Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Avez-vous dans ce bureau des documents utiles pour votre travail ?
— Peut-être…
— Alors, prenez-les. Je vais le faire fermer. Voyez avec madame Crambot.
Sous le regard de Quentin, Nicole se concerta avec l’ingénieur afin de savoir de quels dossiers il pourrait avoir besoin. Puis Bruchet demanda à Nicole de fermer la porte de communication, en prit la clé et se tourna vers l’ingénieur :
— Encore une minute, s’il vous plaît. Je dois d’abord examiner tous ces papiers avant de vous les laisser.
Pendant une demi-heure, il inspecta le contenu de tous les dossiers, se faisant expliquer tel ou tel document. Il ne trouva rien qui puisse lui être utile pour son enquête.
— Excusez-moi pour ce contretemps, mais il était nécessaire que je vérifie tout.
— Je comprends parfaitement. Vous faites votre travail.
— Serait-il possible d’avoir une clé du bâtiment ? Je souhaiterais revenir demain, samedi, et je suppose que les bureaux seront fermés.
— Vous avez raison. Je vais vous fournir une clé de la porte d’entrée. Si vous venez, nous nous reverrons probablement ! Il m’arrive souvent d’être là le samedi, voire le dimanche. À présent que ma charge de travail a augmenté, je dois faire des heures supplémentaires…
Quentin voulut aussi entendre les trois témoins qui avaient assisté Pourtaud lors de la macabre découverte. Ce n’était qu’une formalité car il ne doutait pas du témoignage du contremaître. En effet, l’électricien comme le cariste et l’affûteur confirmèrent en tout point le témoignage de Pourtaud.
De retour dans la voiture, Quentin se détendit un peu. Il commençait à ressentir de la fatigue. Les événements s’étaient précipités depuis vingt-quatre heures. Il se sentait un peu grisé et éprouvait le besoin de communiquer ses impressions à Gradenne.
« Pourvu que je n’aie pas fait d’impair… » songea-t-il en démarrant. Il avait l’impression que le commissaire l’avait « à la bonne », et pourtant chaque fois qu’il rendait compte de ses actions, il craignait un reproche.
Quentin le retrouva lisant le journal dans un fauteuil, près de la fenêtre, emmitouflé dans une robe de chambre à carreaux. Il était rasé de près, ce qui rehaussait encore davantage sa pâleur.
— Ah ! Vous voilà ! dit-il en regardant par-dessus ses lunettes. Je commençais à m’ennuyer de vous. Comment cela s’est-il passé ? Je vois à votre œil pétillant que vous avez du nouveau…
Quentin avait envie de sourire en voyant son supérieur en robe de chambre. Il déposa sur le lit les cartons qu’il avait ramenés de l’usine.
— Comment allez-vous, patron ?
— Mieux, j’ai moins de fièvre, pourtant ce n’est pas encore demain que je ferai une randonnée à ski. Je me suis levé pour me raser, mais j’avais les jambes en coton. À force de rester au lit, je perds toutes mes forces. Ce soir, je descendrai dîner. Il faut que je bouge un peu sinon je vais me ramollir. Avant que je n’oublie, je dois vous parler de l’analyse graphologique de la lettre anonyme.
— Vous l’avez reçue ? Formidable !
— Je n’ai pas tout compris mais peu importe. Tous les spécialistes ont un jargon qui me déroute. Je vais vous faire un résumé. L’écriture a été contrefaite, ce qui ne m’étonne guère. La lettre aurait été écrite de la main gauche.
— Un gaucher ? Voilà un indice intéressant.
— Je n’ai pas dit cela. D’après le graphologue, ce serait un droitier qui aurait écrit de la main gauche. Le plus croustillant est que le rédacteur serait plutôt cultivé et d’une intelligence supérieure à la moyenne.
— Les fautes d’orthographe seraient donc volontaires pour nous égarer. Voilà pourquoi il les avait multipliées. Il a vraiment forcé la dose…
— Oh ! ne vous faites pas trop d’illusions. En matière d’orthographe, j’ai vu tant d’horreurs. À présent, à votre tour, dites-moi tout.
