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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Parce que c’est pour cette raison qu’il laisse des croquettes. Ce n’est pas pour la nourrir. C’est pour les attirer.

Ce n’est pas lui qui va la tuer.

Ce sont les rats.

12

Un ancien hôpital de jour, entièrement ceint de murs, porte de Clichy. Un grand bâtiment désaffecté datant du dix-neuvième siècle, trop vétuste et remplacé par un CHU implanté à l’autre extrémité de la banlieue.

Tout est vide depuis deux ans, c’est une friche industrielle. La société qui pilote le projet immobilier fait gardienner l’ensemble pour éviter les squats, les SDF, les sans-papiers. Les intrus et les indésirables. Le gardien dispose d’un petit logement au rez-de-chaussée et perçoit un salaire pour surveiller les lieux dans l’attente du commencement des travaux prévu dans quatre mois.

Jean-Pierre Trarieux, cinquante-cinq ans, ancien salarié du service nettoiement de l’hôpital. Divorcé. Pas de casier.

C’est Armand qui a déniché son fourgon à partir de l’un des noms proposés par le système scientifique. Lagrange, un artisan spécialisé dans la pose de fenêtres en PVC qui, lorsqu’il a pris sa retraite, il y a deux ans, a revendu tout son matériel. Trarieux a racheté sa camionnette et s’est contenté de recouvrir sommairement, à la bombe, les mentions commerciales apposées par Lagrange. Armand a envoyé par mail la photo du bas de caisse au commissariat du quartier qui a dépêché un agent. Le brigadier Simonet est passé sur place, en fin de service, parce que c’était sur sa route et, pour la première fois de sa vie, il a regretté d’avoir toujours refusé d’acheter un portable. Au lieu de rentrer chez lui, il est revenu en courant au commissariat, absolument formel, la trace de peinture verte sur le véhicule de Trarieux, garé devant l’ancien hôpital, est exactement semblable à celle de la photo. Camille a tout de même voulu en avoir le cœur net. On ne déclenche pas Fort Alamo sans quelques précautions. Il a envoyé un agent escalader discrètement le mur d’enceinte. Il fait trop sombre ici la nuit pour faire des photos de repérage mais une chose est sûre, pas de fourgon. Selon toute vraisemblance, Trarieux n’est pas chez lui. Aucune lumière allumée dans son logement, pas trace de sa présence.

On attend son arrivée pour le saisir, la nasse est disposée, tout est prêt.

Et donc, on est posté, on planque.

Du moins jusqu’à l’apparition du juge et du divisionnaire.

La conférence au sommet se tient dans l’une des voitures banalisées garées à plusieurs centaines de mètres de l’entrée principale.

Le juge est un type d’une trentaine d’années qui porte le nom d’un ancien secrétaire d’État de Giscard d’Estaing ou de Mitterrand : Vidard, son grand-père sans doute. Mince, sec, il porte un costume à fines rayures, des mocassins, des boutons de manchettes en or. Ça en dit long, ces détails-là. On dirait qu’il est né en costume-cravate. Vous avez beau vous concentrer, impossible de l’imaginer à poil. Il est raide comme un cierge, avec des prétentions à la séduction parce qu’il a des cheveux très épais et une raie sur le côté comme les assureurs qui rêvent de faire de la politique. Il fait futur vieux beau.

Quand elle voyait ce genre d’homme, Irène éclatait de rire derrière sa main et disait à Camille : « Mon dieu, qu’il est beau ! Pourquoi je n’ai pas un beau mari comme ça, moi ? »

Et il semble passablement con. Ses origines, pense Camille. Il est pressé, il veut donner l’assaut. Peut-être a-t-il aussi un général d’infanterie dans sa généalogie parce qu’il a envie d’en découdre le plus tôt possible avec Trarieux.

— On ne peut pas faire ça, c’est idiot.

