquiété quand on a vu que vous n’étiez pas là.
— Il est réveillé ? J’y vais. Préparez-moi un petit déjeuner, s’il vous plaît.
Quentin monta l’escalier et frappa à la porte de Gradenne.
— Ah ! Vous voilà ! Où étiez-vous donc passé ? Mais asseyez-vous, vous avez l’air tout excité.
— Comment allez-vous, patron ?
— Pas vraiment mieux, mais pas pire qu’hier. C’est déjà ça ! Vous avez du neuf ?
— Je crois bien, répondit Quentin avec un large sourire. Cette fois, je tiens peut-être une piste.
Il raconta par le menu le résultat de ses investigations depuis la veille. Gradenne, au fur et à mesure, ouvrait des yeux tout ronds, ce qui, avec sa barbe grisonnante de deux jours, lui donnait un air comique. Il s’était redressé sur l’oreiller et son sourire témoignait d’une incontestable admiration pour son jeune collègue.
— Vous m’en bouchez un coin, Bruchet. Je ne sais pas ce que vous allez trouver, mais je vous félicite. Allez vite casser la croûte, vous avez besoin de forces. Ah ! J’enrage d’être cloué ici…
Quentin récupéra son appareil photo et se précipita sur le café fumant et le pain grillé qui l’attendaient en bas. La dernière bouchée avalée, il fila jusqu’à l’usine. C’est presque en courant qu’il arriva au bureau de Chatel qui interrompit aussitôt son activité.
Berlot ne comprit pas pourquoi il devait d’urgence mettre un cariste à la disposition de la police, mais il ne discuta pas. Puisque le directeur par intérim le demandait…
Bruchet tenait à être présent pendant tout le déménagement du fond du magasin. La même curiosité motivait Chatel bien qu’il ait eu autre chose à faire.
La manipulation des panneaux prenait du temps. Comme l’avait indiqué Ahmed, il fallait sortir en marche arrière et, à chaque voyage, traverser la cour et déposer le chargement dans un autre magasin.
— Vous comprenez à présent pourquoi on place ici les produits qui tournent peu, fit observer Chatel.
Le cariste se montrait très habile. Il ignorait la raison de ce déménagement soudain, surtout en présence d’un lieutenant de la PJ et du directeur de l’usine. Quand il ne resta plus qu’un paquet, sur ordre de Bruchet, les fourches du Fenwick furent introduites délicatement entre les cales, au ras du sol, et levées avec précaution.
Quentin s’avança sur les cales afin d’éviter de marcher sur le sol près de la porte. Il s’accroupit et observa longuement.
— Il me faudrait un éclairage rasant, demanda-t-il.
— Vous avez encore besoin du cariste ? demanda l’ingénieur.
— Non, mais ce magasin devra être condamné jusqu’à ce que j’aie fini.
— Très bien. Je reviens tout de suite.
Chatel plaça sa voiture devant la porte de l’atelier-pilote et alluma les phares antibrouillard. Bruchet remonta sur les cales. Il changea deux fois de place et fit signe à l’ingénieur de le rejoindre.
— Jetez un coup d’œil, on voit nettement des piétinements dans la poussière devant la porte, manifestement récents. De plus, des marques de pas se distinguent parfaitement sur le sol, entre les deux cales.
Chatel balaya du regard tout l’espace à la base de la porte.
— Regardez là, dit-il en montrant le bas de l’un des battants de la double porte. Elle a été ouverte récemment et a repoussé la poussière sur toute la longueur. Et ces cales ont été déplacées.
Le policier sortit son appareil photo, et prit une dizaine de clichés en veillant à rester sur les cales. Il alla ensuite examiner les charnières du battant qui avait été ouvert. Il tira une minuscule lampe-torche de sa poche et procéda à un examen attentif.