Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Vous pensez qu’ils connaissent Saïd Nasri ?
Le vieillard donna l’impression de réfléchir, comme s’il cherchait ses mots. Malgré son aspect fantasque, il fit preuve d’une lucidité surprenante :
— Comme tu as vu, j’habite tout de même loin, je ne fais qu’interpréter ce que je vois. Je dirais qu’ils ne se connaissent pas vraiment. Nasri n’agissait pas comme il le fait habituellement avec ses soldats. Pas de claquements de mains, il ne les a jamais touchés non plus. Ces gosses, tu sais comment ils sont, ils n’arrêtent pas de se toucher, de se passer la main dans le dos… Là, rien de tout ça. Et donc, je dirais que non. Et puis, ce jeune couple, je ne l’avais jamais vu. Ils ne sont pas de chez nous, j’en suis presque certain.
— Vous aviez déjà assisté à ce genre de rencontre avec des étrangers à la cité ?
Le vieux réfléchit tout en finissant sa crêpe. D’un coup de serviette, il essuya ses lèvres remplies de chocolat.
– Ça arrive parfois, tu verras dans mes cahiers de photos… Je prendrais bien un petit pousse-café, pour faire passer le repas. Tu m’accompagnes ?
Girard déclina, mais commanda un cognac pour son invité avec une pensée inquiète pour l’addition à venir. Non seulement il n’était pas avec sa femme, mais sa carte bleue n’allait pas en sortir indemne, sympa la vie de flic !
De retour au « 36 » à petits pas, la montée des escaliers s’avéra pénible. Arrivé dans son bureau, il récupéra le fauteuil de son adjoint pour y installer confortablement son visiteur. Il s’attaqua ensuite à la rédaction du procès-verbal, et pendant qu’il tapait sur son clavier, Dazin attendait sagement, comme revigoré. Malgré la difficulté de la montée, dès l’entrée dans les locaux, le vieillard avait changé d’attitude, balayant du regard les lieux comme un gosse invité chez la princesse Leia. Il voulait tout voir et se rappeler de tout… jusqu’au moment où il s’endormit ! Quand le vieil homme finit par s’éveiller, le commandant lui relut son texte, se fit préciser plusieurs points et en termina avec la procédure et la mise sous scellés des documents remis. Son témoin signa et lui rappela :
— Alors, on visite ?
Patrick se maudit d’avoir fait une telle promesse. Il ne lui restait plus qu’à se transformer en guide et à faire le tour des étages… Enfin, et par sécurité, le flic raccompagna son « touriste » jusqu’à une station de RER proche de son domicile, pour s’assurer qu’ils ne soient pas vus ensemble. Belle journée, il n’était pas prêt de retrouver sa femme !
Encore des auditions à faire à l’hôpital Necker, des vérifications pour en terminer avec les environs immédiats de la scène de crime. Même un dimanche, Legal tenait à s’en charger. Le week-end pouvait s’avérer être un avantage, Hélène Pélissier était alors de permanence : des questions à lui poser, et plus si affinités ! Elle était l’une des personnes de l’hôpital à avoir le mieux connu Anissa Ben Hamid, la seule en tout cas à avoir échangé avec elle plus que des banalités. À son arrivée, il la retrouva dans un petit bureau attenant à un bloc de salles réservées aux infirmières. Le temps de leur discussion, son attitude l’encouragea à tenter une proposition de café en ville.
— Je ne peux malheureusement pas m’absenter, mais c’est moi qui vous invite. Asseyez-vous, le temps d’aller chercher des boissons chaudes !
À son retour, elle déposa deux gobelets et du sucre sur le rebord de sa table de travail et s’assit en face de lui. Legal dut faire un effort pour se concentrer sur sa mission. Il la regarda réfléchir un moment, comme si elle essayait de revivre ses dernières conversations avec la victime.
— C’était une mère très inquiète pour son fils malade depuis plusieurs années, et qui s’affaiblissait de plus en plus. Sa seule chance de survie était une opération chez nous. Ce qui était drôle et touchant, c’est que, chaque fois qu’elle parlait, elle ne cessait de remercier notre pays d’avoir accepté de les recevoir à Paris pour soigner Ali.