Bruchet exposa en détail son activité de l’après-midi et ses découvertes. Gradenne lut les articles de presse et prit le mini cercueil en mains. Il hochait la tête en réfléchissant.
— Voilà qui est très intéressant… Nous avons mis le doigt dans un sacré guêpier. Et qu’y a-t-il dans les cartons d’archives ?
Quentin tendit une partie du paquet de brochures au commissaire et entreprit d’examiner le reste. Au bout de quelques minutes, Gradenne s’exclama :
— Eh bien ! On ne trouve pas ça dans le catalogue de la Redoute…
Tous deux feuilletaient des documents techniques sur des armes de guerre ! Du pistolet au lance-roquette, on proposait de tout, des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des grenades, des pistolets-mitrailleurs…, en provenance aussi bien de France, que d’Angleterre, d’Israël, de Russie, de Chine ou d’Autriche…
— Vous ne trouvez pas que ce sont des outils bien étranges pour travailler le bois ? lança Quentin.
— Certes, mais susceptibles d’entretenir le marché du cercueil ! Si nous commençons à discuter de ça, nous allons dîner tard. Je vous propose de continuer à table. Comme nous serons seuls, il n’y aura pas d’oreilles indiscrètes.
— Volontiers, dit Quentin qui commençait à avoir faim. Il y a aussi ces deux CD. J’aimerais y jeter un coup d’œil…
Chapitre Sept
Gradenne avait descendu l’escalier d’un pas alerte. Le commissaire savourait ce début de convalescence, attablé devant la cheminée.
— Nous avons bien mérité une petite pause, dit-il, vous surtout. Vous n’avez rien contre un bon vin jaune ?
— J’en prendrai bien volontiers, j’en ai goûté un excellent chez Pourtaud !
Après une première gorgée qu’il savoura, le commissaire commença :
— Vous savez ce que je pense de ces documents sur les armes ? S’il était collectionneur, on n’aurait pas trouvé ce genre de documents… Verdoux devait avoir la nostalgie de l’armée et, à ses heures perdues, il jouait au VRP un peu spécial… Toutes ces armes ont l’air d’être du dernier cri. Je vais contacter notre armurier. Il me donnera son avis…
— Un VRP ? Mais à qui pouvait-il vendre des armes ?
— Vous êtes naïf, mon petit, et c’est tout à votre honneur. Pour ce genre d’article, il y a toujours des clients. C’est un commerce lucratif mais inavouable. Il s’agit d’un trafic souterrain, obscur, malsain… avec, en arrière-plan, des coups d’État, des révolutions, des rébellions, des prises de pouvoir… avec leurs cortèges de morts, de déportés, d’orphelins… Nous touchons là un aspect de l’homme qui n’est pas très glorieux ! Quand je dis homme… je ne pense pas qu’à Verdoux !
— Mais quand pouvait-il exercer son « petit commerce » ?
— Il devait tenir le rôle d’intermédiaire, l’une des interfaces obscures entre le client et le fournisseur. Polybois était une couverture commode. Ce n’est peut-être pas par hasard que cette firme est noyautée par d’anciens militaires. Je vais essayer de me renseigner là-dessus, mais je ne me fais guère d’illusions, je vais rencontrer de nombreux obstacles.
— « Secret défense », par exemple ?
— Pardi ! Je vois que vous progressez, Bruchet ! N’oubliez pas que la France est un gros fournisseur d’armes qui ne vend pas que des avions de chasse et des sous-marins. Il y a aussi toute une panoplie de petite quincaillerie… Et pour rentabiliser cette industrie, il faut vendre, d’où la nécessité de recourir à des commerciaux.
— Ce serait une raison supplémentaire pour lui de se faire quelques ennemis…
— N’allons pas trop vite. Restons-en aux faits. Vous soulevez une hypothèse plausible mais ne vous emballez pas… Cela dit, vous avez raison de ne rien négliger…