Camille aurait pu prendre plus de précautions, y mettre les formes mais voilà, ce qu’il s’apprête à jouer là, ce trou-du-cul de juge, c’est rien de moins que la vie d’une femme enlevée depuis cinq jours. Le Guen dans ses œuvres :

— Monsieur le juge, vous le verrez, le commandant Verhœven est parfois un peu… abrupt. Il veut simplement dire qu’il est sans doute plus prudent d’attendre le retour de ce Trarieux.

Ça ne le gêne pas le moins du monde, le juge, le caractère abrupt de Camille Verhœven. Il veut même montrer qu’il ne craint pas l’adversité, qu’il est un homme de décision. Mieux, un stratège.

— Je propose d’investir la place, de libérer l’otage et d’attendre le ravisseur à l’intérieur.

Et devant le silence qui ponctue sa brillante proposition :

— On va le piéger.

Tout le monde est soufflé. Il interprète visiblement ça comme de l’admiration. Camille est le plus rapide :

— Comment vous savez que son otage est à l’intérieur ?

— Vous êtes sûr que c’est lui au moins ?

— On est sûr que son véhicule se trouvait en planque à l’heure et sur le lieu où cette femme a été enlevée.

— Donc, c’est lui.

Silence. Le Guen cherche une solution pour désamorcer le conflit mais le juge le devance :

— Je comprends votre position, messieurs, mais voyez-vous, les choses ont changé…

— Je suis tout ouïe, dit Camille.

— Pardonnez-moi de vous le dire ainsi mais nous ne sommes plus dans la culture du coupable. Nous sommes aujourd’hui dans la culture de la victime.

Il regarde tour à tour les deux flics et conclut, magnifique :

— C’est très louable de traquer les coupables, c’est même un devoir. Mais ce sont d’abord les victimes qui nous intéressent. C’est pour elles que nous sommes ici.

Camille ouvre la bouche mais il n’a pas le temps d’intervenir, le juge a ouvert la porte de la voiture, il sort, se retourne. Il a son téléphone portable en main, se baisse et par la vitre ouverte regarde Le Guen dans les yeux.

— Je fais venir le RAID. Immédiatement.

Camille à Le Guen :

— Il est complètement abruti, ce type !

Le juge n’est pas encore suffisamment loin de la voiture mais il fait mine de n’avoir rien entendu. La génétique.

Le Guen lève les yeux au ciel et décroche son téléphone à son tour. Il faut du renfort pour couvrir le périmètre au cas où Trarieux arriverait précisément au moment de l’assaut.

Tout le monde est prêt moins d’une heure plus tard.

Il est une heure trente du matin.

On a fait rapatrier en urgence des jeux de clés pour ouvrir toutes les issues. Camille ne connaît pas le commissaire du RAID, Norbert. Avec un nom de famille comme ça, personne n’a jamais su son prénom ; crâne rasé, démarche de chat, Camille a l’impression de l’avoir déjà vu cent fois.

Après étude des plans et des photos satellites, les agents du RAID sont disposés en quatre endroits, un groupe pour les toits, un groupe pour l’entrée principale et deux groupes côté fenêtres. Les équipes de la Criminelle sont chargées de ceinturer le périmètre. Camille a placé trois équipes dans des véhicules banalisés à chacun des accès. Une quatrième équipe planque discrètement à la sortie de l’égout qui reste la seule issue de secours pour le cas où le type voudrait s’enfuir par là.

Camille ne la sent pas, cette opération.

Norbert, lui, est prudent. Entre un divisionnaire, un collègue et un juge, il se retranche sur sa spécialité. À la question : pouvez-vous investir ces lieux et libérer la femme qui y est retenue (dixit le juge), il a étudié les plans, il a fait le tour du bâtiment, il a mis moins de huit minutes à répondre qu’on peut investir les lieux. L’opportunité et la pertinence sont une autre question sur laquelle il n’a pas vocation à se prononcer. On le sent très bien à son silence. Camille admire.

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