— D’ailleurs, comment ce gosse s’est retrouvé ici ?
— Il faudrait voir cela avec les services administratifs, mais elle expliquait qu’ils étaient redevables envers la France. Il me semble qu’ils étaient appuyés par le ministère des Affaires étrangères. Elle disait que son mari connaissait bien quelqu’un à l’ambassade à Rabat. Je crois même que c’était un policier.
Legal pensa alors, non sans agacement, qu’ils n’avaient toujours pas de nouvelles du Maroc concernant Ben Hamid ! Le vendredi et le samedi étant fériés, il espérait que les Marocains se bougeraient aujourd’hui pour leur donner des informations. Pélissier jeta un œil sur l’horloge murale en face d’elle. Il était presque vingt heures.
– Ça sera bientôt la fin de mon service. Nous en avons encore pour longtemps ?
— C’est terminé, lui répondit le capitaine…
Le policier fit glisser son doigt sur la mollette de la souris, jusqu’à afficher sur l’écran de l’ordinateur les mentions d’identité et l’adresse de la surveillante.
— Je peux vous inviter à dîner ?
13
Léanne et son équipe arrivèrent à Perpignan un peu après midi. Le déploiement de forces niçois remplit rapidement l’espace en faisant plus que doubler les effectifs de l’antenne. Attendre à la frontière des arrivées de came et porter assistance à des services extérieurs occupaient depuis plusieurs années le quotidien de la PJ catalane. Les flics se connaissaient déjà pour la plupart. La commandant remit à chacun une chemise cartonnée contenant les documents d’enquête, et se lança dans une brève présentation comme elle l’avait fait à Nice. Le plan de bataille était simple, il ne restait maintenant plus qu’à attendre en se positionnant aux différentes entrées en France : l’autoroute, la route nationale et le bord de mer. Même en roulant bien, le convoi de came ne serait pas là avant plusieurs heures.
— C’est une chance, remarqua le commandant Gil Privot, le régional de l’étape, un bon vivant à l’œil vif avec qui Léanne avait déjà planqué plusieurs jours sur les quais de Port-Vendres à attendre un voilier rempli de cocaïne. La dernière fois, je t’avais promis une ouillade… Eh bien ! c’est pour maintenant. Depuis ce matin, j’ai un copain qui en prépare une géante, pour cinquante personnes… Il nous attend.
Tout à fait ce qu’elle craignait.
— Mais…
— Non, il n’y a pas de « mais » ! C’est prêt. On en a pour dix minutes de route. Ne t’inquiète pas, à quatre heures, tout ton dispo sera opérationnel. Et puis, on sait tous comment se passent ces affaires. On part pour trois ou quatre heures, une semaine après, on y est toujours. Au moins, pour ce soir, on aura le ventre plein.
Question philosophie de la planque, Privot était dans le juste. On savait quand commençait une surveillance, rarement quand elle se terminait ! Mais comme ils avaient un peu de temps libre, difficile de refuser une telle attention…
Ils se retrouvèrent dans une grange aménagée en réfectoire avec des tréteaux, des bancs… Le copain de Privot, un viticulteur, ressemblait au policier. Son physique témoignait de la précocité d’un élevage naturel à base de produits locaux de qualité. À la façon dont on lui avait présenté la commandant, il en conclut qu’elle était une invitée de marque. Et il la conduisit par le bras jusqu’à une immense cheminée où leur repas mijotait dans un chaudron suspendu à une grosse chaîne au-dessus du feu.
— Cela fait presque cinq heures que ça cuit. Gil m’a appelé, il était tout juste sept heures, pour que je me mette au boulot. Tout le monde n’aime pas, l’avertit le cuisinier. La tête de mouton, c’est particulier… Mais le meilleur, c’est la langue et l’œil. Et un ami boucher m’a récupéré au moins une cinquantaine d’yeux.